Ibid
conséquent nous y arrivons par une autre voie que celle de ridée représentative, et par conséquent encore la théorie de Tidée représentative est une chimère.
Je vais plus loin : je change tout à fait de terrain, j'admets que Tidée ait une vertu représentative, j'admets la réalité de la représentation : je veux bien croire, avec Locke et tous ses partisans, que nous ne connaissons que par des idées représentatives, et qu'en effet les idées ont la merveilleuse propriété de représenter leurs objets, soit : mais à quelle condition les idées nous représentent-elles les choses? vous le savez, à la condition de leur être conformes. Je suppose que nous ne sussions pas que l'idée est conforme à son objet, nous ne saurions pas qu'elle le représente; nous n'aurions aucune véritable connaissance de cet objet. Et encore à quelle condition pouvons-nous savoir qu'une idée est conforme à son objet, est une copie fidèle de l'original qu'elle représente? Rien de plus -simple : à cette condition que nous connaissions l'original. Il faut que nous ayons sous les yeux l'original et la copie, pour pouvoir rapprocher la copie de l'original, et prononcer que la copie est en effet une copie fidèle de l'original. Mais je suppose que nous n'ayons pas l'original, que pourrons-nous dire de la copie? Pourrez-vous dire, dans l'absence de l'original, que la copie, qui seule est sous vos yeux, est une copie fidèle de l'original que vous ne voyez pas, que vous n'avez jamais vu? Non certes; vous ne pourrez pas assurer que la copie est une copie fidèle, ni qu'elle est une copie infidèle ; vous ne pourrez pas même affirmer qu'elle est une copie. Si nous ne connaissons les choses
que par les idées, et si nous ne les connaissons qu'à la condition que les idées les représentent fidèlement, nous ne pouvons savoir que les idées les représentent fidèlement qu'à cette condition que nous voyions les choses d'une part, et de Tautre les idées ; c'est alors, et seulement alors, que nous pourrons prononcer que les idées sont conformes aux choses. Ainsi, pour savoir si vous avez une idée vr^ie de Dieu, de l'âme, des corps, il faut que vous ayez d'un côté Dieu, le corps et l'âme, et de l'autre l'idée de Dieu, l'idée de l'âme, l'idée du corps, afin que, rapprochant l'idée de son objet, vous puissiez prononcer qu'elle lui est conforme ou non conforme . Choisissons un exemple.
Je veux savoir si Tidée que j'ai du corps est vraie. Il faut que j'aie et l'idée que je me fais du corps et le corps lui-même, et qu'ensuite je les rapproche, les confronte et juge.
Je prends donc des mains de Locke l'idée de corps telle que Locke lui-même me l'a fournie. Pour savoir si elle est vraie, il faut que je la compare, que je la confronte avec le corps lui-même. Cela suppose que je connais le corps ; car si je ne le connais pas, avec quoi puis-je confronter /l'idée du corps pour savoir si elle est vraie ou fausse? Il faut donc supposer que je connais le corps. Mais comment ai-je pu le connaître? Dans la théorie de Locke, vous ne connaissez, vous ne pouvez connaître que par des idées qui vous représentent les choses. Or, je connais ce corps ; donc, dans la théorie de Locke, je ne le connais que par des idées qui me le représentent; donc je ne connais pas ce corps lui-même, ce ^x)rps qu'il me faudrait con-
r.i DIXIÈMB LETÇON.
naître pour le comparer avee Tiâée qpe j'en ai ;;je ne» connais que son idée, et c'est son idée seule que je puis comparer a\ee son idée, c'est-à-dire que je comparerai une idée avec une idée, une copie avec une copie. Ici, point d'original encore; donc la comparaison, la confrontation, la vérification est impossible. Pour que la vérification me conduise à un» résultat, il faut que cette seconde idée que j'ai, du corps, dans la connaissance que je suis supposé avoir du corps, soit une idée vraie, une idée conforme à son objet ; mais je ne puis savoir si cette seconde idée est vraie qu'à, une condition, à cette condition que je puisse la comparer ; et avec quoi ? avec le corps, avec l'original ; donc il faut que d'ailleurs je connaisse le corps, poursavoir si cette seconde idée lui est. conforme. Voyons donc. Je connais le corps; mais comment connais-je le corps? Toujours dans la théorie de Locke, je ne le connais que par l'idée que j^en puis avoir; ce n'est (Micore là qu'une idée à laquelle je dois comparer la seconde idée que j'avais du corps ; je ne sors donc pas- (le l'idée : continuez ainsi tant que vous voudrez, vousroulerez dans un cercle infranchissable d'idées qui ne vous laisseront jamais arriver à un objet réel, et ne fonderont jamais une comparaison, une confrontation, légitime, puisqu'une confrontation légitime supposerait que vous auriez d'une part la copie, et de l'autre l'original, et qu'ici vous n'aurez jamais qu'une idée, plus une autre idée ; donc vous ne comparerez, jamais que des idées, des copies. Et encore pour dire que ce sont des copies, il faudrait que vous eussiez; l'original lui-même, lequel vous échappe^ et vous-
échappera étemellement, dans toute théorie de la connaissance qui condamne l'esprit à ne connaître que par rintermédîaire d'idées» représentatives.
