‹ Philosophie des beaux-arts appliquée a la peintureChapitre 17 sur 73 · IV · texte numérisé non relu

IV

DE l/lSITÊ

L'unité d'un objet consiste dans l'harmonie de ses parties constitutives. Par exemple : en musique, l'ac*

t* roiLOsorniE Des beaux-arts.

oord parfait est composé de trois notes, qui sont : la tonique, la tierce, la dominante; s'il s'agit de l'accord d'tff, elles prendront le nom d'wf, m, sol. Ces trois notes différent par le son, mais elles sont entre elles dans des rapports acoustiques harmonieux, et leur réunion constitue l'accord parfait d'tff. Cet accord est •un, parce qu'il n'y entre aucun élément étranger, et que l'on ne saurait retrancher ou ajouter une autre noie sans corrompre celte harmonie ou l'unité de cet accord.

Quand on dit : Cette chose est une, on applique cette qualité d'unité aux diverses parties dont le tout est composé. Une colonne cannelée est une, même avec sa base et son chapiteau; mais, si la moitié était rouge et l'autre blanche, cela constituerait deux unités, et la beauté eu serait altérée.

Un tout physique est toujours un lorsqu'il renferme toutes ses parties constituantes. Un arbre est un, avec ses branches et ses feuilles; mais, en optique, un tout, môme avec la réunion de ses parties, peut ne pas être un. Car, pour que ce tout soit un, il faut que l'organe de la vue puisse aisément réunir diverses perceptions en une seule.

Nous concevons très-bien comment la partie d'un tout qui affecterait la vue par une sensation violente pourrait former une seconde unité vicieuse, puisque sa trop grande différence forcerait l'œil & ne l'apercevoir que séparément et après coup; il n'y aurait pas

rniLosoroiB des beaux-aiits., m

lieu à un seul jugement, Jk un seul effet sur la vue et sur l'Ame.

Il est si vrai qu'il n'y a ni sensation ni perception déterminée sans l'uuité, que nous ne considérons point les parties d'un tout qui nous apparaîtrait successivement comme la sensation générale d'où découle le jugement que nous portons sur l'ensemble. Les sensations successives qui ne se rapportent point A un tout sont isolées, et sont elles-mêmes unes et diverses entre elles/ comme dans une vue panoramique.

Lorsque nous regardons un objet, l'acte de la vue est un; une partie est principale, on peut même dire centrale, et celles qui l'avoisincut diminuent d'intensité à mesure qu'elles s'éloignent du centre ou de celte partio principale.

L'importance relative que- prennent les objets dans une composition suit des rapports identiques à ceux

des rayons du- cône visuels le rayon le plus fort, lo

plus puissant, est situé au centre, les autres rayons perdent de cette puissance A mesure qu'ils so rapprochent des rayons extrêmes, qui sont les plus faibles des rayons visuels, et celte variété constitue l'unité optique do la vision.

Si les parties d'un tout n'étaient pas soumises & l'unité du tout dont elles Tout partie, elles pourraient former une nouvelle unité, ce qui n'est pas admissible. Donc uno partie intégrante d'un tout qui ton-

US NHLOIONII DES BBÀUX-ÀBTS.

droit à devenir principale détruirait l'unité, et, par conséquent, la beauté.

Ce fuit, que deux électricités semblables se repous- ' sent, est une loi de la nature qui a son application dans les arts, et qui fait comprendre, par analogie, pourquoi deux unités semblables, c'est-à-dire deux points antagonistes, ne peuvent pas former un tout harmonieux.

Donslcllcn, dans ses recherches sur l'imagination, dit : « La véritable source du beau est toujours l'unité; c'est en la négligeant que les beaux- arts dépérissent; ii n'y a pas jusqu'à Tari charmant de la danse qui ne vienne a se perdre lorsqu'on sacrifie l'unité aux détails» v

« J'ajouterai que la critique trop minutieuse des détails, née de l'impuissance de sentir l'ensemble, hfttc la décadence des beaux-arts cl du goftt. L'instinct do In bonne critique et du véritable talent tend bien plus h faire pleinement sentir ce qui est

beau dans renscmblo qu'à faire trop ressortir les détails. C'est riinbitudo de s'appesantir sur les détails aux dépens do l'unité, qui finit par rendre incapable de juger et do sentir l'harmonie, sans laquello il n'y n jamais de beauté.

