‹ Philosophie de LockeChapitre 26 sur 56 · A LA LEÇON SUR LA VIE DE LOCKE · texte numérisé non relu

A LA LEÇON SUR LA VIE DE LOCKE

Presqu en même temps que cette leçon était publiée, loptl King donnait une Vie de Jean Locke avec des extraits de sa correspondance, de ses journaux^ et de ses livres de notes ;^the Life of John Loche, with extracts fiom lus corresyondencf*, joumah, and common-place bookSy deux volumes in-8, Londres, i829; seconde édition, Londres, 1830. Après la mort de Locke, tous ses papiers passèrent entre les mains de sir Pierre King, son plus proche parent et son exécuteur testamentaire. C'étaient les originaux de plusieurs écrits déjà imprimés, quelques écrits inédits, une correspondance étendue avec plusieurs amis en Angleterre et à l'étranger, le journal des voyages de Locke en

France et en Hollande, enfin des petits livres où il dépo&ait ses notes et souvenirs. Ces papiers se conservèrent religieusement dans la famille King, et c'est de là que l'héritier et le dernier chef dé cette famille, lord King, a tiré une nouvelle vie de Locke, fondée sur des documents authentiques, et qui confirme et développe celle de Leclerc. Nous en extrairons quelques passages propres à éclaircir et à enrichir notre leçon.

Leclerc et les autres biographes appellent Guillaume Swan l'envoyé du roi d'Angleterre auprès des cours allemandes, que Locke accompagna en qualité de secrétaire en 4664. Lord King,p. 18, l'appelle Vane, nom illustre dans l'histoire constitutionnelle d'Angleterre. Quand Locke retourna en Angleterre, il parait certain, d'après plusieurs lettres citées par lord King, p. 48, qu'il fut question de l'envoyer en Espagne, attaché à la légation anglaise. Il refusa la mission qui lui était offerte.

C'est à Oxford, en 1670, qu'il entreprit VEsfoi sur l'Entendement humain. Il paraît qu'il était terminé dès 1671, car lord King déclare en posséder une copie de la propre main de Locke datée de 1671, et on trouve la première esquisse de cet ouvrage dans son livre de notes, avec ce commencement : « Sic cogitavit de intellectu humano Johannes Locke, ann. 1671. » Il ajoute en anglais : « J'imagine que toute connaissance est fondée sur la sensibilité et dérive, en fin de compte, de la sensibilité ou de quelque chose d'analogue ; de là ce qu'on appelle la sensation, laquelle nous donne des idées simples ou images «les choses...» Voilà la vraie pensée de Locke, le fond du système, et cela dès 1671. Locke ne publia son ouvrage que dix huit ans après, en 1690, et pendant ce long espace de temps, il y fit des corrections et des changements considérables, mais la pensée première a toujours subsisté.

On ne lira pas sans intérêt le journal de son voyage en France et ses jugements sur toutes choses. Lord King ne donne que des fragments de ce journal; nous aurions désiré qu'il l'eût publié tout entier. Le voyage de Locke dura quatre ans, de décembre 1675 au mois de mai 1679.

Lord King éclaircit particulièrement les persécutions que Locke eut à subir dans les années qui précédèrent la révolu-

»I2 TROISIRMK LEÇOS.

tion de i688. Toutes les tracasseries qu'on lui fit en 1684 pour son bénéfice du collège de l'Église du Christ, à Oxford, sont exposées dans le plus grand détail. Lord King cite un très-bel endroit de rhistoire de M. Fox sur cette affaire. Il cite encore un ouvrage de lord Grenville, intitulé Oxford et Locke. Voici, exactement traduite, toute la correspondance du ministre et du chef du collège auquel Locke était attaché, le doyen Fell, évêque d'Oxford :

Au lord éveque d'Oxford,

Whitehall, 6 novembre 1684.

Mylord,

Le roi ayant appris qu'un monsieur Locke qui appartenait au dernier comte de Shaftesbury, et qui dans plusieurs occasions s'est conduit très-factieusement et très-déloyalement à l'égard du gouvernement, est un étudiant du collège de Christ, Sa Majesté me commande d'informer votre seigneurie qu'elle désire qu'on lui ôte sa place d'étudiant, et que votre seigneurie me fasse connaître les moyens qu'il faut prendre pour arriver à ce résultat.

