‹ Philosophie de la science politiqueChapitre 15 sur 81 · DROIT INTERNATIONAL · texte numérisé non relu

DROIT INTERNATIONAL

Pour savoir ce que vaut en matière de droit international, ou, pour parler plus exactement, de morale internationale, une certaine conception, le critérium infaillible est d'examiner si cette conception légitime la guerre, et, si elle le fait, cette conception est jugée.

Or, sur ce nouveau chef, quelle est la doctrine du droit divin et théologique? « La guerre est divine, s'exclame De Maistre dans son môme style inspiré, n'entendez-vous pas la terre qui crie et demande du sang? Le sang des animaux ne lui suffit pas, ni même celui des coupables versé par leglaive des lois ; il lui faut des hécatombes humaines : c'est la guerre qui accomplira le décret. » Or, en parlant de cette sorte, De Maistre est encore une fois le véritable interprète de l'idée que la religion chrétienne prête à son Dieu : il est dans la tradition de la Bible comme dans celle de l'Évangile; la guerre est divine pour le chrétien, car « dans la nature, dit encore De Maistre, il règne une espèce de rage prescrite qui arme tous les êtres pour de mutuelles funérailles ; » la guerre est divine, car elle est un fléau dont

Dieu se sert pour venger l'iniquité que des habitants du monde ont commise contre lui; aussi, est-il bien réellement le Dieu des armées (48).

Tel est renseignement chrétien sur le fait de la guerre.

Que si les penseurs démontrentque la diminution progressive des guerres est fatale, que l'avenir verra l'abolition de la guerre, les théologiens n'en auront cure, car ils n'ont lu l'histoire qu'à travers des lunettes opaques, et la foi leur tient lieu de science.

Il existe, d'ailleurs, un autre côté par lequel la guerre plaît particulièrement à la théologie chrétienne. Bayle a fait remarquer que les guerres dites de religion ont toujours eu un double caractère : sans doute, on s'y préoccupait de réprimer ceux qui innovaient en. religion; mais ce que l'on poursuivait en eux, c'étaient bien moins les fauteurs de l'hérésie que les perturbateurs de Tordre général. Les prêtres et les princes eurent, en effet, vite compris qu'une fois ébranlée l'aveugle soumission ne reparaîtrait plus, et que c'était à leur perte certaine que les menait l'esprit d'examen (49).

Ce qui est sûr, c'est qu'ici non plus ce n'est pas d'illogisme que l'on peut accuser la doctrine divine et théologique ; elle a bâti sur la force et sur l'arbitraire d'un Dieu, et toute sa construction trahit la force et l'arbitraire d'un Dieu ; l'homme n'a pas de droits, il n'a que des devoirs, ou plutôt il n'en a qu'un, celui de se soumettre, et, quand il y manque, Dieu le martyrise ou le tue dans ce monde et il le damne dans l'autre. — De quoi l'homme se plaindrait-il?

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