‹ Philosophie de la science politiqueChapitre 17 sur 81 · CONSOMMATION · texte numérisé non relu

CONSOMMATION

Consommer, c'est faire usage des produits de manière à entretenir et & développer notre être.

Non plus que le reste, la consommation n'est pas chose arbitraire, on le voit par cette définition ; elle aussi, elle doit être réglée par la nature ; elle aussi, elle obéit à une loi morale. Quelle est donc la loi de la consommation ?

On peut l'analyser en ces deux préceptes :

Chacwi ne doit consommer que ce dont il a besoin pour entretenir et développer ses facultés;

Chacun doit consommer tout ce dont il a besoin dans ce but.

Que si Ton veut ramener ces deux formules & une plus simple, le problème qui, dans Tordre de la consommation, doit former le fond de la recherche économique, pourra être posé ainsi : Faire que chacun consomme tout ce qui est utile et rien que ce qui est utile à l'entretien et au développement de ses facultés, en d'au-

très termes, faire que chacun consomme selon ses besoins.

Il y a donc deux choses qui, à ce nouveau point de vue, sont en absolue opposition avec l'idéal de l'Économie politique : Tune est la consommation improductive, et l'autre la misère (58).

La consommation improductive et la misère 1 Quelques-uns consommant sans utilité, que dis-je? gaspillant et détruisant une part énorme de richesse d'une façon préjudiciable à eux-mêmes autant qu'aux autres, et la foule qui meurt de faim, ou qui, tout au moins, n'a pas assez I Voilà ce que la vraie science économique ne peut pas admettre.

Il faut enfin qu'on se le dise, car les voiles sont tombés et il n'y a nulle possibilité de les rétablir, il est anormal que le plus petit nombre ait cent fois le superflu de la vie, tandis que le plus grand nombre manque des choses indispensables ; or, cette anomalie, ce désordre prodigieux n'existent que parce que la propriété n'est point assise sur sa base scientifique qui est le travail, et parce que l'Économie politique est encore en quôte de ses voies.

Ce qu'en effet l'Économie politique a su jusqu'ici trouver de mieux pour résoudre le problème de la consommation, c'est une théorie qui exalte le débouché extérieur et qui propose d'aller chercher des marchés sur toutes les plages lointaines.

Je comprends et j'admets cette idée pour les choses dont un peuple regorge, alors qu'il manque de certaines choses qu'il ne peut produire ou qu'il ne produirait que dans des conditions moins favorables qu'un autre. Qu'en

pareil cas, ce peuple écoule au dehors ce qu'jl a en trop pour se procurer ce dont il n'a pas assez, c'est la loi de nature et c'est à merveille. Mais ce qui confond ma raison, c'est qu'un pays trafique au loin des objets mômes qui ne suffisent pas à sa propre consommation, et que, par exemple, il exporte du blé, quand une partie de ceux qui vivent sur son sol manque de pain.

Non, quoiqu'on ait pu dire, dans l'état actuel, ce n'est pas le chiffre des exportations qui est la mesure du degré de prospérité d'un peuple, et il y a, en vérité, un autre débouché que le débouché extérieur (59).

Voici tous nos vieux États ; tous comptent des légions de pauvres, tous renfermenl une multitude d'hommes qui auraient besoin de consommer plus qu'ils ne consomment, et on leur conseille d'aller à mille lieues chercher le consommateur. Voire science est mal dirigée, mes maîtres, et les pratiques qui en découlent sont tout simplement insensées.

Il est temps d'opérer un renouvellement dans l'Économie politique, il est temps de l'irradier des lumières de la loi morale, et cette loi, je le répète, pour la consommation, c'est que :

Chacun ne doit consommer que ce dont il a besoin ;

Chacun doit consommer tout ce dont il a besoin.

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