CONCEPT PHILOSOPHIQUE DE L ÉCONOMIE
objets de la Création, sans en excepter l'homme qui en fait partie, ou seulement sur le monde physique, sur le monde matériel, sur ce qu'on appelle la Nature? En d'autres termes: agit-elle seulement sur les choses, ou bien sur les choses et sur les personnes? Voilà une question qui divise encore les économistes; car tandis que les uns soutiennent que tous les produits, c'est-à-dire toutes le œuvres économiques, sont matériels, les autres affirment qu'ils peuvent être matériels de même qu' immatériels'. Mais cette dissidence est plus apparente que réelle, car les deux écoles reconnaissent qu'on ne peut exercer l'activité économique, ou travailler avec économie, ni par conséquent obtenir aucun produit ou faire aucune œuvre économique, sans avoir quelques aptitudes ou qualités personnelles, telles que le savoir-faire, la probité, le zèle, qui s'acquièrent seulement par Téducation, par un apprentissage dû au travail ou à Texercice de l'activité; d'où il s'en suit que ces aptitudes et l'activité même qui les crée sont aussi économiques, à moins que Ton n'admette dans l'effet quelque chose qui n'existe pas dans la cause, ce qui est absurde. L'erreur que l'on commet à cet égard, dit très-bien Molinari *, provient de ce que l'activité qui agit sur la matière lui donne un caractère économique, une valeur visible, partant directe et immédiate; tandis qu'il n'en est pas tout à fait ainsi pour l'activité qui agit sur l'homme. «Défrichez une terre, par exemple, et vous y ajouterez une plus-value que vous pourrez immédiatement réaliser en vendant la terre; élevez du bétail, construisez des machines, et vous pourrez de môme en réaliser la valeur. Mais si vous élevez un homme et si vous développez ses facultés de manière à en faire un instrument de production, de plus en plus parfait (c'est-à-dire un agent économique), vous ne pourrez pas apprécier aussi bien la plus-value que vous lui aurez donné. Pourquoi?
* Cours d'Kconomie politique, premicic partie, luiitiôiue le(;i)n.
lO PHILOSOPHIE DE LA SCIENCE ÉCONOMIQUE
Parce que, dans nos sociétés civilisées, l'homme est un agent productif qui ne se vend point. Sans doute la plusvalue qu'une éducation appropriée à la nature de ses facultés lui aura donné, finira par se manifester dans le prix de ses services, mais ce dernier phénomène sera lent à se produire et Ion ne s'y arrêtera point.» Il n'en faut pas davantage pour reconnaître que le travail ou lactivité qui a créé cette plus-value possède un caractère économique, et partant que l'activité de cet ordre peut s'exercer sur les personnes de même que sur les choses. Mais nous reviendrons sur ce point.
Deuxième note ou caractère dictinctif de l'Économie: science de Inactivité humaine agissant sur tous les objets de r Univers.
Voyons maintenant le but des actes économiques. N'eus avons dit que ces actes sont essentiellement humains, qu'ils se réalisent par 1 homme et dans 1 homme; partant leur but ne peut être autre que celui de rhomme lui-même, savoir, le bien ou le développement entier et harmonique de la nature humaine, qui constitue notre but ou notre destinée. Et. en effet, l'économique est avant tout et surtout quelque chose qui est bon, qui, selon l'expression vulgaire, nous convient, c'est-à-dire quelque chose qui sert à notre bien ou qui lui profite, car c'est cela ce que le mot convenir signifie, venire cnni, suivre le même chemin, la même direction, avoir le même but. Mais l'homme offre deux aspects ou deux caractères: celui d'individu, c'est-à-dire d'être un et distinct des autres êtres, et celui de membre ou partie intégrante de ce grand tout, de ce grand ensemble d'hommes liés entre eux et avec l'Univers entier, qui s'appelle Humanité. Par conséquent, le bien humain, le bien total et absolu de rhomme, peut être considéré sous deux points de vue: comme bien de l'individu et comme bien de l'Humanité; il y a un bien individuel et un bien social. Lequel de ces deux biens poursuit l'activité économique? En d'autres termes, lorsqu'un homme agit économiquement, le fait-il