Ainsi, en résumé, l'objet, l'original, échappant sans éfesse à la prise immédiate de l'esprit humain, ne peut jamais être amené sous les yeux de l'esprit humain, ni par cpnfséquent autoriser une comparaison avec la copie, avec l'idée. Vous ne saurez donc jamais si l'idée que vous avez du corps est conforme ou non conforme, fidèle ou infidèle, vraie ou fausse. Vous aurez cette idée sans savoir même si elle a un objet ou non.
On ne peut pas rester en cet état, et, pour aider Locke, je vais faire une supposition, je vais supposer qu'en effet nous ayons sous les yeux non pas seulement l'idée de l'original, niais l'original lui-môme. Je suppose que nous connaissions directement l'original ; alors la confrontation est possible : nous allons la faire. Mais auparavant je remarque que la supposition que je fais, celle d'un original directement connu, laquelle supposition est la base nécessaire de toute confrontation, laquelle' confrontation est la base nécessaire de la théorie môme de Locke, je remarque, dis-je, que cotte supposition détruit précisément cette théorie. En effet, si nous supposons que nous avons un original connu directement, nous supposons que nous pouvons connaître autrement que par des idées représentative^.
Mais j'avance, et je dis: Cet original que nous connaissons directement, autrement que par des idées représentatives, est-ce une chimère? Non. Si c'éiait une chimère, comparer l'idée à uii ob^et ctoa
ne VOUS mènerait à rien. Vous supposez donc que c'est bien l'original, le vr^ original, l'objet lui-même, le corps ; et vous supposez que la connaissance que vous en avez est une connaissance certaine, une connaissance qui ne laisse rien à désirer. Alors voici quelle est votre position. Vous avez d'un côté la connaissance certaine du corps, et de l'autre vous avez de ce corps une idée de laquelle vous voulez savoir si elle est fidèle ou non. A ce prix, la comparaison est très-facile ; la confrontation se fait de soi-même ; ayant la copie et l'original, vous pourrez dire aisément si l'une représente l'autre. Mais cette confrontation, nécessaire dans la théorie, et maintenant possible et facile, est aussi parfaitement inutile. Quel était le but de cette comparaison, de cette confrontation? c'était d'obtenir une connaissance certaine du corps ; car c'est là ce que vous cherchiez. Pour y arriver, vous avez mis l'original en présence de la copie. Mais si vous supposez que vous avez l'original, c'est-à-dire une connaissance certaine du corps, tout est fini, il n'y a plus rien à faire, laissez là votre comparaison, votre confrontation, votre vérification ; ne vous fatiguez pas à chercher si d'ailleurs l'idée est conforme ou lion à cet original : vous le possédez, il suffit; vous possédez la connaissance même que vous vouliez acquérir. Ainsi, sans la connaissance certaine de l'original, jamais vous ne pouvez savoir si l'idée que vous avez est fidèle ou non, et toute comparaison est impossible; et aussitôt que vous avez l'original, sans doute alofs il est facile de comparer l'idée à la réalité : mais puisque vous avez cette réalité, il vous est tout à fait inu-
ESSAI. LIVRE Vf, ENCORE LES IDÉES REPRÉSLNTATIVES. 277
tile de confronter Tidée avec elle ; vous avez ce que VOUS cherchiez ; et la condition même de la théorie et de la comparaison qu'elle exige est précisément la supposition de la connaissance que vous demandez à cette théorie, c'est-à-dire un paralogisme.
