‹ Philosophie des arts du dessinChapitre 8 sur 31 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ORIGINE HISTORIQUE ET PHILOSOPHIQUE DE L’ART GREC; RÉFUTATION DE LA DOCTRINE DE WINCKELMANN (I).

Les Pélasges sont les premiers auteurs de la civilisation des Hellènes. Race aborigène , accourue des forêts de la Thrace et des montaghes de la Thessalie, dans les contrées, alors solitaires* qui furent plus tard l’Hellénie , les

(I) Ayant à traiter, dans ce chapitre qui n’est qu’un simple tableau philosophique , un sujet aussi vaste que celui de l'art grec , nous avons dû écarter tous les développements d'histoire, et nous borner à une rapide dissertation sur lé principe et l'origine de l’art hellénique.

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Pélasges appartiennent «à cette e'poque qui est le premier degré de la civilisation , alors que l’art , ébauche grossière , n’est encore que la pierre brute ou la colline faite de main d’homme, attestant que des races humaines ont passé par là, et qu’au sein des forêts primitives une société destinée à fleurir a reçu son berceau.

Il ne nous reste aucun monument que l’on puisse assigner aux premiers temps de l’époque pélasgique. Après avoir subi la condition des peuples errants qui passent et laissent sur leur sol d’informes débris, interprétés comme monuments de religions superstitieuses ou cruelles , les Pélasges acceptèrent la lumière descendue de l’Orient pour visiter leurs forêts. Le culte des Cabires fut le premier progrès intellectuel chez ce peuple antique, d’abord en proie au grossier fétichisme du monde primitif. Avec le culte oriental s’introduisirent rapidement sur le sol pélasgique les lois , les moeurs , l’agriculture, tous les éléments de la société. Les colonies de l’Orient vinrent alors assouplir et plier sous le joug des idées ces mêmes bar-

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bares qui , plus tard , sous le nom d’Hellènes , soit Ioniens, soit Doriens, devaient être le point central de toute civilisation entre le inonde ancien et le monde moderne.

Alors aussi naquit l’art, celui que nous avons désigné sous le nom d’art du second degré , selon ses rapports avec l’échelle graduée de la civilisation ; l’art , sous sa forme religieuse , monumentale , tel qu’il avait régné seul parmi les nations de l’Orient , ne possédant qu’une idée , ne réalisant qu’une idée dans son œuvre mystérieuse, l’idée pure de l’infini. Dans le temps où la forêt de Dodone faisait entendre les oracles d’un Jupiter qui n’e'tait pas autre que le Brahma indien, des cités, des remparts pe'lasgiques s’élevaient dans le style grandiose qui appartient à la seconde phase de l’humanité. Or , la Grèce , à cette seconde époque de son existence , à la sortie de ses forêts pélasgiques , fut longtemps une annexe de l’Orient , depuis les montagnes de la Thrace jusqu’au littoral de la Méditerranée.

Qui pourrait méconnaître l’Orient dans cette civilisation des temps héroïques, dont les fables

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grecques ont raconté tant de merveilles? Elle avait couvert l’Asie Mineure de splendides cités , entre lesquelles s’élevait Troie la Phrygienne, la bien habitée , la cité aux beaux remparts , aux larges rues , aux cinquante palais pour les cinquante fils d’un roi ; Troie , que le chantre d’Hector a tellement glorifiée , que l’on se demande si la ville de Priam avait quelque chose à envier à Thèbes aux cent portes, q Memphis, la reine des Pyramides, à Babylone , maîtresse de l’Euphrate et souveraine de l’Asie. Dans la Grèce occidentale , s’élevaient les célèbres villes d’Argos, de Sparte, de Mycènes , qui envoyaient des héros, appelés par elles fils des dieux , pour conquérir la métropole de l’Ionie. Ces cités florissaient ellesmêmes sous l’infliience des idées et des arts de l’Orient.

Mais quand Troie fut vaincue et ruinée, quand l’esprit grec se fut emparé de sa conquête et trempé de plus en plus dans les arts du luxe asiatique, la Grèce alors, riche; des dépouilles opimes de l’Asie Mineure , ressentit, comme un souffle inconnu , la loi de la Provi-

ilence qui voulait que le progrès par la liberté se propageât de plus en plus , à mesure que l’Occident, devenu heritier de la civilisation orientale , accepterait cet héritage pour le transformer. C’est ce qui se vit pleinement en Grèce , quand l’art et la liberté grandir ent sur une même échelle , quand les chefs-d’œuvre de lart, oriental d’origine, mais transformé en devenant grec , naquirent pour l’ornement des républiques paissantes. Ce fut alors , selon notre classification , le troisième âge de l’art dans la Grèce; il s’épanouit sous Miltiade, fleurit sous Périclès, mûrit sous Alexandre, Mais il ne faut pas anticiper,

Ma proposition içi est de démontrer que l’art grec est issu de celui de l’Orient, Ne croyez pas , en effet , que l’art des Phidias et des Praxitèle soit éclos un beau jour au service de la république d’Athènes, sans que d’un si noble étranger personne n’ait pu connaître la naissance et le berceau. Phidias et Praxitèle ont eu un autre berceau que la spontanéité de leur génie , une autre inspiration que le décret du se'natpour l’érection du temple ou des propylées.

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un autre maître que le statuaire immédiat qui leur avait appris le procédé mécanique de leur art. Ce berceau, cette inspii'ation , ce maître , c’était le symbolisme oriental , celui-là même dont ils allaient s'affranchir , et dont pourtant ils retenaient une empreinte assez sensible pour ne pas laisser en doute l’étroite parenté qui les unissait avec cet art.

Telle n’est pas l’opinion de Winckelmann.

Ce critique célèbre , si versé dans l’art de la Grèce et dans celui de l’Orient , particulièrement de l’Égypte , ne voulait pas que la Grèce eût emprunté à l’Égypte l’origine ou la cause de son développement artistique. Ce n’est pas qu’il révoquât en doute les relations fréquentes des philosophes et des artistes grecs avec les sanctuaires de l’Égypte , et l’importation dans leur pays de quelques idées égyptiennes qui seraient entrées dans la circulation avec les idées originaires et propres au génie grec; mais ce génie , pour s’ouvrir à la conception , à la lumière de l’art, n’aurait pas eu besoin d’ètre formé par l’éducation orientale , d’être amené , par cette influence étrangère , au

grand jour qu’il devait répandre plus tard.