Signé Sunderland.

Au trés-tionorable comte de Sunderland^ principal

secrétaire d'État. \

8 novembre 1684.

« J'ai reçu la lettre de votre seigneurie où elle me demande de lui rendre compte de la conduite de M. Locke, étudiant de cette maison. Voici ce que j'en puis dire. Comme c'est, ainsi que votre seigneurie le sait bien, une personne quî a été dans l'intimité du dernier comte de Shaftesbury, et qui est suspecte d'avoir de mauvais sentiments à Tègard du gouvernement, j'Ai depuis plusieurs années l'œil sur lui ; mais il a si bien veillé sur lui-même que, d'après des informations exactes et souvent répétées, je puis affirmer avec assurance qu'il n'y a personne dans le collège, si familier qu'il soit avec lui, qui Tait entendu

dire un seul mot contre le gouvernement, et, ce qui est bien . plus, relativement au gouvernement. Et quoique fréquemment, en public et en particulier, on ait tenu devant lui des propos contre son patron, le comte Shaftesbury, son parti et ses dess< ins, on n'a jamais pu l'amener à y faire attention et à témoigner en paroles ou même en gestes qu'il y prit le moindre intérêt ; de sorte que je crois qu'il n'y a point dans le monde un pareil modèle de taciturnité et d'impassibilité. Il avait ici l'état de médecin^ ce qui l'exemptait des exercices du collège et de l'obligation knposée aux autres d'y résider. Il est maintenant sur le continent par raison de santé ; néanmoins je lui ai fait dire de revenir ici, dans cette vue que s'il ne revient pas on pourra l'expulser comme contumace, et s'il revient il répondra à votre seigneurie de tout ce qu'il aura fait par le passé. Ici, où il sait qu'il est surveillé, il a toujours été très circonspect ; mais il est probable qu'il s'est plus ouvert à Londres où la parole est plus libre, et où d'exécrables desseins contre Sa Majesté et son gouvernement ont été tramés et exécutés. S'il n'est pas de retour au l®"^ janvier, qui est le temps que je lui ai fixé, je serai en droit de requérir son expulsion. Que si ce moyen ne paraît point assez prompt, et si le roi, notre fondateur et notre inspecteur, nous ordonne de l'éloigner immédiatement, à la réception de cet ordre adressé au doyen et au chapitre, il y sera fait droit ponctuellement.

« De Votre Seigneurie, « Le très-humble et très-obéissant serviteur,

« John, évéque d'Oxford, »

A Véoéque d'Oxford,

Whitehall 10 novembre 1684.

« Mylord,

« Ayant communiqué à Sa Majesté la lettre du 8 de votre scôfoeurie , elle m'a ordonné de vous adr^i^^k^Mc çjfc\X.<t V-cv-

cluse, contenant ses ordres pour Timmédiate expulsion de M. Locke. »

Au très-rèoérend père en Dieu^ lord John^ évéqv£ d'Oxford^ doyen du collège de l Église du Christ , et à notre fidèle et bi*n-aimé chapitre de cette Église,

(( Très-révérend père en Dieu, fidèle et bien-aimé, salut. Dès que nous avons été informé de la factieuse et déloyale conduite de Locke, un des étudiants de votre collège, nous nous sommes empressé de vous signifier notre volonté et notre plaisir que vous lui ôtiez son titre d'étudiant et le priviez de lous les droits et avantages que ce titre donne ; et à cette fin «[ue ceci vous serve de mandat. Donné à notre cour de Whifehall, le H novembre 1684.

« Par ordre du roi, Sunderiand. »

Au très-honorable comte de Swnderlandt principal

secrétaire d'État,

16 novembre 16&4.

« Je me crois obligé d'avertir votre seigneurie que l'ordre de Sa Majesté d'expulser M. Locke de ce collège a reçu son entière exécution.

« John, èvèque d'Oxford, »

A réveque d'Oxford,

« Mylord,

« J'ai reçu la lettre de votre seigneurie du 16 courant et l'ai mise sous les yeux de Sa Majesté, qui est satisfaite de l'empressement que le collège a mis à exécuter l'ordre d'expulser M. Locke.

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