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CHAPITRE Y

DU DIAQ IDÉAL

L'homme étant un composé de facultés physiques et morales, il ne saurait complètement sentir et percevoir, sans que son Ame, son esprit et ses sens fussent mis en mouvement; aussi a-t-on donné le nom de beau idéal h ce genre de beauté qui charme a la fois nos sens et notre Ame.

Le beau idéal se compose, par conséquent, de la beauté optique ou sensible, et de la beauté morale ou de la convenance.

Le mot beauté, dans son sens littéral, désigne ce qui frappe les yeux, et, par métaphore, ce qui s'entend, se sent, se goûte, se comprend; mais il ne s'applique aux qualités morales que par un procédé d'association. Ainsi on a donné le nom de beau à des choses qui, peu agréables à la vue, plaisent néanmoins a l'esprit. La pâleur de Phèdre ou de Niobé sera appelée belle, bien

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qu'elle ne flatte pas la vue autant que l'incarnat do la jeunesse ou du plaisir; et, si & cette beauté morale il se joint une beauté physique, l'harmonie du geste, do l'expression, dans cet instant, Phhdre ou Niobé sera d'une beauté idéale.

Il existe dans le speetnelo de la nature, même pour riiommo qui no réfléchit pas, une beauté qui s'impose par l'organe do la vue, mais séparée do l'idée do bonté : ce qui est beau dans cetto acception est beau pour tout le monde.

Par un beau soleil couchant, lorsque nous regardons les riches couleurs répandues sur l'horizon, nous admirons la beauté de ce spectacle, et nous nous écrions: Quelle belle soirée!. .. Mais transportons-nous sur le pont d'un navire balancé en pleine mer par la vogue rougic, l'unie du marin s'emplit d'inquiétude : Demain, dit-il, nous aurons un vent furieux! Alors l'idée du bon ou de la convenance ahsorho celle du beau, et ccllo splendeur du ciel no sera pas, & ce point de vue, d'uno beauté idéale.

Quelquefois la beauté optique est faible sur un objet dans lequel domine la beauté morale; alors il y a compensation, et cet objet n'en est pas moins beau de la beauté idéale. Par exemple, si l'on compare la beauté d'un jeune homme, dont les membres pleins et arrondis offrent un clair-obscur harmonieux, & la beauté d'un homme qui vil dans les combats, nous aurons deux figures bien différentes en beauté. Mais, la beauté

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réfléchie ou morale se réunissant, dans noire esprit, à la beauté optique, elle modifie l'impression faite sur l'organe do la vue. Or ce guerrier au corps nerveux et musclé nous plaît par les indications de sa force, les marques do son fier caractère; en sorte qu'il peut remplir les conditions du beau idéal tout aussi bien que la figure plus uniod'un corps adolescent. V Apollon et Y Hercule Farnè$e sont dans les mêmes conditions : ce sont deux chefs-d'œuvre d'une beauté idéale.

Par cette distinction do la beauté optique et do la beauté morale, on comprend le genro do beauté de certains tableaux do Murillo, do Rembrandt, do Téniers, dont les personnages, affublés do guenilles, plaisent & l'aide de combinaisons optiques, l'ar la mémo raison, uno télé qui sera laido optiquement pourra plaire si cllo présente l'aspect de la beauté morale. 11 y a donc dans la laideur le laid optique et lo laid moral : leur réunion a fait diro do certaines personnes qu'elles étaient d'uno laideur idéale.

«Aimer tout autre chose que lo beau, dit Maxime do Tyr, c'est aimer la volupté. Ko beau est quclqud choso de plus vif quo la volupté; il ne donno pas lo temps de recevoir l'impression do la volupté, il ne luisso que lo loisir do l'admiration. Notre Aino exiléo sur la terre, enveloppée d'un limon épais, est condamnée ù uno vie obscure, sans ordre, pleine de troubles et d'égarements, elle ne saurait contempler lo beau ineffable avec énergie et plénitude. Notre Aino

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a une tendance continuelle vers l'ordre, vers la beauté. L'ordro moral ou spirituel, do mémo quo l'ordre physique ou naturel, constituo ce beau avec lequel elle o uno éternelle sympathie »

Malgré sa constante ambition de dépasser les limites des grandeurs qu'il peut saisir, l'esprit humain est forcé de reconnaître les bornes do son intelligence, et de placer hors do lui lo beau suprémo auquel il no cesse d'aspirer. La beauté do l'univers ne peut pas être plus sensible & l'homme que l'élcnduo inflnio pour lui de cet univers. Do mémo, l'idéo qu'il so fait du beau n'est qu'une idée limitée, le beau ineffable est au-dessus de sa pénétration; la beauté du corps n'est pas la beauté par excellence, cllo n'est, en quelque façon, quo le prélude d'uno beauté plus accomplie.

La beauté quclesarts peuvent produire est si éloignée de cette beauté céleste, qui est hors de notre portée, que l'on ne saurait faire de trop grands efforts pour atteindre au moins les degrés possibles du beau idéal. Et, si In nature laisso échapper des productions individuelles qui s'écartent de l'harmonie, les arts, dans leur imitation, doivent les y faire rentrer en corrigeant les écarts de la nature par l'application des lois de la nature elle-même.

Cette fonction est semblable & celle do l'Ame qui concourt A rétablir l'harmonie morale par l'étude do soi-mémo. Elle nous fait aussi coopérer au but général

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do la nature en venant on aide 6 ceux qui souffrent. Aidons cet infortuné» versons quelques consolations dans son cœur, et nous verrons co visage brisé par la douleur réfléchir encore l'imago du bonheur. La Divinité, en nous donnant d'aussi nobles facilites, nous a élevés au-dessus des autres Aires do la création par cette faveur inappréciable.

Il faut conclure do co qui précèdo que la beauté idéale ne peut exister quo par la réunion de plusieurs objets et par l'harmonie do ces objets eux-mêmes.

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