DROIT INTERNATIONAL
Ce n'est que par métaphore qu'il est possible de parler de droit international, car les rapports de peuple à peuple n'ont jamais été matière à droit dans le sens technique, et jamais ils ne le seront.
Le Droit technique suppose une loi reconnue, des tribunaux chargés de dire, selon cette loi, de quel côté le droit se trouve, enfin une force militaire que ces tribunaux puissent requérir pour faire respecter leurs décisions ; or, dans les rapports de peuple à peuple, où sont les tribunaux et leur force militaire, où est môme la loi universellement et absolument reconnue?
Pour fonder un droit international, imaginera-t-on je ne sais quel système renouvelé des vieilles amphictyonies? Mais quel homme pourrait être assez étranger à l'histoire autant qu'à la notion du Droit technique pour prendre au sérieux un tel rêve! Les amphictyonies n'ont servi autrefois qu'à faire éclater les guerres, quand elles ne les ont point elles-mêmes fomentées»; bien mieux
encore, si elles n'étaient mortes à jamais, y serviraientelles aujourd'hui (35) !
Et d'ailleurs, que contient le droit international, tel que les modernes politiques l'ont fait? Un droit de la paix et un droit de la guerre (36).
Un droit de la guerre, sainte Conscience ! Mais qui donc, le premier, a osé dire cette parole énorme et unir ensemble ces deux mots? Qui donc, en dehors de la légitime défense, a jamais pu trouver à la guerre un fondement quelconque de justice?
0 hypocrisie ou ineptie de la race humaine! Nous avons conservé de notre ancien état de fauves ce débris infâme, la guerre; et, quand nous reprend l'antique folie, quand nous éprouvons le besoin de nous ruer les uns contre les autres, nous prétendons soumetlre ce retour à une règle et à un droit !
Non, il n'y a pas de droit de la guerre, il n'y a qu'un fait de la guerre ; et, comme ce fait est contraire à tout droit, comme il heurte tout amour entre les hommes, le problème est, non pas de le réglementer, mais de l'abolir. Or, pour cela, ce qu'il faut, c'est attaquer le mal dans sa source, c'est supprimer les rivalités des races, détruire le fanatisme religieux, rendre impossible le despotisme de cette poignée qui dispose du genre humain ; ce qu'il faut, c'est faire apparaître aux individus qu'ils sont tous reliés dans le môme droit, dans le môme devoir et dans le môme intérêt, et que la solidarité est la loi du monde.
Quant au droit de la paix, il ne saurait être autre chose qu'une collection de préceptes s'adressant à la raison, en d'autres termes, une règle morale; or, la
règle morale est une, et, de peuple à peuple, elle ne diffère pas de ce qu'elle est d'individu à individu.