Voyez Leclerc
Locke de renoncer à toute carrière politique ; il se retira à Gates, dans le comté d'Essex, chezlady Masham, fille du célèbre docteur Cudworth, personne accomplie, également distinguée par la noblesse du caractère et les plus rares qualités de Tesprit. Il y passa doucement les dernières années de sa vie, uniquemenjfc occupé de bien mourir, entre la lecture des saintes Écritures et les soins de Tamitié. Il s'éteignit ainsi à Tâge de soixante-treize ans, le 28 octobre
Telle a été la vie de Locke : voyons quel a été son caractère. Tous ses contemporains, et, ce qui vaut mieu.\, toutes les actions connues de sa vie déposent que personne n*aima plus sincèremeîit et plus fidèlement la vérité, la vertu, et la cause de la liberté du genre humain. Il aima et servit cette noble cause, il eut même l'honneur de souffrir pour elle, mais sans jamais s'écarter de la plus parfaite modération. Naturellement porté à la colère, il était si bien parvenu à se commander à lui-même que la douceur semblait un fruit de son tempérament. On peut dire qu'il y avait en lui quelque chose de Socrate ou au moins de Franklin. Certes, ce n'est pas moi qui le blâmerai d'avoir assez aimé son pays pour s'être associé à ses destinées ; mais ceux même qui pourraient blâmer un philosophe d'être sorti de sa solitude et d'avoir pris part aux affaires, ne peuvent pas nier du moins qu'il y porta le plus rare désintéressement. En 1700, lorsqu'il résigna sa place de l'un des commissaires du commerce par raison de santé, le roi Guillaume, qui l'aimait et l'appréciait, voulut lui continuer son traitement, qui était
assez considérable (il était* de mille louis), en le dispensant de toute espèce de travail : Locke refusa de toucher le traitement d'une place qu'il ne pouvait remplir.
U était prudent, réservé, discret. Pendant Texil de Shafiesbury, et dans le moment de la persécution violente de tout le parti libéral, les ennemis de Locke ne cherchaient qu'une occasion pour lui ôter sa place du collège de l'Église du Christ. Le ministre, lord Sunderland, écrivit au docteur Fell, doyen du collège et évêque d'Oxford, pour avoir des renseignements sur son compte; Fell répondit*: «J'ai depuis plusieurs années l'œil sur lui, mais il s'observe tellement, que je puis affirmer qu'il n'est personne dans le collège qui ait entendu de lui un seul mot de politique... Ayant tenu et fait tenir devant lui, en public et en particulier, des propos contre l'honneur de lord Shaftesbury, contre son parti et ses desseins, il n'a laissé échapper ni parole ni geste qui marquât qu'il se crût engagé le moins du monde dans ces discours. Il n'y a pas d'homme aussi maître que lui de ses passions et de sa langue. »
Et ne croyez pas que cette prudence fût de la pusillanimité. A la mort de Charles II, quand Jacques II monta sur le trône, William Penn, qui, je ne sais trop comment, en sa qualité de philanthrope, avait partout des connaissances et même de la faveur à la cour, offrit à Locke, dont il avait été le condisciple à Oxford, de lui faire obtenir ce qu'il appelait sa grâce. Locke
1 • Coste et Leclerc.