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II. — Evidemment ces descriptions laissent

(1) Et per hune inodum dicitur abstrahi species intelligibilis a phantasmatibuS, non quod aliqua eadem numéro forma, quœ prius fuit in phftntosmatibus, postmodum li;it in intellectu possibili ad modum quo corpus accipitur ab uno loco et transferturad alterum (F, q. i.xxxv. a. 1, ad 3

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subsister un mystère sur l'action de l'intellect agent. Mais il n'en faut pas moins reconnaître, comme nous l'avons fait, que l'intervention d'une telle puissance active est nécessaire pour que de l'image individuelle ou particulière naisse une forme abstraite et universelle, qui en contienne l'essentiel, mais la dépasse tellement qu'une faculté proprement intellectuelle soit seule capable de la recevoir.

Et qu'on ne dise point que cet intellect agent est, non pas en nous, mais en dehors de nous ; qu'il est simplement une intelligence supérieure à notre nature, qui nous éclaire de l'extérieur et d'en haut, sans prendre rang parmi les puissances qui appartiennent à notre âme et dérivent de sa substance.

Cette hypothèse est insuffisante. Sans doute, la pensée humaine, par son universalité même, révèle dans l'homme, individualité restreinte, le reflet d'une pensée plus haute, le rayonnement d'une intelligence plus large et plus puissante. Mais néanmoins, comme tout être achevé, nous devons posséder en propre ce qu'il nous faut pour agir selon notre nature ; et, de même que nous avons dans notre corps vivant la force végétative capable d'engendrer un autre

corps vivant semblable au nôtre, sous l'influence toutefois des forces extérieures, de même il faut bien que nous ayons dans notre âme une vertu active qui féconde les données de l'imagination et produise l'idée abstraite, par une participation réelle, bien que mystérieuse, à une activité intellectuelle d'un ordre supérieur (1). Le concept universel naît en nous des éléments offerts par la connaissance sensitive, c'est un fait d'expérience ; donc, affirmons encore que nous avons la faculté de l'engendrer en nous-mêmes : sans cela, par nature, nous serions trop incomplets.

Déterminé à penser par la forme abstraite qui se grave en lui sous l'action de l'intellect agent, l'entendement réceptif conçoit une parole inté-

(I) Dato quod sit aliquis talis intelloctus ajrens separalus, nihilominus tamen oportel potière in ipsa anima humana aliquam virtutem ab illo intellectu superiori participalam, per quam anima facit intelligibilia in actn ; sient et in aliis rébus naturaiibus perfectis praeter universales causas agentes sont proprise virtutes inditœ singulis rébus perfectis, ab universalibusagentibus derivatae ; non enim soins sol générât hominem, sert est in ho mi ne virlus generativa hominis ; el similiter in aliis animalibus perfectis.... Nulla autem actio convenit alicui rei nisi per aliquod principium formaliter ci inbœrens, ut supra dictum est, q. i.xxvt, a. 1, quum de intellectu potentiali seu possibili ageretor. Ergo oportet virtutem quae est principium linjus actionis esso aliquid in aninia (I, q. lxxix, a. 4).

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rieure, une expression lumineuse, où il considère l'objet intellectuel (1). La conception de ce verbe spirituel et la considération de l'objet dans ce verbe, voilà où aboutit la coopération des deux facultés de notre entendement. Considérer ainsi par la pensée la nature des choses, c'est encore, si l'on veut, taire de l'abstraction ; mais, c'est la conséquence d'une abstraction première par laquelle la représentation intelligible a été imprimée dans l'intelligence (2).

II. Quelle est donc, en définitive, la nature de cet intellect agent, qui transforme ainsi, par sa lurrière, les images sensibles en représentations intelligibles? Qu'est-ce que cette lumière intellectuelle?

Avouons d'abord que cette expression « lumiè-

(1) Quicumque autem intelligit, procedit aliquid intra ipsum, quod est conceptio rei intellectœ, ex ej us notitia procédera. Quam ijuidein enneeptionem vox signitïcat, et dici luiver bu m cordis significatum verbo vocis (I, q. xxvu, a. 1).

(-) Intelleclus noster et abstrahit species intelligibiles a phantasmatibus, iuquantum considérât natures rerum in universali (I, q. i.xxxv, a. \). — Anima enim quasi transforinata est in rem per speciem, qua agit quidquid agit: unde, quum inteliectus ea informatus est actu, verbum producit, in quo rem iilam dicit cujus speciem habet (Verbum) est tanquam spéculum in quo res cernitur, sed non excedens îd quod in eo cernitur. (Opuscul. de Natura verbi iullectus).

re )) est une métaphore empruntée à Aristote.

