‹ Philosophie des beaux-arts appliquée a la peintureChapitre 21 sur 73 · PAR LB OE1TB OU L'ATTITUDB · texte numérisé non relu

PAR LB OE1TB OU L'ATTITUDB

Le geste sert & exprimer, par l'action du corps et de ses parties, la passion dont le personnage est animé; par conséquent, le caractère qui lui est propre.

La vérité du geste se rapporte à la naïveté, à la clarté, à l'opposition; sa beauté dépend de la convenance et de la disposition optique des parties, deux conditions qui ont pour principe l'unité.

L'art du geste est très-ancien. Quintilicn dit t « Les règles du geste sont nées dans les temps héroïques : elles ont été approuvées des plus grands hommes do la Grèce, et de Socrate lui-même; Platon les a mises au rang des qualités ou des vertus utiles, et Chrysippe ne les a pas oubliées dans son livre sur l'éducation des enfants. »

Chez les Grecs, l'excellence du geste était le résultat

de règles sages, respectées, que la philosophie avait déterminées, et que notfa admirons même dans les œuvres d'un ordre inférieur.

Le geste, considéré comme moyen d'exprimer les passions, est le plus puissant de tous > rien ne saurait remplacer cette force émouvante du geste, qui atteint de loin* La tête est si petite relativement à • l'ensemble d'une figure, qu'on doit reconnaître cornbien l'attitude générale se présente aux yeux d'une manière plus frappante que les traits du visage; aussi l'expression de l'attitude est-elle principalement recherchée dans une œuvre d'art.

Le nu étant le plus puissant moyen de rendre le caractère et de mettre en évidence les lignes caractéristiques et correspondantes qui déterminent l'unité de l'expression, les draperies ou les vêtements ne doivent pas en cacher les extrémités, ni même les articulations : on doit voir le corps sous l'étoffe.

Un personnage dessiné ou modelé en terre, dont la tête ne sera qu'indiquée, peut prendre une signification très-forte de l'action que l'on veut représenter, tandis qu'une tête seule n'exprimera cette idée* qu'à la condition d'être exécutée avec un art porté au plus haut degré de perfection.

S'il est vrai que le visage soit la partie qui représente le mieux les passions, il arrive souvent que cette partie est le plus faible moyen de les exprimer; les grâces de l'ensemble nous impressionnent plus

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vivement que les grâces de détail, et le mouvement général d'un individu a toujours une expression sans équivoque.

N'est-ce pas par le maintien, par la démarche que/ selon Virgile, Énée reconnut Vénus sur les rives de Carthage?

Ce n'est pas toujours la manière dont certains individus manisfestent leurs passions que Ton doit imiter, mais le caractère général de la passion, c'est-àdire l'expression extérieure propre et distincte de chaque passion. On n'étudie les gestes individuels que lorsqu'il s'agit de donner aux mouvements le naturel, le caractère physique particulier au tempérament du personnage représenté.

Les gestes qui dépendent de l'éducation n'ont de valeur précise que parmi certaines classes de la société ou chez certaines nations : ce n'est pas le but de l'art de les reproduire. Les gens de goût reconnaissent tous que la politesse, cette qualité si aimable, est insupportable dans les arts d'imitation.

Souvent les artistes ont emprunté au théâtre l'expression des gestes des acteurs, sans se mettre en garde contre l'exagération particulière au comédien, qui veut Taire comprendre et sentir vivement les idées du pocte. Les gestes sont des interprètes qui s'adressent à la vue, eu même temps que l'oreille est frappée par l'organe de la voix; or, le geste doublant la force de l'épi thé te, l'acteur, à cause de sa distance du spec-

tateur, l'exagère pour qu'il ne perde pas de sa puissaoee; et les affections de l'âme, que le peintre est tenn de représenter, ne sauraient être rendues par les mêmes effets.

Les gestes, dans la comédie, ne se rapprochent pas autant de la peinture que les gestes dans la tragédie; aussi cette dernière est-elle plus difficile à jouer. Il faut de la noblesse» de l'héroïsme sans enflure, de l'unité dans les mouvements, qualités difficiles à acquérir sans l'aide de la connaissance du beau. Dans la comédie, on parle, on gesticule selon les mœurs modernes; la tragédie, au contraire, veut des signes généraux très-supérieurs aux signes individuels ou nationaux.

Les peintres doivent s'attacher aux gestes spontanés, naturels, qui expriment les sentiments, et non Timage des choses; ils doivent représenter la naïveté, la grâce, les attitudes, les actions qui élèvent l'âme, et rappeler sans cesse la dignité de l'homme.

L'antiquité avait les mêmes écueils à éviter; les peintres et les sculpteurs habiles surent s'en garantir. Horace dit à ce sujet : « Vos excmplaria grœca noctnrnâ versatc manu, vénale diurnû. » Étudiez les modèles grecs; consultez-les la nuit, le jour. C'est là que sont posées les explications des règles, les résultats de la sagesse et du goût, les vrais types enfin, dont l'aliment doit nourrir le génie. Et si Ton compare le plus grand nombre des bas-reliefs antiques aux bas-reliefs du

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Parthénon, on est frappé do la naïveté, de la simplicité des actions et des intentions de ceux-ci et de la force de leur signification merveilleuse.

Le principe de l'unité est le grand moyen des beaux-arts. Si l'expression est une, elle sera plus forte, plus sensible; toutes les parties de la figure concourront au même but, et Ton rejettera les mouvements partiels qui pourraient détruire ou affaiblir l'expression dominante. Prenons pour exemple le Laocoon ; toutes les parties agissent cTun commun accord, elles tendent vers le même but, sans en excepter le mouvement des doigts du pied qui expriment une violente douleur. Il résulte de cet accord une force toute-puissante, semblable à celle d'un faisceau dont la consistance est due à l'unité produite par toutes ses parties.

L'opposition dans les gestes, lorsqu'elle fait valoir l'expression principale et qu'elle se rattache à des effets naturels, contribue souvent à donner plus de signification, de puissance, à l'expression du mouvement. Par exemple, un homme assis vient de tourner la tête pour appeler quelqu'un de la main : l'extrémité inférieure conserve encore l'état tranquille et un reste de la situation qui a précédé, et cette opposition fait paraître très-vive, très-animée, la partie qui vient d'être mise, en action pour appeler : c'est ce que l'on nomme un demi-chemin d'action.

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Toutefois l'opposition ou le contraste dans les gestes doit toujours être subordonné à l'unité de l'expression dominante, et se rattacher aux lois de l'unité dans les lignes.

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