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mais déjà rempli de vastes desseins, celui qui devait cMre M. HegeP. Sans le bien comprendre, dès 1817 je l'avais en quelque sorte deviné et n nonce. Je le retrouvai en 1824, à Berlin, à la tête d'une école florissante, et en 1826 il était venu me faire visite à Paris. J'aimais M. Hegel ; j'adniirais la vigueur de son esprit, et cette fermeté imperturbable avec laquelle il appliquait l'ancien ' système de M. Schelling, méthodiquement développé, à toutes les parties des connaissances humaines, même h celles qui s'y prêtaient le moins ; par exemple, à l'histoire de la philosophie, où M. Hegel comme M. Schelling n'avait que des vues fort générales, sans nulle étude approfondie. En 1828 j'étais encore trop près de mes souvenirs d'Allemagne pour que les grandes généralisations et les formules un peu altières auxquelles j'étais accoutumé ne déteignissent pas un peu, si on me passe cette expression, sur ma pensée et sur mon langage ; et il se peut que mes paroles aient quelquefois présenté à des esprits prévenus ou peu familiers avec ces matières délicates, l'apparence d'une doctrine assez favorable au panthéisme. Mais certes jamais apparence ne fut plus loin de la
1. Sur Hegel, Voy. Fragments de Philosophie coNTiiMPORAiNE, îie édition, p. 63 et 190.
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ïéalité; car, bien avant 1828, l'amitié dont m'honorait M. Schelling* m'avait fait connaître le changement, ou, si l'on veut, le développement nouveau qui s était fait dans ce grand esprit, et j'y avais fort applaudi. J'avais l'habitude, même avec M. Hegel et ses plus dévots disciples, de me licencier un peu sur le compte de ce fameux Être en soi, das reine Seyn^ pur de toute détermination, et qui par une suite de métamorphoses merveilleuses devient le principe de toute détermination, de la qualité comme de la grandeur. Partout dans notre enseignement de 1828 et de 1829, comme dans celui de 1815 à 1821, règne la doctrine la plus opposée au panthéisme, celle de l'intelligence, comme enfermant la conscience et la personnalité; en sorte qu'il faut choisir entre un Être premier, dépourvu d'intelligence, s'il est sans personnalité et sans conscience, ce qui est l'athéisme ordinaire, et un Être premier, véritablement intelligent, qui se connaît lui-même, ainsi que l'univers et l'homtne, et préside à la destinée de son ouvrage. C'est là le théisme à proprement parler : quelques inexactitudes de détail, loyalement expliquées, ne l'al-
1. Il m'en a donné une bien grande preuve en me servant d'introducteur auprès du public allemand : « Victor Cousin ûber franzosische und deutsche Pktlosophiey Vorrede von Schelling, 1 834. Il y a deux traductions françaises de la préface de M. Schelling.