Les expressions dont se sert Winckelmann sont décisives et ne laissent point sa pensée obscure. « Les Grecs, dit-il, au lieu d'avoir » emprunté des autres nations la semence de » l’art, pourraient bien en être les inventeurs » et l’avoir cultivé comme une plante natu- » relie du pays. » Winckelmann se fonde sur ce principe, également développé par Yico, que les procédés généraux de l’humanité se retrouvent, à peu près identiques, dans la durée de chaque peuple; que les degrés de l’art , comme les autres degrés de l’intelligence, sont établis dans une proportion régulière, toujours progressive , à mesure qu’une nation s’avance dans la civilisation et dans le temps. Il suflirait enfin de l’intluence naturelle du climat, puis du mouvement des choses politiques , pour opérer l’entière manifestation de l’art dans une société. C’est pourquoi , né qu’il était dans la cabane de chaume des Télasges , l’art grec avait erré avec eux dans les forêts de la Thrace , s’était développé dans la société héroïque , avait grandi dans les tâtonnements

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de la famille sainte des Dédalides ; puis , ayant entrevu une lumière meilleure dans les productions de l’école d’Egine , promptement il avait atteint son faite de gloire , et éclaté dans les merveilles de Phidias , de Praxitèle et de Parrhasius. Ainsi , le chêne touffu , destiné plus tard à ombrager de grands rejetons, n’avait pas besoin , selon l’expression de WinckeU mann , qu’une semence étrangère eût été déposée pour croître dans le sol fertile de l’Hellénie. J)es causes purement naturelles ont produit l’art des Grecs ; de même que , pour expliquer l’état florissant des arts de l’Égypte , le même critique n’a guère vu d’autre cause que « la a fertilité du Nil et les douceurs de la paix , » si propres à faire éclore et à mûrir les arts. » Tel est le système que j’entreprends de réfuter. Quelque simple et vrai , sous un rapport, que puisse sembler un système qui considère l’œuvre dq l’art comme pareille au travail de la chrysalide, naissant aussi par sa seule vertu, il laisse regretter l’absence des idées génératrices, sans lesquelles tout art n’est qu’une lettre morte , pleinement dépourvue de signi-

fication. Il manque ici une histoire et une philosophie. D’une part , le système de Winçkelmann ne tient point compte de la fdiatiou originelle des peuples , lesquels proclament unanimement que toute histoire a son point de départ dans l’Orient , que tout procède de l’Orient , comme lumière et comme berceau ; qu’il y avait là , pour ainsi dire , un flambeau sacré, immortel, et que l’Occident l’a recueilli , sous la seule condition d’en augmenter la chaleur ardente , et , un peu plus tard , de le rer nouveler par son génie propre. D’un autre côté , le même système manque de philosophie. Il publie que les idées aussi ont des ancêtres comme les races ; qu’elles ne. naissent pas non plus d’elles-mêmes au sein des forêts; mais plutôt qu’elles pnt leur véritable origine au point de départ d’une chaîne qui commence au berceau du monde , traverse l’Orient , puis s’achemine vers l’Occident, et produit cettç parenté vraiment incontestée qui unit entre elles toutes les doctrines primordiales. Et les anneau* multiples de cette chaîne constituent une philosophie unique, éternelle, c’est-à-dirç

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la source inépuisable, et toujours renaissante, quoique sous des formes altérées , des pensées primitives du genre humain.

Il y a donc ici , au sujet de la transition de l’époque orientale à l’époque grecque , en matière d’art, deux faits importants à considérer.

Le fait historique. — L’Inde a été longtemps, de toutes les nations de l’Asie, la plus inconnue , la plus inaccessible aux explorations de la science, bornée à son égard aux documents fautifs de la Grèce. Mais , depuis moins d’un siècle, grâce aux circonstances qui ont fait régner dans ces vastes contrées un peuple de l’Europe , cette même nation est devenue un foyer de trésors historiques , dont la lumière , rejaillissant de proche en proche sur l’antiquité entière , éclaire à son tour les origines des nations. Lois, moeurs, religions, langues, tous les éléments de la civilisation antique se retrouvent dans l’Inde, non-seulement à leur berceau , mais dans un très-haut développement. Tandis que les savants travaux des

Schlegel , des Creuzer , des Gærres , des Colebrooke, ont mis ce point hors de doute, savoir, que les Grecs , si ignorants de leurs origines, ont emprunté à l’Inde la plus grande partie de leur histoire mythologique; d’autres savants, et en plus grand nombre , ont reconnu dans la langue sanscrite la mère ou la sœur d’une vaste famille d’idiomes qui , sous le nom moderne d’indo-germaniques, ont couvert la plus large zone de l’ancien monde , et peuvent être suivis à leur trace circulaire depuis l’île de Ceylan jusqu’à la barrière du Rhin. Or, la langue des Pélasges, qui parait s’être perpétuée dans l’idiome que parlent les Albanais, ou plutôt le grec lui-même , qui dut avoir le pélasge pour sa tige , est un des plus grands rameaux de ces langues qui sont avec l’indien dans une extrême affinité.

Maintenant, si l’on observe que la civilisation grecque est pélasgique, qu’elle provient de l’Asie Mineure , où , après avoir fondé le sanctuaire de Samothrace, elle s’était introduite dans la Grèce par les contrées septentrionales, la Thrace, la Macédoine, laThessalie, on sera

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conduit à attribuer un plus grand rôle dans l’œuvre de la civilisation grecque, à cette invasion par le nord, qui a laissé dans la langue et dans le culte tant de vestiges de l’Inde , qu’aux migrations obscures et incertaines de quelques fugitifs isolés, lesquels, s’écartant peu des contrées sud de la Grèce , auraient apporté dans ce pays la florissante civilisation des bords du Nil, ou des rivages de la mer de Phénicie. Si les procédés historiques adoptés par les linguistes de l’Europé sont fondés ; s’il faut chercher dans la filiation des langues la chaîne généalogique de l’origine ainsi que de l’accroissement des nations , il est bien à remarquer que l’affinité qui Unit le grec et le sanscrit ne se retrouve pas entre la premièré de ces deux langues et les idiomes des peuples dont serait sortie la civilisation des Hellènes. Du moins , la langue grecque, au dire des orientalistes, n’olfre point de tracés de parenté avec la langue Copte ( débris de l’ancien égyptien , dont la source inconnue se cache peut-être, comme celle dü Nil , dans les déserts de l’Afrique centrale), ni avec la langue des Phéniciens,

qui appartient au vaste système des langues d’Aram ou des enfants de Sem.

Il n’appartient point à la destination de cet Ouvrage de faire, pour les similitudes de l’art indien ét de l’art grec , des rapprochements analogues à Ceux qui ont e'td accomplis par les Savants sous le double rapport des langues et delà religion. Seulement, et à priori , de cé que jè Viens dé dire , il peut résulter que là où les religions et les idiomes reconnaissent unè si étroite parenté, il est impossible que l’art soit resté isolé, et n’ait pas rèçü, avec ces deux éléments primitifs du genre humain , une com; munauté d’origine et d’inspiration.

