‹ Philosophie de LockeChapitre 27 sur 56 · SUNDERLAND · texte numérisé non relu

SUNDERLAND

Lord King fait paraître encore plus la faiblesse pxtrême.

ÂDDiTIOiN A LA VIE DE LOCKE. 65

pour ne pas dire la lâcheté de Fell, en publiant plusieurs lettres d'un autre temps où Fell appelle Locke son estimé a-uU et rassure qu'il est son ami affectionné. C'était d'ailleurs un fort savant homme, auteur d'une excellente édition de saint Cyprien.

Lord King publie pour la première fois le mémoire présenté par le ministre anglais à la Haye, aux États généraux^ au nom de son gouvernement, pour obtenir l'extradition de plusieurs personnes, parmi lesquelles se trouve Locke avec le titre de secrétaire du dernier comte de Shaftesbury.

Leclerc a rapporté l'offre que William Penn fit à Locke de lui obtenir son pardon du roi. Le comte de Pembrocke, qu'il avait connu à Montpellier, s entremit également pour le sauver, et ne cessa de lui donner des marques de sa haute estime et de son affection. C'est en souvenir de cette conduite que Locke dédia à lord Pembrocke son Essai sur l'Entendement humain,

T. I", page 357. Lettre de M. Tyrrel à Locke, avril 170i. Il l'informe des faits suivants : tous les chefs du collège d'Oxford se sont réunis, et il a été proposé d'enjoindre à tous les tuteurs de ne pas lire à leurs élèves VEssai sur VEntendement humain et la philosophie de Leclerc Cette proposition allait passer, mais un docteur Dunstan fit remarquer qu'en proscrivant ces livres^ on ne ferait que les signaler à la curiosité des élèves. Dans une autre assemblée, on tomba d'accord qu'au lieu de faire un arrêté d'interdiction, tous les chefs de maison donneraient à leurs maîtres des instructions particulières pour empêcher leurs élèves de lire ces ouvrages, autant que cela serait en leur pouvoir.

En lisant cette lettre, Locke put se ressouvenir que dans le journal de son voyage en France il avait écrit ces mots, à la date du 22 mars i676 : a L'enseignement de la nouvelle philosophie de Descartes est interdit dans toutes les universités, écoles et académies. «>

Pages 388-43 i. Diverses lettres de Xewton, parmi lescyi^ilU'^

la lettre bizarre à laquelle Locke a fait une si admirable réponse. Celte lettre de Newton doit être mise sur le compte du triste désordre d'esprit, où pendant quelque temps était tombé ce grand homme : elle est du 16 septembre i693. Il faut y voir surtout la candeur avec laquelle Newton confesse à Locke ses mauvaises pensées et lui en demande pardon. Cette candeur est de lui ; le reste est de sa maladie. Aussi, quand il reçut la lettre de Locke, il ne put même se souvenir de ce qui y avait donné lieu. Il lui répond de Cambridge, le 5 octobre : « Monsieur, ce dernier hiver, en dormant trop souvent auprès de mon feu, j'ai pris la mauvaise habitude de dormir, et une indisposition qui, l'été dernier, a été épidémique, m'a troublé l'esprit *, de sorte que quand je vous ai écrit, je n'avais pas eu une heure de sonmieil depuis cinq jours, et pas un moment 5epuis cinq nuits. Je me souviens de vous avoir écrit, mais je ne me rappelle pas ce que je vous ai dit de votre livre. Si vous aviez la bonté de m'envoyer une copie de ce passage, je vous en rendrai compte, si je le peux. Je suis votre très-humble serviteur, Is. Newton. » Locke ne conserva aucun mauvais souvenir de ce petit démêlé, et partout dans sa correspondance il se complaît à rendre hommage au génie de Newton. P. 39 du second volume, dans une lettre à son cousin Pierre King, depuis lord chancelier, et qui est datée du 30 avril 1703, se trouvent les lignes suivantes, qui prouvent de quelle réputation Newton jouissait comme théologien : « M. Newton est réellement un homme d'une grande valeur, non-seulement pour sa science admirable en mathématique, mais auss*. en théologie, et sa grande connaissance des saintes Écritures où je lui connais peu d'égaux. »

Parmi les morceaux philosophiques publiés pour la première fois par lord King, il en est de fort précieux. Nous signalerons particulièrement, 4®' vol, p. 434, quelques pages

l. C'est presque là un aveu de l' incontestable dérangement d'esprit de Newton ; voyez dans la Biographie universelle, l'article de M. Biot, et les articles du même ingénieux et habile écrivain, Journal des Savants, juin 1832 et mai 1834.

datées de Tannée 1696, qui contiennent un examen de la preuve cartésienne de IVocistence de Dieu, tirée de l'idée d'un être nécessaire. Locke rejette cette preuve que, pour notre part, nous tenons comme excellente, bien qu'incomplète. Nous pensons que ce fragment mériterait d'être traduit, et rapporté à l'endroit de VEssaisurVEfUtndement humain, on Locke exi^ose lui-même sa preuve de l'existence de Dieu. Ce fragment est postérieur et très-supérieur au passage de VE^sai.

