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CHAPITRE VIII

THftOMB DB LA HAUTE

La définition de la beauté est la clef do la partie libérale do la peinture, de même que la perspective est la clef de la partie technique. La connaissance du beau conduit à la connaissance de l'art, c'est-à-dire qu'elle enseigne h choisir, A composer, & harmonicr les parties d'un tout, dans le but de charmer le cœur et l'esprit.

La beauté consiste dans le rapport des moyens avec leur fin. Un beau corps est celui dont les membres sont dans une juste proportion pour exécuter les mouvements qui lui sont propres, et la grftco de ces mou vemculs dépend delà facilité et de la précision du geste. L'homme moral est réjoui par la vue do la beauté; il admire sur do belles formes l'enveloppe précieuse do celte Ame dont il est doué lui-même, et ce calme

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bienfaisant, ce doux sentimept de l'existence, qui est le propre des belles âmes, l'élève au-dessus de l'existence commune et semble le rapprocher de lu Divinité.

Les principes de la beauté ont été signalés dans les écrits des philosophes, mais leur application aux beaux-arts a clé peu pratique; aussi l'idée complexe que renferme le mot beauté a-t-elle été rejetée au nombre des mystères que le génie seul est capable de pénétrer.

Celte opinion, ne doit pas surprendre; car les écrivains qui se sont occupés de définir la beauté diffèrent tous dans l'analyse. Cependant, s'ils diffèrent sur la forme, ils tendent a se rapprocher sur le fond, et le but eût été atteint sans doute, si l'ont eût observé un ordre différent dans les recherches.

On eut dû reconnaître que la beauté résume la série des qualités qui constituent la beauté, comme la lumière blanche, par exemple, résume la série des nuances du spectre solaire.

Les anciens ne nous ont pas laissé de doctrine complète sur la théorie de la beauté, mais leurs œuvres sont là pour nous prouver qu'ils en avaient une bien arrêtée. Nous y reconnaissons une loi qui semble avoir été une, claire, grande, comprenant tous les cas, toutes les combinaisons. Leurs œuvres seront donc d'un grand secours pour reconstituer les éléments de la beauté, comme elles ont aidé l'architcc-

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lure moderne à reconnaîtra les proportions des différents ordres.

Il est certain que les anciens peintres et sculpteurs avaient, comme les architectes, leur canon pour la figure humaine : les écrivains parlent tous du canon de l'olyclète.

Le Traité des proportions du corps humain d'Albert Durer parait être basé sur des données antiques, et, malgré la grossièreté de représentation des gravures, le principe n'en est pas moins excellent; aussi devonsnous le recommander d'une façon particulière.

Sans les écrits modernes, on a répété beaucoup de lieux communs sur la belle disposition des lignes, sur le contraste des figures, sur le mauvais effet des lignes parallèles, des angles, des formes régulières, etc.; mais toutes ces maximes sont obscures, incertaines et Souvent erronées. Le principe du beau étant connu, nous allons en fairo l'application, en présentant une analyse des différentes parties que renferme celle idée complexe.

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La sensation de plaisir que peuvent éprouver nos organes, si elle ne se rattache pas & nos vues sur

f ordre ot l'harmonie universelle, ne suffit posa faire naître l'idée de la beauté générale de la nature. C'est par l'association des idées, comme Ta remarqué Dugald-Stc\Yart, que nous éprouvons l'effet de la beauté. En effet, les lois de convenance établies par la nature sont bien plus importantes que les résultats qui plaisent seulement à nos yeux; et prétendre que tel objet» beau en lui-même, est un type de beauté» c'est parler uniquement d'après nos sens, et non d'après les intentions générales de la nature.

Si, par exemple, nous considérons l'homme comme te plus bel objet do l'univers, on doit sous*cntcndre que sa beauté excellente appartient autant & la beauté morale qu'à la beauté optique, ce qui implique le choix dans l'altitude, l'expression, le clair-obscur, le coloris. Par conséquent, on ne saurait s'exempter d'avoir recours aux combinaisons qui peuvent le plus embellir l'ensemble de l'individu ou tout le spectacle eu général.

