‹ Philosophie de saint ThomasChapitre 14 sur 19 · GARDAIS. — THÉORIE DE LA CONN · texte numérisé non relu

GARDAIS. — THÉORIE DE LA CONN

cassure, devina sur le champ que le quartz est un cristal disposé suivant une loi géométrique constante. Le contraste entre le hasard de la chute qui avait brisé le cristal et la régularité géométrique de la cassure lui avait suffi pour affirmer l'existence d'une loi de nature : c'est une application du principe de raison suffisante.

If. — Aristote complète son explication sur la formation de l'universel par une théorie sommaire sur la portée de la sensation, mais cette théorie, affirmée en deux mots plutôt que démontrée, a paru obscurcir la question plutôt que l'éclaircir, bien que l'auteur la présente comme un éclaircissement.

« Une seule chose, dit-il, se fixant par l'observation des semblables, c'est le premier universel dans l'âme. Car les sens perçoivent le singulier, mais la sensation est aussi de l'universel, par exemple de « homme », mais non de Callias homme. Ensuite, on s'arrête sur ces choses, jusqu'à ce que se fixent les indivisibles et les universaux, comme sur tel et tel animal jusqu'à animal ; et ainsi du reste. Il est donc manifeste qu'il nous faut l'induction pour connaître

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les principes ; car c'est ainsi que la sensation produit l'universel » (l).

Qu'a voulu dire Aristote par cette déclaration : « Les sens perçoivent le singulier, mais la sensation estaussi de l'universel » ? Saint Thomas explique ce texte par l'opération du sens appréciatif, auquel, chez l'homme, est attribuée une pensée d'ordre inférieur, préliminaire delà pensée vraiment universelle. Cette faculté « cogitative » prend déjà, à sa manière, une certaine connaissance de l'universel, mais sans pouvoir l'isoler des déterminations particulières : elle saisit dans les individus quelque chose de semblable et de permanent, elle les groupe au moyen de cette similitude, et, par la collection de ces individualités pareilles, unies sous un seul point de vue et néanmoins distinguées chacune à part, prépare la conception intellectuelle du genre ou de l'espèce unique, réalisable en une multitude indéfinie de sujets. Par exemple, les attributs propres à la nature humaine se rencontrent dans chaque homme : le sens appréciatif les remarque dans Galbas aussi bien que dans Socrate et dans Platon ; il se re-

1 1) Seconds Analytiques, II, xv (7), F. I).

présente ainsi un ensemble d'hommes, composé de cet homme qui est Callias, de cet autre qui •est Socrate, de cet autre encore qui est Platon, et de tous les autres hommes qu'il pourrait connaître ; il ne dégage pas de cet ensemble une notion abstraite d'homme qu'il conçoive à part, en elle-même, représentation absolue d'un type susceptible d'être incarné en une infinité d'hommes possibles ; la génération de ce concept est réservée à l'entendement : mais l'appréciation sensible ouvre la voie à cet acte supérieur, et saint Thomas est d'avis que sans ce travail préparatoire une transition nécessaire manquerait entre les sens et l'intelligence i 1 i.

Voilà, je pense, la meilleure interprétation de cette proposition d'Aristote qui a embarrassé tant de commentateurs : « La sensation est aussi de l'universel ». L'explication est en harmonie

(! Manifestum est enim quod singulare sentitur propi per se, sed tamen sensus esl quodammodo el ipsius universalis. Cognoscit enim Galliam, non solum inquantum esl Callias, sed etiam inquantum esl hic homo, et similiter Socratem iuquantum est hic homo. El inde esl quod, tali acceptione sen-

-u- prœexistente, anima intellectiva potesl ( siderare homi-

nem in utroqne. Si autem itaesset quod sensus apprehenderet solum iil quod est particularitatis el nullo modo cuni hoc apprehenderel universale in parliculari, non esset possibile quod ex apprehensione sensus causaretur in nobis cognitio univeralis (in 11 Post. AnalyL, lect. xx).

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avec tout le système de la connaissance humaine que nous avons développé, elle fait à l'ordre sensible et à l'ordre intellectuel la part qui convient à chacun, et elle les unit par une gradation ascendante de lumière.

Le concours de la perception sensible est nécessaire même pour la formation des principesmathématiques : quelque détachés qu'ils soient de toute matière corporelle par l'abstraction qui les sépare des réalités physiques, ils ont leur fondement dans les choses que perçoivent les sens, et c'est en celles-ci d'abord que nous prenons les premiers éléments de quantité, que notre esprit élève jusqu'aux lois des nombres, des lignes et des figures. Avant de concevoir, par exemple, l'axiome : le tout est plus grand que sa partie, nous avions connu par nos sens quelques touts composés de parties, et c'est par induction que nous avons constitué l'axiome. De même, nous ne sommes parvenus à saisir les propriétés primitives des figures géométriques qu'après avoir observé, dans la nature, des corps d'étendue limitée et de configuration sensible (1).

i 1 1 Non autem manifestantur aobîs pririçipia abstractorum, ex quibus demonstrationes in cis procedunt, nisi ex particula-

Mais les principes et les vérités élémentaires, en mathématiques, ont une évidence rationnelle plus indépendante de l'expérience que dans les sciences physiques. C'est qu'alors notre intelligence voit la connexion absolue qui lie ses jugements aux quantités abstraites que nous construisons ou que nous composons mentalement. Ainsi, les triangles et les cercles abstraits que définit la géométrie, apparaissent clairement avec des caractères rigoureusement déterminés, dont l'universalité ne souffre aucune possibilité d'exception : la certitude ici est tout idéale, bien que les sens aient eu un rôle initial dans l'élaboration de ces concepts.

En définitive, l'induction a une mission capitale dans le raisonnement humain, puisqu'elle fait des notions universelles et des principes d'où procède la déduction ; et elle puise dans l'expérience sensible la première matière de son travail : les sens sont ainsi les auxiliaires indispensables de notre raison.

ribus aliquibus quœ sensu percipimus. Puta, ex hoc quoi! videmusaliquod totum singulare sensihile, imluciimir ad cognoscendum quid est totum et pars, et cognoscimus quod omne totum est majus sua parte considerando hoc in pluribns. Sic igitur universalia, ex quibus demonstratio procedit, non sunt nobis nota nisiperinductionem (In I Post. Analyt.,\cri. xxix).

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