« L'entendement, dit-il, est comme une qualité habituelle, ii est comme la lumière : car d'une certaine façon la lumière aussi fait couleurs .en acte les couleurs qui sont en puissance » (1).

Dans son commentaire sur ce passage du traité de l'Ame, saint Thomas fait observer qu'Aristote appelle souvent qualité habituelle, habitus, « toute forme ou nature » par opposition à la privation et à la potentialité, et qu'ici il assimile l'entendement actif ;"i une qualité habituelle, pour le distinguer de l'entendement réceptif, qui n'est qu'en puissance. Quant à la comparaison avec la lumière, elle n'est qu'approximative, si Ton admet que la lumière physique, dans l'opinion d'Aristote, donne simplement une lucidité actuelle au milieu appelé « le diaphane » el le rend ainsi capable d'être mû par la couleur des objets et de la faire voir. Dans cette hypothèse, l'intellect agent est comme la lumière, parce que l'action de celle-ci est nécessaire pour que les couleurs soient vues et que l'action de l'intellect agent est nécessaire pour que les choses soient intel-

(1) Uspi -l-J/r,:, III, v (1), Pirmin-Didot.

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ligibles ; mais il y a cette grande différence, que la lumière met en acte seulement le milieu, tandis que VinteUeet fait que les intelligibles mêmes soient en acte. Aristote paraît avoir pensé à cette différence, quand il dit que « d'une certaine façon » seulement la lumière actualise les couleurs (1).

Dans la Somme théologique, saint Thomas mentionne une autre opinion sur l'effet de la lumière physique : les couleurs ne seraient pas par elles-mêmes susceptibles d'être vues, mais seraient faites visibles par l'action directe de la lumière. Alors la comparaison entre VinteUeet agent et la lumière serait plus exacte : comme

(1) Dicendum est ergo quod habitus sic accipitur secundum quod Philosophas fréquenter consuevit nominare omnem forniiim et natnram habitum, prout habitus distinguitur contra privationem et potentiam ; ut sir, per hoc quod nominat eiim habitum, distinguât eum ah intcllectu possibili, qui est potentia. Undc dicit quod est habitus ut lumen, quod quodammodo facit colores exislentes in potentia esse actu colores. Et dicit

«quodammod piia su[)ra ostensum est quod color secundum

seipsum est visibilis. Hocautem solummodo facit lumen ipsum esse actu colorem inquantum facit diaphanum esse in actu, ut nxoveri pnssit a colore, ut sic color videatur. Intellectus aulem agens facit ipsa inlelligibilia esse in actu, quœ prius erant in potentia. per hoc quod abstrahit ea a materia ; sic enim sunt intelligibilia in actu, utdictum est (in III de Anima, lect. x). ' GARbAIK. — THÉORIE DE LA CONN. — 11.

celle-ci met en acte les couleurs mêmes, VinteJr lect met en acte les intelligibles 1 1).

Quelle que soit l'interprétation qu'on adopte, cette comparaison appelle encore quelques éclaircissements sur la nature de l'entendement actif.

L'intellect agent est capable de mettre en acte les intelligibles, parce qu'il est lui-même en acte : néanmoins il n'a pas en acte, en lui-même, les formes déterminées des choses ; car, s'il les avait, l'intellect réceptif n'aurait pas besoin des images sensibles, l'intellect agent suffirait pour lui donner les représentations déterminées des objets de connaissance. Ainsi, ni l'entendement actif ni l'entendement réceptif n'ont en eux par nature les formes déterminées : ils sont indéterminés l'un et l'autre quant à la représen-

(1) Circa effectum lumînîs est duplex opinio. Quidam enina dicunt quod lumen requiritur ad visum ut facial colores actu visibiles : et secundum hoc si militer requiritur et propteT idem intellectus agens ad intelligendum propter quod lumen ad videndum. Secundum aliosvero lumen requiritur ad videndum non propter colores ut liant actu visibiles, sed ut médium liât actu lucidum, ut Commentator dicit in III de Anima. Et secundum hoc similitude qua Âristotelcs assimilai intellectum agentem lumini, attenditur quantum ad hoc quod, sicut hoc est necessarium ad videndum, ita illudad intelligendum sed non propter idem (I, q. lxxix. a. 3, ad 2).

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tation précise des natures extérieures à l'âme humaine. A l'un et à l'autre la présence de l'image sensible, avec ses traits particulièrement dessinés, est nécessaire pour la production de la représentation intelligible (1). Seulement, dans l'opération qui fait l'idée abstraite, l'image sensible est comme la matière de la cause, Yintelleet agent est la cause proprement active et transformante, et l'intellect possible est la potentialité qui reçoit ce qui est transformé (2).