Si j’écrivais l’histoire ét non la philosophie dê l’art, je pousserais aüssi loin qu’il Serait utile l’exposé des faits qui confirment cette théorie. Api’ès avoir reconnu avec Winekelmann que l’on a jusqu’ici attaché une importance trop exclusive à ce point , que l’art grec serait exclusivement descendu de l’Égypte -, j’établirais sur des faits et sur de solides rapprochements une opinion Contraire à celle de ce célèbre critique, en montrant comment on

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retrouve dans l’art grec non-seulement des affinités avec l’Egypte , mais encore avec les autres nations de l’Asie, particulièrement avec l’Inde. Après avoir établi les affinités qui existent pour la langue et la x’eligion entre la Grèce et l’Inde, nous les poursuivrions dans l’art des deux nations , non pas seulement dans l’architecture qui est gigantesque plus que les monuments égyptiens , mais encore dans la partie sculptée et ciselée de ces mêmes temples , dans la statuaire indienne qui assez souvent est légère, et ne manque ni d’élégance ni de mouvement.

Je reviens ici sur ce que j’ai établi dans le chapitre précédent, m’attachant à une idée de F. Schlegel, que dans l’art indien le génie du mouvement semble commencer à naître, et que la statuaire chez ce peuple a plus de vérité que chez d’autres nations orientales.

Ce que je dis ici ne saurait regarder l’architecture primitive, telle qu’on la voit dans les grottes d’Éléphanta , près de Bombay , dans celles de l’île de Salzette , ou à Ellora dans le Décan, architecture souterraine, immense, vraiment prodigieuse , faite surtout pour l’ex-

pression de la mythologie sivaïque, egalement pleine de puissance et de terreur. Je parle seulement du temps postérieur , quand l’architecture des pagodes s’est montrée sur le sol à la clarté du soleil. On peut admirer les colonnes arrondies et les élégantes arabesques des temples de l’Indoustan ; et, si on excepte certains symboles, images du naturalisme primitif, qui e'pouvantent encore dans les temples de l’Inde , on est frappé de l’élégance grecque avec laquelle sont représentés d’autres symboles, ceux d’un culte plus doux, plus assorti à la pensée grecque , le culte de Vichnou. On peut le remarquer en parcourant les planches des divers ouvrages que le génie pittoresque a popularisés de notre temps. 11 y a aussi les planches du Dictionnaire de Meyer , souvent cité par Schlegel , avec le petit nombre de gravures au trait rapportées à la suite de la traduction de Creutzer par M. Guigniaut. Je cite ce dernier ouvrage qui peut être connu de tout le monde : vous remarquerez dans les dessins une souplesse et une légèreté de trait qui ne se trouvent pas à un égal degré dans les autres monu-

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ments (1). Vous avez, dans le même recueil, des figures égyptiennes dont le type demeura tout-à-fait immobile depuis son berceau sous les Pharaons jusqu’au temps de son abolition après les Ptolême'es , sous les Romains : type lourd et massif que l’on ne saurait confondre avec celui des Grecs , même à prendre l’art grec dans ses premières productions, avant qu’il se de'ployàt avec un grand e'clat dans ses monuments du troisième degré.

L’influence orientale sur l'art de la Grèce ne se montre pas seulement dans les inductions historiques qui rendent incontestables des relations primitives entre les deux contrées j elle apparaît avec une clarté égale et encore plus directe , si l’on considère l’art grec en soi et dans son développement intérieur. Il y a en effet dans cet art un moment bien distinct oh s’opère le confluent des deux idées , des deux types, après lequel moment l’art renouvelé

{1) On peut voir notamment , planche 3, n° 17, planche 5 , planche 9 , n° 47, planche 12 , n» 72, planche 13 , n° 61 , et surtout planche 1S et planche 19, n° 106, pour la vérité du

cheval et du cavalier tirant une flèche.

poursuit son cours majestueux à travers les temps anciens et modernes , sans laisser méconnaître le double élément dont il est composé. La manière carrée de la statuaire protohellénique , les yeux allongés , sans profil et sans regard , les lèvres ouvertes , le front aplati , dépourvu du signe vivant de la pensée, les bras attachés parallèlement aux deux côtés ou reposant sur les cuisses que le ciseau n’a pas encore déjointes , tels sont les caractères que Pausanias , Strabon et Pline attribuent à la première apparition de l’art chez les Hellènes. Rien encore ne décèle l’ovale harmonieux, qui est devenu le fameux type de la plastique* des Grecs. Ce sont aussi les traits sous lesquels la divinité est adorée dans le temple d’Osiris ou, dans celui de Erahma. Plus tard, on voit éclore l’école grecque ; on arrive aux statuaires d’Égine , chez qui l’art , désormais agrandi , tend à se purifier de sa rouille pélasgique, mais conserve encore l’empreinte de ce vêtement, primitif qu’il n’a pas entièrement dépouillé. L’école d’Égine est la transition de l’Orient à l’Occident. Sous son dessin devenu correct et

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arrêté, vous retrouvez encore le style anguleux, les formes dures, les poses exagérées , et toujours la ligure immobile , et le regard qui n’est pas né encore , quoique l’œil ait désormais reçu des artistes sa forme régulière et son

profil. •

C’est qu’en effet, arrivé à ce point, l’art grec n’a point encore renié sa descendance orientale ; il est au service d’une pensée mystérieuse : en un mot , dans ces premières productions du ciseau hellénique , comme dans l’idole offerte à l’adoration du Pélasge , c'est le symbolisme qui règne ; c’est lui, c’est cet idéal pur des religions primitives qui est encore le maître de l’art naissant. L’art, tel qu’il a pu éclore au fond des sanctuaires éginétiques’, est né sous l’influence du souffle oriental . Car enfin , dans le Jupiter de Dodone , dans la Diane si vénérée à Éphèse, surtout dans Bacchus, dieu voyageur descendu du Nyssa et du Mérou , il y a un manifeste ressouvenir des contrées lointaines où l’antique Pélasgie avait puisé sa religion , son art et son berceau.

A l’époque où l’art grec est parvenu au plus

haut degré de sa splendeur , au temps même de Péri clés et de Phidias , il est facile de reconnaître, dans le passage si bien gradué de l’école d’Égine à celle d’Athènes, la transfusion des idées orientales dans l’art de la Grèce. La vétusté du symbole primitif, bien qu’altérée ou transformée , n’a pas été détruite ; elle se montre encore associée d’une manière supérieure aux perfections plastiques de l’art nouveau. Athènes a pris le dessus dans toute la Grèce ; car si , même en vous plaçant au siècle de Phidias, vous embrassez d’un seul regard toute la race hellénique , depuis les limites de l’Asie Mineure jusqu’à celles de la Grèce italique, aux portes du Latium, vous trouverez dans les diverses stations de cette vaste étendue de pays, une diversité plastique, et, pour ainsi parler , une ondulation qui ne peut s’expliquer que par le point de vue que nous exposons ici , par les rapports qui unissent la religion et l’art.