Telle est la polémique un peu subtile, mais exacte, qui, poursuivant dans tous ses replis la théorie de ridée représentative, la confond de toutes parts. Ou ridée représentative ne représente point et ne peut, représenter, et dans ce cas si nous n'avons pas d'autre moyen de connaître les choses, nous sommes condamnés à ne pas les connaître, nous sommes condamnés à un scepticisme plus ou moins étendu, selon que nous sommes plus ou moins conséquents ; et si nous voulons l'être tout à fait, au scepticisme absolu sur les corps et sur les esprits, c'est-à-dire à l'absolu nihilisme. Ou bien veut-on que l'idée représente? Dans ce cas, on ne peut savoir qu'elle représente fidèlement qu'autant qu'on a l'original, qu'autant que l'on connaît d'ailleurs le corps, l'esprit, les choses elles-mêmes; et alors l'intervention de l'idée représentative est possible, mais elle est inutile. Sa vérité, la conformité de ridée à son objet, ne peut être démontrée que par une supposition qui renverse la théorie même qu'elle est destinée à soutenir.
Tirons les conséquences de cette polémique.
Première conséquence : nous connaissons les corps et les esprits, le monde, l'âme et Dieu, autrement que par des idées représentatives.
Seconde conséquence plus générale : pour connaître les êtres, nous n'avons besoin d'aucun intermé-
diairc; nous conaaissons les choses directement, sans rintcrmédiaîre des idées, et sans aucun autre intermédiaire ; l'esprit dans son exercice, est soumis à certaines conditions, mais ces conditions une fois accomplies, il entre en exercice et connaît, par cette seule raison qu'il est doué de la puissance de connaître.
L'histoire véritable de l'entendement confirnie cet important résultat, et achève de mettre dans tout son jour la vanité de la théorie des idées.
Primitivement rien n'est abstrait, rien n'est général ; tout est piirticulier, tout est concret. L'entendement, nous l'avons fait voir *, ne débute pas par ces formules, qu'il n'y a pas de modification sans sujet, qu'il n'y a pas de corps sans espace, etcr ; mais une modification lui étant donnée, il conçoit le sujet particulier de cette modification ; un corps étant donné, il conçoit que ce corps est dans un espace ; une succession particulière étant donnée, il conçoit que cette succession particuUère est dans un temps déterminé, etc. Il en est ainsi de toutes nos conceptions primitives ; elles sont toutes particulières, déterminées, concrètes. De plus, et nous l'avons établi encore, elles sont mêlées les unes aux autres, toutes nos facultés entrant en exercice simultanément ou presque simultanément. Il n'y a pas conscience de la plus petite sensation sans un acte d'attention si faible qu'il soit, sans une intervention quelconque de la volonté ; il n'y a pas de volition sans le sentiment d'une force causatrice intérieure; il n'y a pas de sensation perçue
{ . riiis haut les leçons v, vi, vu, etc.
ESSAI. LiVRE IV, EKCORE LBS IDEES REPRÉSENTATIVES. r.9
•sans rapport à une cause externe et au monde, que nous concevons aussitôt iians un espace et dans un temps, etc. Enfin, nos conceptions primitives présentent Picore deux caractères 'distincts : les unes sont contingentes, les autres g©nt nécessaires. Sous l'œil même de la conscience est une sensation de peine ou de plaisir que je perçois comme réellement existante; mais cette sensation varie, change, disparaît, et de là bientôt la cwivictîon que ce phénomène sensible que je; perçois est réel sans douta, mais qu'il pourrait être ou n'être pas, et que pouvant être •ou n'être pas, je pourrais le percevoir ou ne le percevoir pas: c'est ce caractère que, plus tard, la philosophie désignera sous le nom de contingence. Mais lorsjque je conçois qu'un corps est dans l'espace, si je veux essayer de concevoir le contraire, de concevoir qu'un corps peut être sans espace, je ne le puis ; et cette conception de l'espace est ce que la philosophie désignera plus tard sous le nom de €onception nécessaire. Mais toutes nos conceptions contingentes ou nécessaire?, d'où viennent-elles? De la faculté de concevoir ,qui est en nous, de quelque? nom que vous appeliez cette faculté dont nous avons conscience, esprit, raison, pensée, entendement, intelligence. Les actes de cette faculté, nos conceptions sont essentiellement affirmatives, sinon oralement, du moins mentalement. Nier même, c'est affirmer ; car c'est affirmer le contraire de ce qui a été affirmé. Douter, c'est affirmer encore ; c'est affirmer l'incertitude. D'ailleurs, nous ne débutons évidemment ni par le doute ni par la négation, mais par. l'affirmation.