(1) Intellectus possibilis rccipit formas ut intclligibiles actu , ex virtute intellectus agenlis, setl ut similitudines determinatarum rerum ex cognitione phantasmatum : et sic formée intelligihiles in actu non sunt per se existentes neque in phantasia neque in intellectu agente, sed solum in intellectu possibili (Q. disp. de Veritate, q. x de Mente, a. 6, ad 7). — Est enim intellectus possibilis in potentia ad intelligibilia, sicut indetcrniinatum ad dctemiinatum. Nam intellectus possibilis non babetdeterminatainnaturamalicujus rerum scnsibilium. Inum- ([iiodque autem intelligibile est aliqua determinata natura aliciijus specièi. Unde supra dixit quod intellectus possibilis comparaturad intelligibilia sicut tabula ad delcrminatas piétinas. Quantum autem ad hoc intellectus agcns non est in actu. Si enim intellectus agens baberet in se determinationem omnium intelligfbilium, non indigeret intellectus possibilis pbanlasmafibus, sed per solum intellectunj agentem reduceretur in actum omnium intelligibilium, et sic (intellectus agens) non compararetur ad intelligibilia ut faciens ad factum, ut Philosophùs hic dicit, sed ut exislens ipsa intelligibilia (in III de Anima, fect. x). — Cf. Snni. theol., I, q lxxix, a. 4, ad ;J.

(2) Quia phantasmata non sufficiunt immutaie intellectum

10 i LA CONNAISSANCE

. Mais en quoi consiste celle transformation? Comment l'intellect agent améne-t-iJ à ['acte les tonnes intelligibles qui sont en puissance dans les images sensibles? En les dégageant de l'individualité matérielle par l'abstraction. Et pourquoi peut-il les dégager ainsi de ces liens matériels? Parce qu'il est immatériel lui-même : c'est à cause de son immatérialité naturelle qu'il peut, par son activité, immatérialiser la connaissance, car tout agent fait le patient semblable à lui (1).

possibilem, sed oportet quod Fiant intelligibilia per inlelleclum açrentem, non potest dici quod sensibilis cogni'.io -it totalis et perfecta causa intellectualis cognitionis, sed magis quodammodo est materia causœ (I, q. lxxxiv, a. G .

(!) Çomparatur igitur «t actus respectu intelligibilium inquantum esl qusedam virtus immaterialis activa, potens alia .-iinili;i sibi facere, scilicel immaterialia. Et per hune modum, ea qui i.unt intelligibilia in potcûss fatîl miclligisiJia m actu (iu III <le Anima, lert. x). — Anima intellectiva esl quidern actu immaterialis, sed est in potentia ad determinalas species rcrum. I'hantasmata autem e converso sunl quidern actu sirailitudines specierum quarumdam, seil sunt potentia immaterialia. l'mli' mliil prohibel unam et eamdcm animam, inquantum est immaterialis in aclu,habcre aliquam virtutem, perquamfaciat immaterialia iu actu abstrahendo a conditionibus individiialis materift, quœ quidern virtus dicilur iutellcclus agens, et aliani virtutem receptivam hujusmodi specierum, quœ dicitur intellectus possibilis inquantum est iu potentia ad hujusmodi species (I,q.Lxxix,a. -i , a < I S ) . — K t hoc compelit inlellectui agenti inquantum est immaterialis (I, q. lxxix, a ô.

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L'intellect agent n'est pas une dispositioil innée ou acquise de l'intellect possible, mais une puissance distincte, immatérielle et active, comme l'intellect possible est une puissance immatérielle et réceptive : celui-ci ne devient actif qu'après avoir reçu la forme intelligible, tandis que l'intellect agent est actif par luimême.

Tâchons de découvrir plus profondément encore la nature de cet entendement actif. Il n'a pas en lui les formes déterminées de telles et telles espèces de choses extérieures. A-t-il du moins les formes indéterminées et transcendantes de l'êt?e, de l'unité, de Impuissance et de l'acte** Pas précisément, car ce n'est pas lui qui conçoit ces notions supérieures; mais il est de l'être immatériel, il est unité, il est puissance active, et par là il est éminemment forme idéale de tous les intelligibles, comme Dieu, d'une manière infiniment plus parfaite, est la forme idéale de tous les possibles.