En même temps que l’art grec a atteint son apogée à Athènes , il est au second degré, au type oriental , dans certaines contrées de l’Asie Mineure. Je puis citer un exemple que vous

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vérifierez dans Pausanias. Comparez la statue de Diane à Éphèse et la statue de Minerve k Athènes. Quelle différence entre ces deux divinités, adorées en même temps sur deux régions du sol qui s’appelle la Grèce ! entre la Diane d’Éphèse , divinité noire , inachevée , portant les caractères redoutables du symbolisme antique, recelée et voilée dans les ténèbres du sanctuaire, et le chef-d’œuvre de Phidias , la Pallas de marbre , d’ivoire et d’or , qui régnait avec une éternelle majesté dans son gracieux temple de l’Acropolis ! Ces diversités s’expliquent aisément. Tandis que la Grèce européenne avait singulièrement modifié sa croyance , sous le génie capricieux de ses poètes héroïques, la Grèce d’Asie avait plus fidèlement conservé le dépôt des traditions venues pour elle des limites plus rapprochées de l’Orient.

Je dirai plus : dans la même cité, dans la plus célèbre et la plus artiste de toutes, à Athènes, l’art présente des inégalités qui nous feront aisément induire l’objet que nous cherchons ici à démontrer, savoir, que l'art grec tenait à l’Orient par la chaîne du symbolisme

ET DE WINCKELMÀNN.

mythique, à l’instant même où il s’apprêtait à opérer son e'volution à une autre ide'e. Je me rappelle qu’en plaçant au musée d’antiquités provinciales que j’administrais alors, un beau tétradragme athénien en argent , je fis des conjectures que je croyais fondées , faute d’expérience.

A voir cette monnaie taillée d’une manière si informe , plus repoussante encore par sa parfaite conservation ; à voir l’inévitable chouette et la Minerve athénienne gravées, non-seulement avec le relief le plus énergique , le plus ressenti , mais encore avec le dessin le plus grossier, ou plutôt l’absence entière de dessin, je me demandais si cette pièce ne devait pas se rapporter aux temps les plus reculés de la cité athénienne , par-delà les artistes célèbres, contemporains de Périclès. Les monétaires de ce temps étaient-ils si en arrière vis-à-vis des statuaires ? Tandis que Phidias ciselait la tête de la divinité protectrice avec cette perfection qui a rendu son chef-d’œuvre immortel, du moins par la célébrité, serait-* il possible que l’art du monétaire eût été in-

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fërieur, au point de livrer à un peuple artiste cette barbare empreinte , au point de placer un œil de face sur une tête de profil ? Rien ne manquait à ma conjecture; c’était bien l’antique E au lieu de l'II dans le nom de la déesse. C’est pourquoi j’aurais cru volontiers vous avoir donné une monnaie athénienne remontant au roi Thésée (I) ; mais voilà qu’un simple mot du savant Eckel m’apprend qu’il Athènes , au temps de la meilleure époque , l’art , dans les médailles, demeura singulièrement au-dessous de ce qu’il était dans les statues. Evidemment ce ne pouvait être par impuissance qu’ Athènes avouait ainsi son infériorité vis-à-vis d’cllemême et des autres cités helléniques , dans une branche quelconque de l’art.

Il y avait donc eu une intention, une volonté arrêtée de maintenir l’imperfection dans le type des médailles. Et quelle intention, si ce n’était d’expier la beauté profane qui se déployait dans les statues des dieux, au pré-

(1) Plusieurs fragments de cet ouvrage avaient été lus dans les séances d'une société savante ; l’auteur était en effet conservateur d’un très-remarquable musée d’antiquités.

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judice de l'austère symbole primitif, et de conserver du moins ce symbole plein et intégral, sous sa rusticité oi’iginelle, dans une empreinte destinée à demeurer constamment sous la main du peuple, ou bien à être portée en amulette sacrée , ornement de cou d'une jeune fille, comme on le voit au double anneau soudé et mobile qui tient encore à cette intéressante médaille ?

Et enfin , pour terminer ce point de vue historique, bien insuffisant sans doute, mais que la loi de ce travail m’oblige de restreindre , j’ajouterai une observation. Même dans les statues grecques de la plus grande perfection , il ne faudrait pas croire que toute empreinte du mythe oriental fût effacée. C’était là le génie de ces grands artistes d’avoir su adoucir et

fondre l’idée traditionnelle, sans toutefois en perdre entièrement la trace. Une remarque singulière et qui vient bien à l’appui de ce que nous soutenons ici , est celle que fait Winckelmann , livre 4 , chapitre 2 , savoir , que beaucoup de statues antiques ont du rapport avec certaines figures d’animaux. « Pour peu

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qu’on examine la tête du roi des dieux, on découvre dans sa tête toute la forme du lion , non-seulement à ses grands yeux l’onds , à son front haut et imposant, à son nez mobile et gonflé ; mais encore à sa chevelure , qui descend du haut de la tête , puis remonte du côté du front , se partage et retombe en arc ; caractère de chevelure qui n’est pas celui de l’homme , mais qui rappelle la crinière du lion. Quant aux ligures d’Hercule, les proportions de la tête au cou présentent la forme d’un taureau indomptable; les cheveux courts sur son front désignent une image relative aux crins trop courts qui n’ombragent pas le front du taureau. »

La Diane, si connue au musée royal, avec sa tunique serrée , aux bords flottants , avec l’idéal de sa taille svelte et mobile , sa tête étroite et légère , surmontée du diadème comme d’une ramure suspendue avec grâce et fermeté sur un cou long et flexible , son regard rapide et fugitif, sa fuite irrésistible , laisse voir dans sa divinité une analogie incertaine avec la biche gracieuse que la chasseresse poursuit au

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fond des forêts. Winckelmann , qui a reconnu ces analogies , les interprète par une raison aussi pauvre que sa the'orie. « L’art cre'ateur , dit-il , voulant produire de nouvelles beautés idéales, avait recours à la nature des animaux de l’espèce la plus noble. De ce choix des plus belles formes assorties ensemble , naissait , comme par une nouvelle génération , une substance plus noble , dont l’idée suprême , fruit de la considération du beau , offrait une jeunesse permanente. »

Au contraire , il nous semble voir , à l’aspect de telles analogies existantes dans l’art le plus parfait et le plus avancé , non pas des combinaisons médiocres d’artistes , mais un souvenir réel et toujours vivant des vieux sanctuaires , où l'art , comme la religion des Grecs , avait eu son berceau. En Égypte , on sait quel rôle jouent les têtes d’animaux sur les corps d’hommes ; on trouve aussi la même chose dans l’Inde , quoique moins fréquemment , parce que dans cette contrée le symbole est déjà plus clair que dans la terre ténébreuse de Mesraïm. Le panthéisme matériel , qui régnait au fond

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de tous les sanctuaires, trouvait dans ces formes barbares son expression la plus vive. L’animal , aussi lui , faisait partie de cette naturetout que le vulgaire adorait. L’idée de l’animal était moins spéciale que celle de l’homme j elle représentait mieux l’être universel, conception à laquelle se ramène tout panthéisme antique , soit matériel, soit idéal.