Or, affirmer d'une manière quelconque, c'est juger. Si donc toute opération intellectuelle se i*ésout dans l'opération du jugement, toutes nos conceptions ou contingentes ou nécessaires se réSblvent en jugements ou nécessaires ou contingents ; et toutes nos opérations primitives étant concrètes et synthétiques, D s'ensuit que tous les jugements primitifs que supposent ces opérations s'exercent aussi sous cette forme.
Telle est la scène ^imitive de l'intelligence. Peu à peu rintelligence se développe. Dans ce développement survient le langage qui réfléchit l'entendement, et le met, pour ainsi dire, en dehors de luimême. Si vous ouvres les grammaires, vous verrez (ju'elles commencent toutes par les éléments, pour aller de là aux propositions ; c'est-à-dift qu'elles commencent par l'analyse pour finir par la synthèse. Mais dans la réalité, il n'en est pas ainsi. Lorsque l'esprit se traduit par le langage, les premières expressions de ses jugements sont, comme ses jugements euxmêmes, concrètes et synthétiques. 11 ne produit pas d'abord des mots, mais des phrases, des proj^ositions^ et des propositions très-composées. Une proposition primitive est un tout qui correspond à la synthèse naturelle par laquelle l'esprit débute. Ces propositions primitives ne sont nullement des propositions abstraites, telles que celles-ci : Il n'y a pas de qualité sans un sujet, pas de corps sans espace qui le renferme, et autres semblables ; mais elles sont toutes particulières, telles que : J'existe, ce corps existe, tel corps est dans cet espace. Dieu existe, etc. ; ce sont des propositions qui se rapportent à un objet particu-
lier, déterminé, qui est ou moi, ou le corps, ou Dieu. Mais après avoir exprimé par des propositions concrètes et synthétiques ses jugements primitifs conxîrets et synthétiques, l'esprit opère par Tabstraction sur ces jugenaents, il en néglige le concret pour n'en considérer que la forme; par exemple, ce caractère de nécessité dont plusieurs sont revêtus, et qui, dégagé et développé, donné, au lieu des propositions concrètes : J'existe, ces corps sont dans tel espace, etc., les propositions abstraites : Il ne peut y avoir de corps sans espace, il ne peut y avoir de modification sans sujet, il ne peut y avoir de succession sans temps, etc. Le général était d'abord enveloppé dans le particulier; puis, vous dégagez le général du particulier, et vous l'exprimez seul. Mais j'ai suffisamment expliqué ailleurs la formation des propositions générales ^
Le langage est le signe de l'esprit, de ses opérations, et de leur développement. Il exprime les jugements primitifs, concrets et synthétiques par des propositions primitives, concrètes et synthétiques ellesmêmes. Les jugements peu à peu se généralisent par l'abstraction, et S leur suite les propositions deviennent générales et abstraites. Dans ces abstractions,^ l'abstraction opère de nouvelles abstractions. Les propositions abstraites, signes de jugements abstraits, sont elles-mêmes composées de plusieurs éléments» Nous abstrayons ces éléments, pour les considérer séparément : ces éléments sont ce qu'on appelle des idées. C'est une grande erreur de croire que nous.
