‹ Philosophie de saint ThomasChapitre 11 sur 19 · GARDA1R. — LA THÉORIE DE LA CONN · texte numérisé non relu

GARDA1R. — LA THÉORIE DE LA CONN

que l'ange est appelé intellectuel et l'âme

humaine raisonnable. L'esprit pur, en ellet, dans les premières notions qu'il conçoit ù sa manière, naturellement, par ses idées innées ou par la considération de sa substance immatérielle, voit immédiatement, tout aussitôt, toutes les vérités que ces notions enveloppent; et c'est là le propre de la simple intelligence, d'après l'étymologie même du mot « intelligence » : inter légère, lire entre, au milieu; ou intus légère ( étymologie peut-être moins exacte ), lire au dedans. Sans doute, l'ange sait bien ce que c'est que raisonner ; il se rend bien compte du lien qui attache une conséquence à un principe, et de la possibilité de procéder du principe à la conséquence ; mais lui, il n'a pas besoin de raisonner : car, dès l'instant où il voit le principe, il voit dans ce principe même la conséquence qu'il implique: aussi, tout intelligent qu'il est, n'est-il pas, à proprement parler, raisonnable L'homme, au contraire, est à la fois intelligent et raisonnable: intelligent, parce qu'il lit de suite le sens des principes dans l'énoncé de leurs termes : raisonnable, parce qu'il part de là pour s'avan :er vers d'autres vérités dérivées, parle mouvement

d'esprit appelé raisonnement. Et cela, parce que son entendement n'est pas assez lumineux pour faire luire dans la première évidence, sans délai, la clarté des jugements qui en dépendent (1).

Et Dieu ? Oh ! ici nous sommes en présence d'une dignité encore plus haute que celle du plus pur esprit créé. Non seulement il ne saurait y avoir en Dieu de mouvement rationnel, de discours par succession d'idées et de jugements; non seulement Dieu voit toutes les conséquences possihles dans l'intime profondeur des prin-

(I) Inferiores intelrectus, sciliçel hominum, per quemdaaa motum et discursurn intellectualis operationis perfectionem in cognitione veritatis adipiscuntur, dum scilicet ex imocognitd in aliud cognitum procedunt. Si autem slatim in ipsa cognitione principii noti inspicerent quasi notas oinnes conclusiones conséquentes, in eis discursus locumnon haberet. Et hoc est in angelis : quia statim in illis quœ primo naturaliter cognoscunt, inspiciunt omnia quœcumque in eis cognosci possunt. Et ideo dicuntur intellectuales ', quia etiam apud nos eaquae slatim naturaliter apprehenduntur, intelligi dicuntur: unde intellec-1 tus dicitur babitus principiorum. Animas vero humanœ, quœ veritatis notitiam per quemdam discursurn acquirunt, rationales vocantur. Quod quidem contingil ex debilitate intellectualis luminis in eis. Si enim haberertf plcnitudinem intellectualis luminis, sicut angeli, statim in primo aspectu principiorum totam virtutem eorum comprehenderent, intuendo quidquidex eis syllogizari possel (I, q. i.viii, a. '3).

cipes ; mais il est lui-même le principe des principes ; et, si je l'osais, je citerais ici la parole divine de l'Évangile : « Principium, qui et loquor vobis ; Moi, le Principe, qui vous parle ». C'est donc en lui-même que Dieu voit tout, c'est en se contemplant lui-même qu'il connaît toutes choses, d'un seul regard, simultanément, parce qu'il est l'être original et immobile d'où découlent tous les êtres, la source idéale et essentielle de tout ce qui est possible et de tout ce qui est (1).

En Dieu, donc, pas de raisonnement; mais une vue simple de tous les possibles, parce qu'il en est la forme idéale par son essence même ; et de tous les existants, parce qu'il en est la forme exemplaire et créatrice, dans son éternelle présence à la succession des temps. Dieu est l'intelligence suprême, la souveraine intelligence.

Aristote avait fort bien distingué la manière humaine de connaître et de découvrir la vérité :

(1) In scientia ilivina nnllns est discursus... Detis autrui mnnia videt in uno, quod est ipse, ut habitum e<t art. i el ■"> liujus quaest. Uode simulet non successive omnia videl ... L'ode, quutn Dons effectus suos inseipse videal sicul in causa, «-jus cognitio non est discursiva (I, q. xiv, a. 7).

il a clairement montré le rôle des principes pour notre entendement, et très exactement décrit le mouvement successif de notre raison. Il avait aussi admirablement aperçu l'im mutabilité et la simplicité de la pensée divine, pensée de la pensée, selon son expression, qui est peut-être la plus belle définition philosophique de la Divinité (1).

Page 1