Leçon viii
tendement est ainsi fait qu'à Toccasion du fini il ne peut pas ne pas concevoir l'infini. Le fini est connu préalablement; mais il est connu tout seul : le fini est connu directement par les sens ou la conscience ; l'infini est invisible, insaisissable ; il n'est que concevable et compréhensible; il échappe aux sens et à la conscience, et ne tombe que sous l'entendement; il n'est ni un des deux termes ni le fruit d'une comparaison ; nous l'atteignons dans un jugement qui porte sur un seul terme, l'idée du fini. Voilà pour les jugements qui regardent l'existence en général.
Il y a même beaucoup d'autres jugements qui, sans se rapporter à l'existence, présentent le même caractère. Je me bornerai à vous citer les jugements du bien et du mal, du beau et du laid. Dans l'un et l'autre cas, le jugement porte sur une seule donnée, sur un seul terme; et c'est le jugement lui-même qui nous révèle l'autre terme, au lieu de résulter de la comparaison des deux.
Selon la théorie de Locke, pour juger si une action est juste ou injuste, bien ou mal faite, il faudrait avoir d'abord l'idée de cette action, puis l'idée du juste et de l'injuste, et comparer l'une à l'autre. Mais pour confronter un fait avec l'idée du juste et de l'injuste, il faut avoir cette idée, cette connaissance, et cette connaissance suppose un jugement ; la question est de savoir d'où vient et comment se forme co jugement. Or nous avons vu * qu'en présence de tel ou tel fait, dépourvu aux yeux des sens de tout caractère moral, l'entendement est constitué