‹ Philosophie des beaux-arts appliquée a la peintureChapitre 23 sur 73 · DU CARACTÈRE PHY8IQUE DE L'HOMME · texte numérisé non relu

DU CARACTÈRE PHY8IQUE DE L'HOMME

Pour que l'art du dessin puisse tirer parti de là science analomique et fixer la théorie des facultés physiques de l'homme, il doit envisager l'espèce sous le rapport des différences de conformation et sous celui des comparaisons physiologiques.

L'institution des Jeux Olympiques chez les Grecs amena l'usage des statues iconiques, c'est-à-dire la statue-portrait du vainqueur, et cet usage donna lieu

. PHILOSOPHIE DBS MAUX-ARTS, lit

a des classifications dont nous ne pouvons aujourd'hui . concevoir l'idée.

« La nécessité d'exécuter des figures parfaitement ressemblantes i des modèles vivants, dit Ëmeric David,* tout en enseignant i imiter la nature avec précision, conduisit les Grecs à faire une juste théorie de la beauté. Ces vigoureux athlètes, dont ils devaient transmettre, l'image aux siècles futurs, se trouvèrent réunis dans les ateliers : la comparaison se fit d'ellemême. Un coureur fut mis a coté d'un coureur, un lutteur à côté d'un lutteur.

« Les victoires remportées par chacun de ces athlètes indiquaient la convenance de leurs formes avec le genre d'exercice qu'ils avaient choisi. On remarqua des différences entre des hommes de caractères différents, et même entre des hommes du même caractère. Pourquoi ce nouvel Achille a-t-îl remporté trois fois le prix de la courseT Voyez ses pieds, ses hanches serrées, l'élasticité de sa cuisse et la noble étendue de sa poitrine. Pourquoi celui-ci ne fut-il couronné qu'une fois! Considérez le premier: considérez le second : la est la beauté parfaite ; ici sont les imperfections. »

Les exercices auxquels se rapportaient les facultés caraciéiisiiquesdu corps de l'homme étaient la course ou lo saut, le disque, le javelot, la lutte, le pugilat, exercices qui nécessitent l'ensemble des combinaisons mécaniques dont lo corps humain est susceptible.

m PUILOSOI'IIIR DBS BRAUX-AUTS.

La course ou lo saut exige une conformation, uno proportion excellentes dans les jambes, les cuisses, les pieds, la poitrine; l'élasticité el la force musculaire ' de presque tout le système.

Le disque ou lo palet, consistant dans l'art de lancer un corps pesant, exige la force des bras et do tout lo corps.

L'exercice du javelot demande la forco des bras, l'élasticité et la dextérité.

La lutte exige une grande solidité dans les parties inférieures, l'énergie des muscles du corps, et la plus grande vigueur dans les bras et les reins.

Dans le pugilat, il faut à la fois la force do résistance pour recevoir les chocs, et la force d'impulsion pour les produire ; l'agilité, la souplesse, pour les diriger ou les éluder.

On voit, d'après ces classifications, que ces diverses facultés physiques sont des conséquences ou des conditions intégrantes de ces exercices principaux, et qu'ils comportent aussi des diversités selon les figes et les tempéraments.

L'élude des variétés d'un même caractère était plus facile à observer chez les anciens que de nos jours. On aurait dit d'un lutteur : il veut courir, mais il est peu propre & cet exercice par le défaut d'unité dans lo caractère exigé pour la course; cl Ton eût tenu le même raisonnement pour chacun des exercices dont nous venons do parler.

HILOSONHE DU il BAUX -ARTS. IIS ■

Lo caraolère physique do h femmo n'offre 'pas dos variétés aussi appareilles quo celui de l'homme, Los principales différences qui existent, après celles do l'attitude, des attributs, du costume, sont colles qui proviennent do l'Age, do l'ampleur ou do la puissance physique manifestée par les proportions et la naluro des chairs. Aussi, pour reconnaître ces variétés délicates et prcHquo fugitives, faut-il posséder une grande llnessc d'obsorvutiou et do sentiment.

Les physiologistes distingont, chez la femmo, l'âgo de treize a sclio ans, do seize a vingt ans, de vingt a vingt cinq ans.

Les jeunes filles do treize à seize ans n'offront encore quo peu do développement : lo soin ne fuit quo commencer & naître, la tète est encore un peu forte, les membres ont une délicalesso qui ressemble à de la maigreur, et la nature ne fait que promettre des charmes qui vont bientôt éclore. Tout est chaste dans ces formes délicates, dans ces contours vifs et légers, si bien faits pour Inspirer l'intérêt et le respect.

