‹ Philosophie de la science politiqueChapitre 8 sur 81 · DROIT PÉNAL · texte numérisé non relu

DROIT PÉNAL

Le droit pénal est une théorie d'éducation ou de guérison mise en œuvre par la société. S'il n'est cela, le droit pénal n'est qu'un concept de, fantaisie et de funèbre imagination : il est en dehors de la science positive (31).

Un ignorant ou un malade, disons-nous, tel est le délinquant; il n'y a nulle place pour un troisième terme.

Rappelons-nous, en effet, que l'ordre est la loi du monde, ce qui signifie, pour les hommes en particulier, qu'entre tous les hommes les droits et les devoirs, et, par conséquent, les intérêts sont solidaires ; or, s'il y a solidarité des droits, des devoirs et des intérêts, nonseulement pour chaque homme pris individuellement, mais pour tous les hommes considérés dans leurs rapports respectifs, si c'est là le fond des choses, ceux qui méconnaissent cette solidarité et qui y manquent, que sont-ils, que peuvent-ils être, sinon des ignorants ou des malades?

Mais c'est trop peu que cet à priori, et c'est à notre méthode d'observation et d'induction qu'ici, comme partout, nous devons demander le mot final. Or, que nous enseignent, sur ce chef, l'observation et l'induction?

Pour prouver qu'une partie de ceux qui délinquent sont des ignorants, et quels ignorants ! des ignorants

pour une cause qui ne vient pas d'eux, des ignorants pour celte cause qu'ils sont au bas de l'échelle sociale et qu'ils endurent toutes les privations comme toutes les misères; pour prouver ce premier point, que faut-il? Il suffit d'ouvrir les statistiques de la criminalité, et toutes les différentes catégories de criminels ramèneront sous nos yeux la même foule misérable et ignorante, et alors devant nous se dressera cette parole d'un des penseurs du siècle :

« Si la roue de la fortune avait tourné autrement, c'est vous, riches, qui peupleriez les bagnes et qui monteriez sur les échafauds (32). »

A Tégard du malade ou de l'infirme, mon expérience personnelle n'aurait rien à signifier, et je me contenterai de citer le langage que me tenait un des plus célèbres chirurgiens de ce temps : « J'ai fait bien des autopsies de criminels, me disait-il, et toujours j'ai rencontré dans le cerveau de ces malheureux des lésions plus ou moins graves (33). »

Que doit donc être la pénalité? Elle doit avoir pour but d'apprendre à celui qui ne le sait pas que son intérêt propre n'est pas séparé de celui des autres et, à plus forte raison, qu'il n'en est point l'opposé; elle doit lui apprendre que le premier auquel il a attenté en délinquant, c'est lui-même; elle doit lui révéler la liberté et la solidarité qu'il ignore.

Quant au malade ou à l'infirme, que faire, sinon le traiter et le guérir, si on le peut?

En tout cas, on le voit, le droit pénal justifie pleinement son caractère d'élément de la Politique.

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