1. Rus haut, leçon vu, p. 187, etc., et Du Vrai, du Beau et du Bien, leç. ni
ayons d'abord ces éléments sans le tout dont elles font partie. Nous ne commençons pas même par des propositions, mais par des jugements : ce ne sont pas ' les jugements qui viennent des propositions, ce sont les propositions qui viennent des jugements, lesquels viennent eux-mêmes de la faculté de juger, laquelle repose sur la vertu originelle de l'esprit ; à plus forte raison, nous ne débutons point par des idées; car les idées nous sont données dans des propositions. Soit, par exemple, Tidée d'espace. Elle ne nous est pas donnée à part, mais dans cette proposition tout entière : U n'y a pas de corps sans espace; or cette proposition n'est que la forme d'un jugement. Otez les propositions, qui ne seraient pas sans les jugements, et vous n'aurez pas d'idées ; mais aussitôt que le langage vous a permis de traduire vos jugements en propositions, alors vous pouvez considérer séparément les différents éléments de ces propositions, c'est-à-dire les idées séparées l'une de l'autre. A parler rigoureusement, il n'y a pas de propositions dans la nature, ni propositions concrètes, ni propositions abstraites, ni propositions particulières, ni propositions générales ; à plus forte raison, il n'y a pas d'idées dans la nature. Si par idées on entend quelque chose de réel, qui existe indépendamment du langage, et qui soit un intermédiaire entre les êtres et l'esprit, je dis qu'il n'y a absolument pas d'idées. Il n'y a de réel que les choses, plus l'esprit avec ses opérations, à savoir, ses jugements. Viennent ensuite les langues, qui créent en quelque sorte un nouveau monde, spirituel et matériel tout ensemble, ces êtres symboliques qu'on ap-
ESSAI. LIVRE IV. ENCORE LES IDÉES REPRÉSENTATIVES. ïs.'i
pelle des signes, à Taide desquels elles donnent une sorte d'existence extérieure et indépendante aux résultats des opérations de Tesprit. Ainsi, en exprimant les jugements en propositions, elles ont l'air de réaliser ces propositions : il en est de même pour les idées. Les idées ne sont pas plus réelles que les proj)ositions, et elles sont aussi réelles qu'elles ; elles ouf toute la réalité qu'ont les propositions, la réalité •d'abstractions auxquelles le langage prête une existeiici* nominale et conventionnelle. Toute langue est à la fois et un analyste et un poëto ; elle fait des abstrac^tions, et elle les réalise. C'est là la condition du langage : il faut bien s'y résigner, et parler par figures, pourvu qu'on sache ce qu'on fait. Ainsi tout le momie •dit : Avoir une idée de telle chose, en avoir une idée ♦claire ou obscure, fidèle ou infidèle; et par là nul uo veut dire qu'iLne connaît les choses qu'au moyen de •certains intermédiaires appelés idées; on veut seulement marquer par là l'acte de l'esprit par rapport h telle cho^, acte par lequel l'esprit connaît (îott<^ 4;hose, la connaît plus ou moins, etc. On dit encore : •Se représenter une chose, et souvent une chose qui ik» tombe pas sous les sens, pour dire la connaître, Jîi <x)mprendre, par une métaphore empruntée aux plicnomènes des sens, et du sens dont l'usage est Je plus fréquent, celui de la vue. Le goût est ordinaireniont le seul juge de l'emploi des figures. On peut aller, et l'on va souvent très-loin dans ce style métaphorique, sans obscurité et sans erreur. J'absous donc le langa^^i» 4>rdinaire de la plupart des hommes, et je crois qu'on peut absoudre aussi celui de beaucoup de philosophes.
qui souvent ont parlé comme le peuple, sans être plus absurde que lui. Il est impossible, en effet,* d'interdire toute métaphore au philosophe ; la seule loi qu'il faille lui imposer est de ne pas être dupe des métaphores, et de ne pas les convertir en théories. Peut-être Fécole écossaise, qui a repris au dix-huitième siècle Tancienne polémique contre l'idée représentative, n*a-telle pas toujours assez songé que les philosophes aussi font partie du genre humain et sont condamnés à se servir du même langage ; peut-être a-t-elle imputé à beaucoup trop d'écoles, et a-t-elle trop vu partout la théorie qu'elle s'était chargée de combattre * ; mais il est certain qu'elle a rendu un service éminent à la philosophie, en démontrant que l'idée-image n'est au fond qu'une métaphore, et en faisant justice de cette métaphore, lorsqu'on lui attribue sérieusement une vertu représentative. C'est là le vice dans lequel Locke est incontestablement tombé, et que j'ai 4û vous signaler comme un des écueils les plus périlleux de l'école sensualiste. . t ^
C'est du point oîi nous sommes parvenus que l'on peut apprécier aisément la doctrine des idées innées, dont la réfutation remplit tout le premier livre de V Essai sur P Entendement^. Le moment est venu de nous expliquer sur cette doctrine, et sur la réfutation que Locke en a donnée. Locke divise la doctrine générale des idées innées en deux points, les propositions ou maximes générales, et les idées. Et nous aussi
1 . Voyez le développement et la confirmation de ce doute, Philosophie ÉCOSSAISE, leçon ix, p. 407, etc.