Mais dans la Grèce ces analogies sont bien fugitives, et il nous suffit qu’elles aient pu être remarquées pour nous permettre de conclure historiquement , contre Winckelmann luimême , que l’art grec , tout transfuge qu’il était , est vraiment né de l’Orient. Notre proposition deviendra plus complète quand nous aurons montré l’art grec sous le point de vue qui lui est propre , sous le caractère qui a constitué son évolution , en un mot dans sa philosophie.

Le fait piiilosophiquf.. — Le second point à observer, et qui manque, ai-je dit , au système de Winckelmann sur l’origine de l’art grec ,

c’est une philosophie : il a me'connu l’ide’c génératrice qui a présidé à tout le travail des artistes grecs, qui s’est associée à la pensée de l’art primitif pour le renouveler , pour lui imprimer son caractère , sa dignité , sa vertu.

Quand le génie grec éveillé eut revêtu de ses fables riantes le sombre tissu des traditions anciennes ; quand le mythe ténébreux des premiers Pélasges se fut épanoui sous la beauté du ciel hellénique , devant ce soleil pur qui dispense la fertilité à toute vie ; alors la pensée orientale parut au jour libre , elle fut une proie abandonnée aux poètes et aux conteurs. Alors s’opéra une révolution dans l’art aussi bien que dans la société des Hellènes. L’instinct du mouvement et de la liberté a soulevé la masse panthéistique qui l’écrasait encore, ce peuple, en sa qualité du plus jeune des fils de l’Orient. Bientôt, comme s’épure l’or au fond du creuset, on vit peu à peu disparaître la rouille pélasgique , dont la civilisation naissante des Grecs ne tarda pas h répudier l’héritage. C’est pourquoi , voici venir une autre idée qui succède à l’idée de l'Orient, qui du moins, s’unissant à

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celle-ci , règne à son tour , et prépare l'art à de nouvelles destinées. Puisque l’idée antique était usée dans le monde, il fallait bien qu’une idée nouvelle naquît , ayant vie et droit de conquête sur l’avenir. Il ne pouvait se faire que l’art existât et n’obéit pas à une loi. Ici-bas tout possède sa loi , la condition de son exls* tence ; or la loi de l’art c’est l’idée, f idée-maîtresse , celle qui imprime à l’art sa direction , qui est à la fois l’étoile plus qu moins lumineuse qui l’éclaire , et le bâton qui l’appuie dans son rapide pèlerinage. Tout consiste donc, pour connaître le caractère de l’art d’une époque , à découvrir par quelle idée cet art est gouverné ; eh bien , l’idée qui devait présider à la nouvelle époque de l’art , après son évolution de l’âge oriental à l’âge grec , c'était l’idée de la beauté.

Que l’art grec ait eu pour son but essentiel de représenter la beauté , c’est ce qui est telle* ment reconnu qu’il semblerait superflu de le démontrer. Jusqu'à l’époque grecque , l’art avait été regardé comme sans valeur par luimême , sans dignité intrinsèque et sans vertu

propre. Longtemps attaché au ministère de la religion , à la demeure des dieux dans les temples , ou à la demeure de l’homme , également permanente , dans les tombeaux , l’art oriental avait produit des merveilles, mais sans la conscience du génie qui était en lui ; il n’avait point prémédité sa beauté , et le sentiment du beau dans les premiers artistes ne se distinguait point du sentiment même de la religion. Mais enfin est venue l’époque de la réflexion libre ; cet art est entré dans la voie qui lui appartient; il s’est posé un but, la pratique du beau; un moyen, l’imitation de la nature, afin de reproduire cette beauté sous son type le plus parfait et le plus pur.

Produire la beauté... Comment les Grecs comprirent-ils cette destination de l’art , et à quelle beauté durent-ils s’arrêter ? Et d’abord si vous me dites : Qu’est-ce qui est beau? Tout ensemble est beau , vous répondrai-je ; oui , tout ce qui est embrassé par le regard immense de l’homme : le ciel sans limites , le bleu firmament , semé d’étoiles scintillantes ; puis la terre avec sa ceinture de mers et son vaste ho*

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rizon de montagnes, la terre mère féconde des vivants, diaprée de ses fleurs et de sa verdure, riche et glorieuse de la triple fertilité de ses règnes. Je viens de dire ce qui est beau; mais attendez, cette indéfinie beauté qui résulte de toutes les harmonies du monde créé, n’est pas celle encore qu’embrasse l’artiste grec, à peine échappé aux liens du symbole primitif. Une telle immensité ne sera comprise que dans l’époque moderne , quand un Shakespeare , un Michel-Ange évoqueront le monde , pour le fixer dans le vivant tissu de leur peinture , de leur poésie. La beauté à laquelle se prend l’artiste grec , ce n’est pas encore la nature entière; il descend, il se repose sur un objet beau pardessus toute nature. Cet objet c’est l'homme ; et c’est pourquoi la statuaire, ou l’art de peindre l’homme , s’élève à son tour au-dessus de l’ai> chitecture , qui est par excellence l’art monumental. Et remarquez-le , si ce n’est plus l’architecture , ce n’est pas encore la peinture qui , durant cette époque grecque , première héritière de l’Orient , est devenue la maîtresse de l’art.

Contre cette dernière assertion , je sens bien que l’on objectera plusieurs traits de l’histoire de l’art et surtout de la peinture chez les Grecs ; on citera Lysippe , Zeuxis , Appelle , et le rideau de pourpre , et la grappe aux perdrix ; on dira Alexandre , sous les traits de Jupiter, tenant d’une main la foudre qu’il va lancer, et dont on ne pouvait soutenir l’e'clat. Puis on rappellera les monuments qui nous restent des anciens ; les peintures d’Herculanum , la Noce Aldobrandine , d’autres chefs-, d’œuvre cités ou décrits par Pline et Pausanias; enfin , on conclura que la peinture fut portée chez les Grecs à un très-haut degré de perfection.

— Sans doute on ne nie pas que la peinture n’ait suivi de très-près le développement de la statuaire dans l’époque grecque ; mais ce qui est certain c’est quelle fut toujours sous la dépendance de sa rivale. A voir, dans son idéal, la beauté plastique des lignes grecques , la ligne onduleuse qui croise l’angle facial , et descend avec pureté depuis le sommet du front jusqu’aux pieds ; à voir la distribution élé-

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gante , mais nue et symétrique , (les diverses parties du tableau , l’absence de perspective aérienne, le choix des situations, presque toujours calmes ; la peinture grecque est surtout une représentation de la forme , Une statuaire revêtue de couleur. Mais pour ce qui regarde l’art de féconder une vaste scène , de peupleT l’espace , de semer sur la toile vivante une multitude de ligures ; pour cet art qui ne recule devant l’expression d’aucune des passions humaines , devant aucun des événements de la vie, qui saisit, sur le terrain même de l’histoire* toutes les scènes d’épopée , les rend contras- , tantes, les convertit en drames, et jette après cela toute sa conception dans un paysage qu’il sait encore varier en divers plans sur la ligne indéfinie de l’horizon lointain; c’est là ce qui ne se trouve pas dans la peinture antique , et ce qui était réservé à l’époque moderne , comme à la dernière initiation de l’art.