L'Être divin est l'exemplaire primordial et la cause suprême de tous les êtres, parce qu'il est absolument immatériel, sans mélange de potentialité, tout subsistant en lui-même, tout en acte

ICO LA. CONNAISSANCE

et tout actif: par la même raison, Dieu est à la fois infiniment intelligible et infiniment intelligent. L'âme humaine, immatérielle dans son fond, à l'imitation de Dieu, subsistante et spirituelle, elle aussi, bien que d'une spiritualité empruntée, participe à la nature des substances entièrement séparées de la matière, de la substance divine môme, à leur intelligibilité et à leur énergie d'intelligence (1). Son incorporation à la matière l'oblige à se servir des sens et de l'imagination pour former sa connaissance, même la plus élevée; mais, pour spiritualiser les données que lui offrent ces facultés inférieures, elie a reçu une impression de la lumière divine, une vertu innée, reflet créé de la vérité éternelle : cette vertu est précisément l'entendement actif, cet intellect agent, dont la dignité, pense saint Thomas, a été proclamée dans ce verset des Psaumes : « Signatum est super not lumen vultus tui, Domine; Vous avez marqué

(1) Ipsa vero mens est intelligibillis in actu : et sccundum Jioc ponitur in ea inteHectus agens, qui racial intelligibilia actu .. . Quod quidem lumen inteUeclus agentis in anima ratie-

nali procedit, sieut a prima origine, a subslanliis - iparatis, ijf»raeeipue a Dco (de Yeritate, q. \ de Ment?, a. G

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sur nous, Seigneur, la lumière de votre visage » (1).

(1) Ipsum enim lumen intellectuale, quod est in nobis, nihil est aliud quam quaedam participa ta similitùdo luminis increati, in quo eontinentur rationes seternse. Unde in Psalm. IV, 6, dicitur: Multi dicunt : quis ostendit nobis bonal Cui qusestioni Psalmista respondet, dicens: Signa tum est super nos lumen vullus tui, Domine ; quasi dicat: Per ipsam sigillationem divini luminis in nobis omnia demonstrantur (I, q. lxxxiv, a. 5J.

L'INTELLIGENCE DES PRINCIPES

L'INTELLIGENCE DES PRINCIPES

INTRODUCTION

L'entendement, après la conception des premières formes intelligibles, applique sa lumière intellectuelle à la formation des principes rationnels.

Nous avons distingué dans l'entendement de l'homme deux facultés ou deux « différences », comme dit Aristote : un entendement réceptif, capable de devenir toutes choses intelligiblement, et un entendement actif, capable de faire les intelligibles mêmes, qui informent l'entendement réceptif. L'entendement ou intellect actif fait ainsi les intelligibles, misï, d'après la forte expression d' Aristote, en transformant les représentations sensibles que fournit l'imagination.

Nous avons expliqué ce que saint Thomas entend par cette transformation dont l'intellect

actif est l'agent, et, guidés par lui, nous avons essayé de pénétrer le mystère de cei intellect actif et de la lumière qui lui est essentielle, lumière intellectuelle à laquelle notre âme doit d'être appelée intellectuelle elle-même 1 1 ».

Nous avons reconnu, non pas sans quelque ombre dans ce tableau de l'activité de notre intelligence s'exerçant sur les données de l'imagination, mais enfin nous avons reconnu que la lumière de l'intellect agent est, en un sens, « l'acte des intelligibles eux-mêmes » cii. comme le dit saint Thomas, et qu'à ce titre elle est, selon la parole de David, la marque en nous de la lumière essentielle de Dieu.

Cependant l'intellect agent n'a pas par nature comme Dieu, il n'a pas de naissance comme les esprits purs, les formes déterminées des choses ; aussi a-t-il besoin des représentations déterminées de l'imagination, qui sont comme la matière des conceptions intellectuelles. C'est cette matière que l'activité de notre entendement transforme, pour engendrer dans la réceptivité

(1) Lumen essentiale intellectus agentis, ex quo anima nostra intellectualis clicitur (de Veritate, q. xn. a. I

(2) Lumen intellectus agentis, quod estactus ipsorum intelligibilium (I, ij . i.xxxvn, a. I).

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de notre intelligence les formes intelligiblement déterminées des choses dont les puissances sensitives ont reçu et élaboré les formes sensiblement déterminées.

Il nous faut maintenant poursuivre l'étude de la conception intellectuelle, de la génération et de l'enfantement de la pensée, et examiner l'union que l'entendement fait des premières formes intelligibles entre elles, les concepts complexes qui naissent de cette union et servent de principes, de points de départ fixes, au développement de la raison clans ses inductions et ses déductions.

