Ibid., leç. viii, p^ 393, etc
plus éloignés ou les plus voisins de vous, vous ne les connaissez, vous ne pouvez lés connaître qu'à cette condition, que vous soyez capables de connaître en général ; et vous ne les connaissez, vous ne pouvez les connaître que dans la mesure de votre faculté générale de connaître. Toutes les connaissances que vous pouvez acquérir, les plus sublimes comme les plus grossières, reposent en dernier résultat sur la portée et la valeur de cette faculté. Appelez-l!i comme il vous plaira, esprit, raison, pensée, intelligence, entendement, Locke rappelle entendement. Une sage philosophie, au lieu de se servir aveuglément de l'entendement et de l'appliquer à l'aventure, doit l'examiner d'abord, et rechercher quel il est et ce qu'il peut ; sans quoi elle s'expose à des mécomptes sans nombre. L'étude de l'entendement humain est donc l'étude philosophique, par exceUence. Il n'y a pas une partie de philosophie qui ne suppose celle-là et ne lui emprunte sa lumière. Que peut être la logique, par exemple, c'esWi-dire la connaissance des règles qui doivent diriger l'esprit humain, sans la connaissance de ce qu'il s'agit de diriger, à savoir, l'esprit humain? Que peut être la morale, la connaissance des règles de nos actions, sans celle du sujet même de toute morale, de l'agent moral, de l'homme lui-même? La politique, la science ou l'art du gouvernement de l'homme social, repose également sur la connaissance de l'homme que la société développe, mais qu'elle ne crée pas. L'esthétique, la science du beau et la théorie des arts ont leurs racines dans la nature de l'être capable de reconnaître le beau et de le reproduire, de ressen-
tir les émotions particulières qui attestent sa- présence, et de faire passer ces émotions dans Vàme des autres. Si Thomme n'était pas un être religieux, si nulle de ses facultés n'atteignait par delà la sphère bornée et finie de ce monde, Dieu ne serait pas pour l'homme, et il n'est pour lui que dans la mesure de ses facultés ; l'examen de ces facultés et de leur portée est donc la condition de toute bonne théodicée. En un mot, l'homme est engagé dans toutes, les sciences qui lui sont en apparence le plus étrangères. L'étude de l'homme est donc l'introduction nécessaire à toute science qui veut avoir son propre secret; et, quelque nom qu'on lui donne, psychologie ou tout autre, il faut concevoir que cette étude, sans être toute la philosophie, en est le fondement et le point de départ.
Mais la connaissance de la nature humaine, la psychologie est-elle possible? Nul doute; car la conscience est un témoin qui nous avertit de tout ce qui se fait dans l'intérieur de notre âme. Elle n'est le principe d'aucune de nos facultés, mais elle est leur lumière à toutes. Ce n'est pas parce que nous avons conscience de ce qui se passe en nous, qu'il se passe en nous quelque chose ; mais ce qui s'y passe serait comme non avenu s'il ne nous était attesté par la conscience : ce n'est pas par elle que nous sentons, que nous voulons, que nous pensons; mais c'est par elle que nous savons que nous faisons tout cela. L'autorité de la conscience est la dernière autorité dans laquelle vient se résoudre celle de toutes les* autres facultés, en ce sens que si celle-là était ébranlée, comme c'est par
elle que raction de., toutes les autres arrive à notre connaissauce, leur autorité, sans être détruite en ellemême, serait nuUe pour nous. Aussi n*y a-t-il personne qui ne se fie pleinement à sa conscience. Là expire le scepticisme; car, comme Ta dit Descartes, doutât-on de tout, encore ne douterait-on pas que Ton doute*. La conscience a donc une autorité incontestée ; son témoignage est infaillible, et il ne manque à personne. En effet, la conscience est plus ou moins distincte, plus ou moins vive, mais elle est dans tous les hommes. Nul n'est inconnu à soi-même, quoique très-peu se connaissent parfaitement, parce que tous ou presque tous font usage de la conscience sans s'appliquer à Téclaircir et à l'étendre par la volonté et l'attention. Dans la plupart des hommes, la conscience n'est qu'un procédé naturel ; quelques-uns élèvent ce procédé à la hauteur d'un art, d'une méthode, dans la réflexion, laquelle est en quelque sorte une seconde conscience, une reproduction libre de la première; et, comme la conscience donne à tous les hommes la connaissance de ce qui se passe en eux, de même la réflexion peut donner au philosophe une connaissance certaine de tout ce qui tombe sous l'œil de la conscience. Et remarquez qu'il ne s'agit pas ici d'hypothèses et de conjectures, car il ne s'agit pas même de raisonnements; il ne s'agit que de faits^ et de faits qui peuvent être observés tout aussi bien que ceux qui, se passent sur la scène du monde. La seule difiTérence est que les uns sont extérieurs, les autres intérieurs, et que, l'action naturelle de nos facultés nous