« La véritable unité, l'harmonie créatrice des beaux* arts, n'habite que dans les profondeurs de l'Ame. Qu'on ne s'y trompe pas, je no parle pas de cette espùco de symétrie, ni do cette unité historique facilo

POILOSOPMB DES BBAUX-ARTS. 1W

à rencontrer aussitôt qu'on veut la chercher, mais do cctto unité d'hprmonlo, do co foyer de sensibilité qui, placé dans le sentiment, dans les idées, n'est jamais accessible qu'au génie. »

L'unité nous Tait voir beaucoup d'objets Taisant partie d'un seul tout; elle résulte d'une liaison dans les parties, telle, que nous ne pouvons regarder l'uno de ces parties comme quelque chose d'entier cl de complot.

L'ordre un peu compliqué parait avoir plus d'attrait que lorsqu'il est trop simple; mais cet attrait agit principalement sur l'imagination; il peut même affaiblir les impressions sur l'esprit et sur le cœur.

Là multitude des parties fatigue et distrait du sujet principal, si elles no sont pas liées entre elles par la régularité qui les dispose de telle façon, qu'elles so rattachent toutes à un centre commun qui les unit : il en est do même d'une trop grande diversité dans les caractères. Par exemple, si Ton veut représenter la joio comme caractère dominant, toutes les expressions, tous les mouvements, en prendront la couleur riante; et, si les airs do tôto ou les altitudes offrent des contrastes ou des oppositions, co sera sans altérer le fond qui leur est commun t voilà l'unité d'action ou de caractère.

1M l'UltOSOMIK DEI DBAUX-AHT8.

PK l\ VAlUftTÉ DANS l/lUMTÊ

U variété no doit pas être confonduo avco In di? orsite. fa diversité so rapporte ou nombre des objets, et non & leur différence; la cause du plaisir qu'ils peuvent nous procurer glt bien plus dons leur variété que dans leur diversité, l/uniformité naît d'un contraste ou d'wio oppoRition conslnnto; de mémo l'extrême diversité produit la monotonie

Le tout le plus varié dans l'unité n'est pas la plus hello chose possible, si la convenance ne prescrit pas cette gronde diversité; et la variété no pout étro considère o connue élément du beau qu'autant qu'elle est elle-même constitutive de l'unité.

Un tout est donc monolouo lorsqu'il manque d'unité et qu'il présente & l'esprit plusieurs pensées principales, égales en intérêt ou égales en effet. Un tout doit présenter une cliose principale, & laquelle les autres soiont subordonnées, et qui les domino tout on concordant avec elles.

Bonslclteii dit : « C'est par l'harmonie que nous sommes sensibles aux charmes de la variété, qui» dans les beaux-arts, ne sont jamais sentis quo par

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l'accord de toutes les parties. Comment, dons la musique, mlllo sons arriveraient-ils & la fois à l'Ame, si ce n'était par l'harmonie qui sait les réunir? »

Un arbre, éclairé par les rayons d'un soleil couchant, sera plus varié optiquement quo s'il était éclairé par un temps gris. Les tons dorés do l'horizon, les reflots d'azur du ciel, les reflets mixtes et combinés do cos effets, la variété produite dans les masses par uno lumiéro glissauto, toutes ces causes font naître des variétés remarquables sur cot arbre 9 qui cependant est un, de même que le ciel est un, les lorrains sont un; et ces variétés réunies forment l'ensemble ou l'unité de représentation ou de composition.

Les huit colonnes d'un péristyle vu de (Vont sont les parties Intégrantes d'un tout, dont elles sont lo multiplo; elles n'en composent pas la variété proprement dito, puisqu'elles sont semblables les unes aux autres; mais, bien quo les cannelures d!une colonne soient parallèles cnlro elles, la perspective, en diminuant leur largeur apparente, met do lo variété dans l'ensemblo de cette colonne

Une muraillo do brique est une; cependant, si le soleil en éclaire uno parlio et quo lo ciel azuré teigne de bleu les parties qui sont dans l'ombre; de plus, si des reflets accidentels se répandent sur quelques points do celto muraillo, la couleur en sera variée. Ces variétés seront le multiple de l'unité rougefttro

13* PUlLOSOmiB DBS bbaux-arts.

des briques, car ces teintes laisseront subsister l'idée du ton local» et la perspective en augmentera la variété optique.

Les choses accidentelles apportent, dans l'unité de la forme des objets, du superflu ou des modifications partielles, sans cependant empêcher que la chose soit une et caractéristique. Ainsi une boule percée & jour, un vase décoré de bas-reliefs,. seront un dans leurs formes, malgré les ornements dont ils pourraient être enrichis.

On peut conclure que, plus un sujet multiple est susceptible d'unité, plus il peut être beau. C'est ainsi que la lumière nous plait davantage par son unité que par sa variété et ses modifications.

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