Que la production du beau statuaire ait été le principe des artistes grecs, c’est ùn fait qui a été reconnu par tous les critiques depuis un siècle» M. Raoul Rochette , dans ses cours si

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remplis d’intérêt sur l’art antique , fait connaître les monuments dans lesquels les Grecs ont réalisé ce beau. M. Quatremère de Quincy, dans une de ses dissertations, qui sont toutes à un égal degré des modèles d’érudition et de goût , s’exprime ainsi que je vais le rapporter ;

« L’Égypte , en matière d’art , fut et sera toujours stérile. Un plus grand nombre de monuments n’ajoutera jamais rien à ce qu’un plus petit nombre nous peut apprendre , sous le rapport de l’invention et de l’imitation de la nature. De fait , et la chose entendue dans le sens moral, il n’y eut jamais en Égypte qu’une seule figure , une seule tête , un seul édifice , un seul bas-relief, une seule peinture. L’Égypte en tout fut condamnée à l’uniformité, et les seules différences qu’un oeil exercé puisse apercevoir dans ses ouvrages , se réduisent à un plus ou à un moins de fini dans le travail mécanique.

» Il en fut tout autrement des ouvrages de l’art chez les Grecs. Quand nous aurions cent mille statues , cent mille morceaux émanés de leurs écoles , demain on peut en découvrir un

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qui nous révélera, dans un genre ou dans un autre, une manière de voir ou d’imiter la nature , différente de ce que l’on connaissait , et supérieure à la manière des ouvrages que l’on possédait ; sans compter ce que peuvent toujours offrir de nouveau les innombrables variétés du génie , pour ce qui concerne la composition des sujets , le développement des actions, et l’expression des passions ou des sentiments de l’âme , par les mouvements du corps ou du visage.

» C’est qu’en Grèce l’artiste avait toute la mesure de liberté nécessaire pour rendre ses propres pensées , et imprimer h ses ouvrages l’empreinte de sa façon de voir la nature. C’est enfin qu’en Grèce les ouvrages de l’art étaient des images de la nature , ajoutons des empreintes du beau , et qu’en Égypte ils n’étaient que les signes obligés d’une écriture consacrée, et aujourd’hui illisible. »

Ces principes ont été parfaitement reconnus par Winckelmann ; mais je trouve aussi que l’idée de la beauté n’a pas été suflisamment approfondie par ce critique ; il n’a pas assez

vu quelle influence la philosophie grecque avait exerce'e sur l’œuvre du beau réalisée par les statuaires. C’est pourquoi , après avoir établi que l’idée de beauté qui présidait à l’art hellénique avait trouvé son type permanent dans la beauté de l’homme, je vais montrer que cette conception de la beauté humaine , substituée , comme règle de l’art , à la pure et simple expression de la pensée mythique , était relevée , transformée par la vertu du symbolisme moral, plus pur , plus intellectuel que le précédent , et que c’est dans cette transformation que gît , à proprement parler , la philosophie de l’art grec.

Et en effet, rappelez ici les principes du spiritualisme, sans lesquels il ne saurait y avoir de beauté dans l’art , ni de moralité dans le bien. Si la beauté périssable et mortelle eût été l’effort suprême des artistes grecs , la conversion de l’idée orientale dans l’idée grecque aurait été, il faut le dire, une dégénérescence et non un progrès. La beauté , règle suprême des artistes de la Grèce , est idéale ; elle est l’invisible beauté de l’àme , dont le corps est l’enveloppe

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consacrée au ministère d’un jour. Tel est le point de vue sous lequel il faut considérer la plupart des chefs-d’œuvre de l’antiquité, si l’on veut comprendre la dignité de cet art , sa grandeur , sa signification. Là toujours se montre une nature parfaitement humaine, mais sous les formes les plus choisies , mais exaltée et divinisée au souffle de la pensée ; là toujours se laisse surprendre et sentir l’idée morale , dont le modèle plastique est un voile splendide et transparent. Malgré l’indignité d’une religion sensuelle, encore dénaturée parla profane fantaisie des poètes , toujours dans les images helléniques apparaît la dignité de l’âme , la sainteté d’une idée qui plane au-dessus des sens. Bacchus et Mercure , tous deux maîtres de l’ivresse et du vol, Vénus impudique, n’ont point abdiqué sur leurs statues l’idéal d’un mythe supérieur aux absurdes suppositions d’un culte dégradé. Mercure , avec ses quatre ailes légères, son vol irrésistible, sa fuite de l’Orient, sa forme subtile et aérienne, son regard pénétrant et lointain, c’est le génie de l’intelligence , le lien du commerce mutuel des hommes , l’es-

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prit divin qui couve la civilisation , la fécondé , la propage , la divinise. Une vigueur immortelle revêt le corps de Bacchus : symboles de la jeunesse divine du monde et des forces virginales de la nature , les images de ce Dieu sont calmes , tranquilles , aussi éloignées de l’ignoble penchant consacré par le mythe hellénique que des fureurs du mythe oriental. La mère des amours et de la vie , Vénus, révèle une dignité non moins chaste que gracieuse ; voyez celle de Médicis , la pudeur est son voile auguste et sa première beauté. Ailleurs , comme dans la merveille de Milo , jamais plus de perfection dans la beauté féminine ne s’est associée à plus de grandeur idéale , à plus d’intelligence , à plus de dignité victorieuse dans la pose et dans le regard. Tel est donc le caractère de la statuaire chez les Grecs ; la beauté y préside , mais c’est la beauté idéale , laissant rayonner l’âme sous son vêtement , comme sous la surface d’une eau limpide se réfléchit la clarté du ciel.

La beauté reposée était si bien la loi statuaire chez les anciens, qu’ils fuyaient l’expression

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de la douleur comme celle de la volupté ; l’une et l’autre auraient altéré ce beau plastique , et compromis l’inaltérable pensée de l’artiste grec. Dans les rares occasions où ils se décidaient à produire la douleur, ils savaient encore l’idéaliser, la rendre supportable par la beauté des formes , par l’élégance des groupes , et toujours par l’expression d’un sentiment noble et spiritualiste , maître de la douleur physique, et qui semble devoir lui survivre , alors même que celle-ci va jusqu’à la mort. C’est ce qui a été mille fois admiré dans le Laocoon et la Niobé , les deux plus beaux groupes cpie l’art antique nous ait transmis. Cette beauté plastique, pleine d’harmonie et de régularité matérielle , reçoit encore sa principale splendeur de l’idée , qui la relève , l’agrandit et la sanctifie.