Une belle main peut bien, optiquement parlant, paraître laide lorsque les doigts sont écartés et étendus; mais, en faisant rentrer ces parties isolées dans l'harmonie optique au moyen de certains calculs dans la disposition des lignes, elle paraîtra belle. On serait donc três-embarrâssé dans la recherche de ce qui constitue la beauté, si Ton croyait qu'elle existe dans tous les objets de la nature qui nous plaisent, sans la combinaison d'un choix collectif.

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S'il en était autrement, on pourrait demander comment il se Tait que l'homme et la femme, si différents dans leur constitution physique, puissent être également beaux. Or voilà une question qui jetterait dans le plus grand embarras, si l'on pouvait croire qu'ils sont le type le plus accompli de la beauté sensible. La nature n'a point pensé à faire des objets qui soient les plus beaux possibles pour les yeux seulement, elle a pensé à les faire bons dans leur espèce.

L'idée que nous nous faisons de la beauté en général est une; car, si l'on en supposait plusieurs, cela donnerait lieu à choisir. Par celte raison, les belles figures diffèrent peu entre elles» et sont plus difficiles à reproduire que celles qui ne le sont pas, parce qu'elles se rapprochent davantage de celle idée unique qui rend peu sensible le caractère de chacune d'elles en particulier.

Les figures laides, au contraire, diffèrent d'autnnt plus qu'elles s'éloignent de l'idée que nous nous faisons de la beauté, ressemblant en cela aux extrémités de deux lignes convergeant en un point : ces lignes sont une à leur intersection; près de celle intersection, leur différence est peu appréciable, mais elle le devient davantage à mesure qu elles s'en écartent, et une imitation, même médiocre, peut suffire a les reproduire dans leur caractère et leur ressemblance.

On aurait tort de contester la beauté générale de certains êtres peu plaisants & la vue, tels que Tarai-

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gnéc, la chauve-souris, qui sont aussi belles, généralement parlant, aussi excellentes dans leur espèce que tout autre animal. Un naturaliste dira : J'ai pris une superbe araignée, j'ai trouvé un magnifique scor- ' pion; ces objets, considérés individuellement, sont dépourvus de charmes, à moins que l'esprit n'en soit dédommagé par la bonté ou la convenance. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à jeter les yeux sur les gravures qui représentent des animaux, des insectes, des plantes faisant partie de livres publiés sur l'histoire naturelle.

Que font les artistes qui représentent ces mêmes objets dans leurs tableaux, pour nous les rendre intéressants? Us saisissent les mouvements dont la combinaison dispose les parties dans un certain ordre qui produit la beauté optique de disposition ; ils combinent ensemble un grand nombre de parties, et, les lois de l'unité les dirigeant dans ces combinaisons, il en résulte que des objets monotones ou composés de parties contraires à l'harmonie prennent, par l'effet de l'art, l'aspect d'un tout charmant, que l'on peut encore appeler du nom de beauté.

Le type de la beauté ne se trouve donc pas dans tel ou tel individu isolé, mais bien dans la nature collective, ou dans le génie, qui rassemble les plus belles combinaisons de la nature.

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DE LA MAUTfi OPTIQUE

L'art de choisir, de composer, d'harmonicr les parties d'un tout, est entièrement compris dans les lois de l'optique; mais, pour découvrir ces rapports, il faut remonter d'abord aux lois de l'apparence.

Les objets nous apparaissent simultanément sous leur forme générale, leur couleur, leur modelé.