Nous verrons d'abord que l'entendement pose vraiment ces principes rationnels ; ensuite, comment il arrive à les poser, et quel est le rôle de ses deux facultés, l'une active, l'autre réceptive, dans cette opération.

I. — Les principes sont des points fixes, d'où part le mouvement de la raison. Ce sont des jugements évidents par la connaissance des termes qui les composent.

II. — Le raisonnement humain est un procédé de connaissance moins parfait que l'intuition par les esprits purs des conséquences clans les principes mêmes. Dieu aune connaissance encore plus ém inente : il voit tout en lui-même, parce qu'il est lui-même le principe de tout.

III. — La disposition habituelle de l'esprit humain aux principes. Les esprits purs ont-ils une pareille disposition i

1. — Soit que nous observions la marche naturelle de nos propres pensées, soit que nous portions notre attention sur la manière dont nous produisons dans l'intelligence des autres hommes la conviction de ce que nous tenons nous-mêmes pour vrai, nous reconnaîtrons aisément que l'esprit humain procède du connu à l'inconnu, en s'appuyant sur le connu pourvoir

la connexité qu'a avec lui ce qui était d'abord inconnu et dont la connaissance se forme par cette connexité même. Dans l'invention, nous avançons ainsi pas à pas en attachant successivement les anneaux de notre chaîne rationnelle à des points fixes que successivement nous établissons. Dans la démonstration, nous rattachons à des points fixes déjà déterminés la chaîne qui tient par son bout final à la conséquence que nous voulons prouver.

En d'autres termes, le raisonnement humain est une sorte de mouvement ; il va d'un point de départ à un point d'arrivée par un chemin intermédiaire. Les principes sont de tels points de départ (1).

Mais tous les principes de raisonnement ne sont pas en eux-mêmes des principes rigoureusement premiers. Nous verrons, dans la prochaine leçon, que les premiers principes, entendus

(I) Ratiocinari comparatur ad intelligere sicut moveri ad quiescere, vel acquirere ad habere ; quorum unum est perfecti, aliud autem imperfecti. Et quia motus semper ab immobili procedit et ad aliquid quietum tcrminatur, inde est quod ratiociuatio humaua secuudum viam inquisitionis vel inventionis procedit a quibusdam simpliciter intellectis, quœ sunt prima principia ; et rursus in via judicii resolvendo redit ad prima principia, ad quœ inventa examinât (I, q. lxxix, a. 8).

au sens strict, sont très peu nombreux, si même ils ne se réduisent pas à un seul.

Les principes sont des jugements connus actuellernent par eux-mêmes, mais sous la condition que les termes, sujet et attribut, soient déjà connus.

Or, il est des termes que lagénéralité des hommes connaissent aisément, soit presque naturellement, soit par une première éducation facile, par exemple ceux-ci rtout, partie. Aussi ce principe : le tout est plus grand que sa partie, est-il un jugement à la fois évident par lui-même, s'il est considéré en soi, et connu aussi par lui-même, si on le considère par rapport à nous, quoad nos (1), dit saint Thomas.

Il est d'autres termes qui ne sont connus que des hommes plus avancés dans la science. Par exemple, le théologien sait que l'ange n'a pas de corps ; pour lui cette proposition : l'ange n'est pas circonscrit dans un lieu, est connue par ellemême, évidente par elle-même, parce qu'il sait quele lieu estun contenant qui ne circonscrit que le corps. Mais à certains esprits peu instruits la

(1) Dicitur autem aliquid per se notum dùpliciter: uno mo.

do secundunl se, alio modo quoad nos (I-Il, q. xciv, a. S .

même proposition ne paraît pas évidente, parce qu'ils ne saisissent pas suffisamment la nature de l'ange et celle du lieu.

On voit qu'un jugement dont la vérité apparaît au premier coup d'œil, mais parce que ses éléments sont éclaircis par une démonstration précédente, joue le rôle de principe pour un raisonnement suivant.

II. — Notre raisonnement, qui s'appuie sur les principes, et au moins indirectement sur les principes premiers, est un mouvement qui va de la lumière à la lumière ; mais cette dernière lumière n'était d'abord qu'une obscurité.

Il ne faudrait donc pas croire que cette faculté de raisonner, en procédant du connu à l'inconnu, qui est vraiment une dignité pour la nature humaine, par comparaison aux natures inférieures, soit une dignité absolue. Si elle est une force, mise en parallèle avec la connaissance instinctive et superficielle des animaux non raisonnables, elle est une faiblesse, comparée à l'intelligence des esprits purs et à la vue de la vérité par Dieu lui-même.

C'est à juste titre, fait observer saint Thomas,

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