Et comprenez ici comme le symbolisme théogonique , qui était le fond de l’art oriental , a fait place à un nouvel ordre de symbolisme, non moins réel , non moins significatif, à celui dont la philosophie possède le secret. Ce n’est pas que le principe de la représentation des

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forces de la nature eût entièrement disparu de l’art et de la mythologie grecque : tout à l’heure, en montrant par quelle sensible dégradation de nuances le type oriental s’était transformé au type hellénique, nous avons essayé de mettre hors de doute la perpétuité du symbolisme , même dans l’art des Phidias ; mais combien la sombre cosmogonie de l’Orient ne s’était-elle pas tempérée, comme fondue sous l’imagination mobile et ardente des Hellènes! L’art , comme la mythologie de ce peuple, avait perdu ce caractère redoutable, austère, que l’idée de l’infini entrelace toujours , comme un tissu vraiment divin , à travers les types matériels du haut Orient. Bacchus , dieu terrible de l’Inde, le Shiva orgiaque et destructeur, s’est adouci dans les joies terrestres ; il est devenu le dieu des voluptés du vin. Un sensualisme élégant et libre a succédé en toute pensée religieuse à ce naturalisme cruel qui pliait toute nature sous l’invincible poids de la fatalité.

Si nous considérons celte révolution uniquement sous le point de vue religieux et en mettant de côté celui de l’art, ce fut bien, il

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faut le dire , une dégénérescence de la pense'e antique; le naturalisme oriental a perdu sa vivante et terrible énergie. Il pouvait aussi se faire que l’art tombât au niveau de la religion vulgaire. Mais admirez ici par quelle intervention l’art grec, au lieu de tomber, se releva et vint se placer sur le plus haut degré de l’intelligence. L’art se se'cularisa ; quoique dévoué à l’ornement du sanctuaire, il s’affranchit de sa tutelle, mais alors la philosophie survint. Noble étrangère , la philosophie était l’esprit le plus pur des sanctuaires antiques. En attendant le christianisme , et dans l’abolition de toute grandeur dans le culte , de tout principe divin dans les sanctuaires, elle usurpa , si j’osais le dire , une sorte de vice-religion sur le monde grec ; elle parut donc , et voyant l’art prêt à tomber sous la dépendance du mauvais principe, elle l’appela à elle, et, étendant son manteau , elle abrita sa nudité.

Ainsi donc , la philosophie succéda au théogonisme primitif dans le patronage de l’art chez les Grecs. On peut , au reste , généraliser cette observation. Une chose assez reconnue ,

c'est que la philosophie d’une e'poque , du moins quand la philosophie n’est pas identifie'e avec le culte , imprime son caractère à l’art , comme aux autres éléments de la société. Liane verdoyante et fleurie , l’art ne pourrait que ramper , s’il n’était soutenu , s’il ne rencontrait dans sa solitude délaissée le chêne séculaire pour jeter alentour sa verdure immortelle. Donnez-moi donc la philosophie qui règne dans un siècle , et je vous dirai les éléments généraux qui caractérisent l’art de ce même siècle. Donnez-moi, veux-je dire, les solutions adoptées sur les problèmes de la destinée, sur Dieu , sur la nature , sur l’homme , et je pourrai vous dire comment l’art, au service de la pensée dominante , règne , et pourtant est subordonné à cette pensée à laquelle il doit le jour.

Or , dans la Grèce , au temps de Phidias , le drapeau qui préside à l’art, c’est le spiritualisme, c’est la philosophie de l’esprit, de l’intelligence , c’est le souffle divin, ce spiritus qui, dans toute époque organique , s’assimile et façonne h son noble joug les meilleurs éléments

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de la civilisation. Platon est la grande figure qui semble résumer en soi et vivifier de son génie le mouvement d’art qui se montre avec tant d’éclat au siècle de Pe'riclès , et qui se prolonge au temps qui a suivi. Platon, philosophe-poète, dont la riche et dorée fantaisie recueille, comme un limpide miroir, les plus purs rayons de la pensée antique devenue grecque ; lui , qui puise la morale et le souverain bien aux sources les plus sacrées, Platon porte au plus haut degré l’admiration de l’art, pour mieux dire, l intelligence et le prosélytisme du beau. Dans plusieurs de ses dialogues , Ion , Gorgias, Hippias, il établit la vraie poétique de l’art, et caractérise l’inspiration. L’art, pour lui, est issu de la notion du beau, notion absolue , impérissable, dont il montre l’origine au-delà de rhumanité, dans la sphère sacrée , idéale , que ne contient point la réalité matérielle , et qui se dérobe aux efforts d’une téméraire spéculation. Ces beautés de mille nuances et de mille couleurs que le monde étale , apparences capricieuses et fugitives qui se déforment en un clin d’œil , comme dit Bossuet ,

et passent du matin au soir, la beauté terrestre enfin, n’a de signification qu’autant qu’elle est regardée comme l’expression , le reflet de la beauté insaisissable, éternelle, seule beauté parce qu’elle ne se voit pas. Je ne veux point rentrer dans les développements que j’ai donnés ailleurs , soit dans mon Traité de Philosophie, soit dans l’introduction de ce livre. Mais enfin , retenez bien cet idéal de la beauté , dont le cygne de l’Académie dépose l’origine éternelle dans la pensée, dans l’intelligence, dans le Xoyoç , dans le verbe de Dieu. Élevez-vous jusqu’à la conception pure du beau platonicien , vous qui voulez comprendre le mystère intérieur de l’art grec.

Or , c’est là qu’il faut admirer le foyer central dont tous les arts sont , en Grèce , des rayons divers. Il y a un moyen sûr de reconnaître cette alliance, c’est de comparer ces arts eux-mêmes avec la poésie dont , comme nous le disions en commençant , ils sont tous des formes plus ou moins rapprochées. Nulle part l’unité du génie poétique et artistique ne fut plus étroite et plus frappante qu’au siècle de

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Périclès. On dirait une guirlande radieuse dont les festons heureusement entrelaces étaient unis par l’esprit, je veux dire par le lien d’une poétique générale que la pensée spitualiste avait inspirée. Ce serait un curieux rapprochement que d’établir le parallélisme de la poésie et de la statuaire grecques au siècle de Phidias et d’Euripide, en montrant quel lien fraternel unissait l’esprit des arts plastiques à celui de la poésie , et subordonnait l’un et l’autre au suprême gouvernement de la philosophie.

Si les limites que nous nous sommes imposées nous permettaient de poursuivre cette idée, nous prendrions pour exemple les poètes dramatiques , et il nous serait aisé de faire voir l’affinité qu’ils soutiennent avec les artistes du même temps et du même pays. D’abord, Eschyle, poète symbolique, monumental, cyclopéen , rappelant les traditions évanouies , étonnant par sa grandeur épique et lyrique , par l’inflexible fatalité qui fait le fond de ses tragédies, Eschyle, c’est Phidias, le premier par la date et par le rang entre les grands statuaires , alors que Phidias sort des liens de

l’école d’Égine, pour créer la plus auguste des images plastiques , le Jupiter Olympien.

