Traduction de Platon, t. l^^, argument de VSuthifphron
ESSAI. LIVRE II, DU BIEN ET b\] MAL. LIVRE III, DES MOTS. 207
falie par la société pour diriger les actions de ceux qui en font partie, est une autre règle à laquelle les hommes rapportent leurs actions, pour juger si elles sont criminelles ou non. Personne ne méprise cette loi; car les peines et les récompenses qui lui donnent du poids sont toujours prêtes, et proportionnées à la puissance d'où cette loi émane, c'est-à-dire à la force même de la société, qui est engagée à défendre la vie, la 11berté et les biens de ceux qui vivent conformément à la loi, et qui a le pouvoir d'ôter, à ceux qui la violent, la vie, la liberté ou les biens ; ce qui est le châtiment des offenses commises contre cette loi. »
Assurément la société a ce droit ; ce droit est même un devoir pour elle; mais à cette condition que les lois qu'elle fera soient justes : car supposez que la loi qu'établit la société soit injuste, la violation de cette loi cesse de l'être, et alors la punition d'un acte non injuste est elle-même une injustice. Otez, je le répète, la légitimité et la justice de la loi, vous détruisez la justice et la légitimité de la peine. La peine perd tout caractère de moralité et ne garde plus que celui d'une force purement physique, qui ne saurait être, comme l'a très-bien vu Hobbes^, trop grande, trop absolue, puisqu'elle ne subsiste que par la crainte qu'elle inspire.
§ 10. La loi philosophique est la mesure du vice et de la vertu. — « H y a, en troisième lieu, la loi d'opinion ou de réputation. On prétend et on suppose par tout le monde que les mots de vertu et de vice si-