ÉPILOGUE
Le Dix-huitième siècle a pressenti l'unité de la science; il a pressenti qu'il n'y a pas la Matière, — et une science possible de la matière seule, — qu'il n'y a pas l'Esprit, — et une science possible de l'esprit seul, — mais qu'il y a la nature vivante, ici plus inerte, là plus active, — et une science possible de ce grand tout vivant, immense berceau, immense tombeau, formidable laboratoire, toujours en mouvement, d'où tout sort et où tout rentre, où tout se transforme, depuis la pierre, l'herbe et l'insecte, jusqu'à l'homme brillant de génie, qu'il soit Kepler, Gœlhe ou Voltaire, — jusqu'aux mondes remplaçant les mondes 1
Or, ce que la science du Dix-huitième siècle, sur ce chef le plus haut de tous, avait prédit (3), la science contemporaine est en voie de le démontrer, et, si mon propre effort scientifique mérite un nom, c'est, à vrai dire, le plus beau qu'il ambitionne; ce qui fut mon but constant, c'est la recherche du point d'union de toutes les sciences, ce qui fut l'âme de ma pensée et de mes écrits, c'est le désir de la synthèse universelle (4).
En nous ramenant aux réalités, ces Vues excluentelles la possibilité d'un idéal pour la gouverne de la vie de l'homme? Tout au contraire , elles en imposent impérieusement un.
Mais celui-là n'a rien de mystique et de fictif, celui-là, il est puisé — aussi — aux entrailles de la nature (5), et c'est en étudiant la nature à fond, que nous arrivons à comprendre que le plus haut terme de l'être et de la vie, c'est de se sentir être et vivre, c'est de se rendre compte pourquoi l'on est, pourquoi l'on vit, c'est de se sentir maître de soi, de se sentir libre et responsable.