L’art ne grandit plus après Phidias , ni la poésie après Eschyle; mais Praxitèle et Sophocle donnent à l’un et à l’autre un heureux développement; par eux est fixé l’idéal de la beauté, telle que la conçoit l’intelligence grecque.

Mais quand j avec le doux et pathétique Euripide, le caractère austère et pur des deux précédents se fond et tend à disparaître sous les plis d’une action mobile et passionnée , d’une profusion sentimentale , du luxe de la représentation , c’est aussi le temps où l’art des Grecs , sous le génie de Lysippe, de Parrhasius et d’ Appelle , avance d'un degré de plus dans le cercle actif de la vie , et produit des chefs-d’œuvre tpi réalisent le précepte fondamental de l’imitation de la nature , dans son union , fidèle encore , avec la loi plus haute du beau idéal.

Et ce n’est pas seulement à l’égard de la poésie dramatique qu’il faudrait les poursuivre, ces analogies : les amours volages , les gracieuses Vénus qui peuplent nos musées d’antiques , ce sont les odes mélodieuses, chastes, sous leur

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volupté voilée , du vieillard de Théos. Aristophane avec sa téméraire liberté, que voile aussi, à défaut de pudeur, l’extrême pureté de son atticisme, se retrouve dans plusieurs scènes comiques, grotesques, et toujours élégantes, que nous a laissées l’antiquité, soit en groupes de ronde-bosse , soit en bas-reliefs ; enfin , ces faunes et ces bergers avec leur double flûte champêtre, leur chlamyde de peau de bouc, leur chapeau de paille à la thessalienne, le bonheur reposé de leurs ligures, la grâce de leurs contours, le fini sans manière de leurs détails , le naturel de leur pose indolente , sont reproduits dans les bergeries de Théocrite, poèmes d’un dessin si pur, si arrêté, de tant de vérité, de relief, et dont on n’aurait pas l’idée si on voulait les comparer aux innocentes bergeries de Gessner , ou bien aux malencontreuses églogues de Fontenelle (1).

(1) On voit au musée la plus parfaite traduction qui se puisse voir de l’églogue de Théocrite ; c’est le faune arrachant une épine du pied d’un berger. Tout le monde connaît ce petit groupe ravissant , ainsi que son pendant l’écorcheur de brebis. — Il y a déjà bien longtemps , j’avais pensé à recueillir au musée les monuments qui sont la plus fidèle expression de la

Pour peu que l’on soit verse' dans la poe'sie antique et initie' aux mystères de l’art grec, on ne saurait me'connaître la parenté qui les unit; de sorte qu’on pourrait dire avec juste raison que cet art est poésie, et que cette poésie est art , tant ils brillent sous la même auréole , sous le môme reflet de la beauté, descendue pour les visiter des hauteurs de la philosophie de Platon. C’est au disciple de Socrate , c’est à la philosophie platonicienne, qu’il faut attribuer le type noble et pur qui se réfléchit avec un éclat impérissable dans les productions fraternelles des Sophocle et des Phidias. Combien ne fut-elle pas vive l’empreinte communiquée à cette grande époque ! Grâce à ces traditions vraiment consacrées , à ces reproductions constantes de quelques modèles uniformément transmis , l’art grec a traversé la ruine de la Grèce, et il a maintenu inviolable sa grandeur; il a duré plusieurs siècles sans s’altérer. En vain la philosophie épicurienne exerçait son influence

poésie grecque , et de les rapprocher de leur poésie correspondante ; les circonstances ne m’ont point permis de poursuivre cette direction de mes études.

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délétère dans toutes les générations de la Grèce déchue, et plus tard dans la Rome esclave des Césars. L’épicuréisme avait tari toute beauté de son souffle impur; mais il laissait l’art grec à sa beauté première, tant avait été grande l’influence traditionnelle des génies créateurs ; tant le souffle de Platon et du beau idéal s’était conservé sain et pur depuis Phidias , alors même que la civilisation romaine laissait tomber tour à tour et peu à peu les divers éléments de sa religion et de sa vertu.

C’est pourquoi , et pour revenir au point de départ de ce discours , j’ai pu dire qu’il manquait une philosophie à la doctrine de Winckelmann sur la statuaire des Grecs. Sans doute, dans ce grand critique , on trouve d’admirables analyses des chefs-d’œuvre statuaires ; ses tableaux de l’Apollon et de l’Antinoüs sont dans tous les souvenirs. Interprète du sensualisme brillant qu’il trouvait épars dans l’antiquité, doué de l’ardente conception de la beauté plastique , Winckelmann est habile à idéaliser le sentiment , à le ravir à sa plus haute, à sa plus parfaite expression; mais il a

plutôt le sentiment de l’œuvre qu’il admire avec une entière spontanéité, qu’il n’a l’intelligence de l’art, ou du moins de la pensée qui le fait être et qui le consacre. Il n’a point assez vu que l’idée absolue, abstraite de la beauté était indépendante des formes maté>rielles dans lesquelles cet idéal consent à se manifester. Dans son ouvrage, d’ailleurs immortel , et qui ne saurait être trop étudié , Winckelmann met trop en oubli le platonisme du beau j et, en reconnaissant que la beauté était la règle du génie des artistes anciens , il n’a pas assez relevé le caractère idéal de cette loi.

Voyez en effet comment il s’exprime au liv. 4 , chap. 2 , de son histoire , quand , cherchant à déterminer l’essence de l’art, il dit : « Notre idée de la beauté universelle est de'ter- » minée , et se forme de l’assemblage en nous » d’un certain nombre de connaissances indi- » viduelles... La cause de la beauté étant dans » toutes les choses créées, ne saurait être cher- » chée hors d’elles. . . La combi naison des parties » pour former un tout est ce qu’on appelle l’idéal;

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» le choix des plus belles parties et leur rapport » harmonieux dans une figure produisent le » beau idéal, qui par conséquent n’est aucu- » nement métaphysique. »

Il résulte de cette citation , en la rapprochant des principes que nous avons établis , que l’art grec et l’art en général peut être interprété par une vue plus haute et plus profonde que le sensitivisme exquis , mais étroit , qui règne comme un jour doux, mais indécis, dans les écrits de l’abbé de Winckelmann (1).

(I) Pour ne pas parler des auteurs plus anciens, voir Piranesi, d'Agincourt, Mazois, les publications sur les pierres gravées , les vases grecs, etc.; les cours , dissertations et traités de MM. Raoul-Rochette, Quatremère de Quinçy, Emeric David, et M. Cousin , cours de <818 , public en 183G , 26 e leçon.

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