‹ Philosophie de la science politiqueChapitre 13 sur 81 · DROIT PÉNAL · texte numérisé non relu

DROIT PÉNAL

Si la théologie chrétienne n'aime pas à rencontrer en face d'elle la question de la propriété, en revanche elle n'éprouve aucune répugnance à aborder celle du droit pénal ; Ton sent qu'alors elle va se mouvoir dans sa sphère !

Pour la théologie chrétienne, d'ailleurs, le système pénal est des plus simples : Dieu a parlé, l'Église a parlé; qu'est-ce que le délit, que peut-il être, sinon la prévarication aux commandements de Dieu ou à ceux de l'Église ? Quanfc à la peine, il n'y a jamais lieu de craindre d'errer en la faisant atroce; car, quand l'homme manque à Dieu — ou à ses pontifes, — quelle commisération pourrait-il attendre? Et comme, aux yeux de la théologie chrétienne, l'homme .est un être qu'on ne soumet que par la terreur, la meilleure loi pénale sera celle qui le terrorisera le mieux.

C'est là de la logique; aussi, le catalogue des peines, tel que le dresse.la théologie, suc-t-il le sang: le blasphémateur sera puni de mort, le sacrilège puni de mort ; ouvrez à la page que vous voudrez, vous trouverez la torture ou la mort, et, pour couronner le tout, De Maistre, De Maistresur un mode prophétique, s'écriera: « Toute grandeur, toute puissance, toute subordination repose sur l'exécuteur. Il est l'âme et le lien de l'association humaine. Otez le bourreau du monde, dans l'instant môme l'ordre fait place au chaos, les trônes s'abîment et la société disparait (43). »

De Maistre a raison ; ôtez des lois la pénalité abominable, son monde à lui, le monde de la théologie chrétienne est fini, et, à la place de la domination des prêtres et des rois, de celle du petit nombre sur le grand nombre, vous verrez surgir la seule domination légitime, le droit de l'individu sur lui-môme.

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