Nous terminerons ces extraits en exprimant le regret de n'avoir pas trouvé dans ces deux volumes plus de détails sur l'intime amitié de Locke et de lady Masham^ la ûUe de Cudworth, chez lau]uelle il passa les dernières années de sa vie. Il paraît que c'était une personne aussi remarquable par son esprit que par l'agrément de ses manières. Plusieurs écrits attribués à Locke sont réellement de cette dame, entre autres un traité de l'amour divin, traduit en français par Coste, et imprimé à Amsterdam en 1705. Lord King reproduit le passage de la biographie de Leclerc^ où sont racontés les derniers moments de Locke et sa mort pieuse et cahne^ en quelque sorte entre les mains de lady Masham.

(f Quelques semaines avant sa mort^ comme il ne pouvait plus marcher, on l'avait porté dans une chaise à bras par la maison; mais madame Masham l'étant allé voir le 27 d'octobre 1704 (vieux style), au lieu de le trouver dans son étude, oîi il avait accoutumé d'être, elle le trouva au lit. Gomme elle en témoigna quelque surprise, il lui dit qu'il avait résolu de demeurer au lit parce qu'il s'était trop fatigué en se levant le jour précédent, qu'il ne pouvait pas souffrir cette fatigue, et qu'il ne savait pas s'il pourrait jamais se relever. Il ne pat point dîner ce jour-là, et l'après-diner, ceux qui lui tenaient compagnie étant allés en sa chambre, on lui proposa de lut lire quelque chose pour occuper son esprit, mais il le refusa. Néanmoins quelqu'un ayant apporté quelqu<>s papiers dans sa chambre, il voulut savobce que c'était, et on les lui lut; après quoi, il dit que ce qu'il avait ^ faire id s'ei allait fait; et qu'il en remerciait Dieu. Là-dessus on s'approcha de son lit, et il ajouta qu'il souhaitait qu'on se ressouvint de lui dans la prière

du soir. On lui dit que s'il le voulait, toute la famille viendrait prier Dieu dans ta chambre, et il y consentit. On lui demanda s'il croyait être près de mourir, et il répondit que cela arriverait peut-être cette nuit-là, mais que cela ne pouvait pas tarder trois ou quatre jours. Il eut alors une sueur ff oide, mais il en revint bientôt après. On lui offrit un peu de mom (c'est une bière forte qui se fait à Brunswick), qu'il avait pris avec plaisir une semaine auparavant. Il croyait que c'était le moins nuisible des breuvages forts, comme je le lui ai ouï dire moimême. Il en prit quelques cuillerées et but à la santé de la compagnie, en disant : Je vou< souhaite à tous du bonheur, quand je m'en serai allé. Les personnes qui étaient dans la chambre étant sorties, excepté madame Masham, qui demeura assise près de son lit, il l'exhorta à regarder ce monde feuleit ent comme un état de préparation pour un meilleur. Il ajouta qu'il avait vécu assez longtemps, et qu'il remerciait Dieu d'avoir passé heureusement sa vie ; mais que cette vie ne lui paraissait qu'une pure vanité. Après souper, la famille monta dans sa chambre pour y prier Dieu, et entre onze heures et minuit il parut un peu mieux. Madame Masham ayant voulu veiller auprès de lui, il ne le voulut pas permettre, et dit que peut-être il dormirait, mais que s'il lui arrivait quelque changement il la ferait appeler. 11 ne dormit point, mais il résolut d'essayer de se lever le lendemain, comme il le fit. On le porta dans son étude, et on le plaça sur une chaise plus commode, oh il dormit assez longtemps, à plusieurs reprises. Paraissant un peu remis, il voulut qu'on l'habillât, comme il avait accoutumé d'être, et demanda de la petite bière, qu'il goûtait très-rarement. Après quoi, 11 pria madame Masham, qui lisait tout bas 1» s psaumes pendant qu'on l'habillait, de lire haut. Elle le fit, et il parut fort attentif, jusqu'à ce que les approches de la mort l'en empêchèrent. Il pria alors cette dame de ne plus lire, et, peu dem'nutcâ après, il expira, ie 28 d'octobre (vieux style) 1704, vers les trois heures après-midi, dans sa soixante et treizième année. »

locke est enterré dans une petite église de village à High-

Laver. Sur sa tombe modeste et aujourd'hui en ruines, on a mis cette épifaphe, qu'il avait composée lui-même :

Hic juxta situs est

Joannes Lockius.

Si qualis fuerit rogas,

Mediocritate sua contentum.

Se vixisse respondet.

Litteris innutritus eousque

Tantum profecit.

Ut veritati unice litaret.

Hoc ex scrlptis ejus disce,

QujBB quod de eo reliquum est

Miyori fide tibi exhibebunt^

Quam epitaphîi suspecta elogia.

Virtutes si quas habuit,

Minores sane quam sidi laudi

Duceret,

Tibi in exemplum proponeret ;

Vitia una sepielantur.

Morum exemplum si quseras,

Tu Evangelia habes,

Vitionim utinam nusquam !

Mortalitatis certe (quod prosit)

Hic et ubique.

Natum amio Domini mdcxxxii,

Mortuum xxviii octobris mdcciv,

Memorat baec tabella

Brevi et ipsa interitura.

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