La forme comprend le géométrique et le perspectif, que l'esprit convertit aisément en réalité. La couleur renferme la couleur propre de l'objet et la couleur perspective, qui est plus ou moins altérée par les reflets atmosphériques et par les réflexions des corps avoisinants. Le modelé, ou clair-obscur, s'étend aux ombres déterminées par la direction des rayons lumineux, à la forme de l'objet, et aux reflets que peuvent renvoyer les parties éclairées.

La forme, la couleur, le clair-obscur, existent par masses; ces masses forment des lignes, et ces lignes ont divers caractères. Or, pour qu'un objet soit beau optiquement, il faut qu'il fasse naître le sentiment du beau par la combinaison de ces trois moyens. Ces moyens eux-mêmes étant composés, leur analyse fait une des principales théories de la peinture.

m MILOSOMIB DES DEAUX-AUTS.

lo grand principe des Grecs, au moyen duquel ils embellissaient un tout et ses parties, était la loi de l'unité, qui était devenue sacrée par l'organe des philosophes cl par les applications merveilleuses que les grands maîtres avaient su en faire, soit à la partie métaphysique, soit û la partie optique de l'art. Cette loi, expliquée dans les écoles, était rendue aussi intelligible que familière; en sorte que, depuis Platon jusqu'à saint Augustin, c'est-à-dire de quatre cents ans avant Jésus-Christ jusqu'au cinquième siècle, elle fut constamment le flambeau des arts et de la philosophie.

Condillac dit « qu'une multitude d'impressions qui se font à la fois, avec le même degré de vivacité, ôtc toute action à l'esprit; un orchestre nombreux, lorsqu'il exécute une musique sans ordre, ne produit que du bruit; enfin la confusion des éléments, c'est le chaos. Pourquoi préférerait-on la simplicité, si ce n'était ce besoin d'ordre ou d'harmonie qui peut seul donner satisfaction aux sens et à l'intelligence? »

Ce n'est donc pas la plus grande variété qui produit la plus grande beauté, car les plus belles tètes sont celles dont les traits sont le moins variées, et, par conséquent, les plus simples. Les tètes des Niobé sont là pour confirmer celle assertion.

Nous pouvons dire à ce propos : Si l'antique déplaît à certaines personnes, ce n'est point par l'ordre optique des parties, mais par le peu d'expression des phy-

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sionomics; on les trouve froides parce qu'on laisse de côté la beauté morale qui sert & les faire comprendre. L'homme bien élevé se distingue de celui qui ne Test pas par la retenue dans les affections violentes, tandis que le vulgaire s'y abandonne tout entier. Par celte raison, les anciens se sont renfermés dans la vraie loi des convenances en ôtanl ù leurs figures toute exagération qui en eût diminué la noblesse, et surtout lorsqu'ils avaient & représenter des héros ou des dieux.

La convenance prescrit le degré ou la quantité de variétés que Ton peut introduire dans une œuvre d'art. Si les lignes du style sévère sont peu variées, leur grande beauté sera duc à la convenance. Les portraits des personnages célèbres manquent souvent de cette beauté qui leur est propre, malgré tous les efforts des artistes, parce qu'ils manquent de simplicité et de cette beauté réfléchie qui est la convenance, dont l'absence détruit la noblesse, la distinction. De là ce mot de Zeuxis h un autre peintre : « Tu l'as faite riche, ne pouvant la faire belle. »

Tous les objets, dans la nature, sont variés optiquement. Une simple boule est très-variée par les effets de la lumière, par sa couleur, son poli; et l'éclat, la pureté de sa forme, l'égalité de sa teinte, rendront celle boule très-belle dans son espèce. Dire qu'elle serait plus belle si elle était décorée de couleurs très-différentes entre elles et disposées dans l'or-

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dre le plus diversifié, ce serait avancer une grande erreur.

Quand on dit : ce tableau est trop simple, cela ne signifie pas qu'il déplaise à la vue par le nombre des objets, mais que son sujet ne comporte pas autant de simplicité, ce qui se rapporte au besoin de satisfaire l'intelligence, et non à celui de plaire aux yeux.

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