Dans l'intervalle de seize a vingt ans, les membres s'embellissent par un embonpoint ferme et délicat; toutes les parties sont animées par uno vie et une consistance nouvelles. La délicatesse et l'élasticité dos chairs, la beauté do la chevelure, ta grke et l'expression dos jeux, viennent pou & peu parer le corps des attributs do In beauté; les extrémités prennent du

m PUIL0S0PU1K DBS BEAUX-AHT8,

caractère; les contours de la bouche sont plus déterminés, le col est plus arrondi, les hanches sont plus développées; le ventre s'embellit sans prendre plus de volume; tout l'épi derme est plus diaphane, plus nourri.

De plus, il faut observer les différences physiques des caractères, les variétés que produisent des formes amples ou sveltes, la nature et l'espèce des chairs, etc.

« Les petits enfants doivent être potelés, dit Quintilien ; si le corps n'est pas chargé de graisse dans l'enfance, il ne saurait être bien fait dans l'âge viril. » Toutefois, si on le représente tel, il faut que son action, * son air, ses manières, soient celles d'un tout jeune enfant, et surtout que les proportions soient conformes à la nature, qui varie promplement les rapports à celte première époque.

Ce qui charme le plus chez les enfants, c'est leur âme exemple d'artifice, leur confiance, leur ingénuité, leurs vifs désirs et cette sécurité qui est rarement l'apanage des hommes.

Le caractère des adolescents est intimement lié à celui de la beauté des formes du corps. Le passage de l'état d'enfance à celui d'homme participe des deux et se manifesle par l'emploi de moyens analogues à ceux de la nature.

L'image de la vieillesse est comme un voile à travers lequel l'homme jeune parait encore : a Si la têle

d'un vieillard conserve un caractère noble; sHa physionomie annonce la bonté, la sagesse; si les rides paraissent s'être formées sans violence, par l'effet seul de quelques déperditions indispensables, et qu'elles n'offrent point de sillons formés par l'habitude des passions blâmables ; si la tête dégarnie, la barbe et les cheveux blanchis, ne font pas naître l'idée d'une dé* gradation et d'un dépérissement prématuré; si, au contraire, ces signes de vieillesse réveillent ridée d'une expérience que l'on n'acquiert que par le cours des ans; si l'animation des yeux annonce une vigueur de rame qui résiste à la loi du temps par la sagesse et la modération; si la bouche, le sourire, représentent le calme parfait d'une Ame sans remords et sans crainte, la vieillesse a droit encore à prétendre au tîlre de beauté. »

DE l/URITÊ DAIM LE CARACTÈRE DBS FORMES DU CORPS

nuMAiii

♦ La beauté des formes du corps humain dépend de l'unité dans le caractère représenté.. Le spectateur en ressent une émotion forte, durable, qui le maîtrise *en

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quelque sorte, car l'unité fait sur notre esprit et nos sens une impression que nous ne pouvons plus oublier; clic nous Tait goûter des beautés rétablies dans leur essence, bien supérieures à la nature elle-même. Les individus employés comme modèles par les artistes ont leur type particulier, lequel doit être rendu dominant, en rétablissant l'ordre , l'harmonie, dans toutes les parties constituantes de l'ensemble. Un jeune homme, par exemple, devra être un et déterminé dans son espèce: il sera sveltc, délicat ou énergique, etc., et, si le modèle n'a pas beaucoup de caractère, on devra rétablir ou fortifier l'unité de ce

caractère.

Choisissons la force physique dans l'homme comme objet de notre imitation. La nature, consultée sur différents modèles, ne présentera que des caractères plus ou moins incertains, plus ou moins incomplets s elle fera voir de la graisse au lieu de muscles; de l'engorgement pour des principes de vigueur; de la sécheresse, de la dureté, pour do l'élasticité; de la pesanteur, enfin, pour de la solidité; et, sans le secours de la philosophie de l'art, on ne saurait arriver à cette unité qui est la fin qu'on se propose. Supposons même que lo modèle offre jusqu'à un certain point le caractère de la force : combien de parties ne faudra-t-il pas accorder avec l'ensemble pour lui donner ce caractère essentiel, pour le compléter, le rétablir dans son unité primitive?

PHILOSOPHIE DBS BIAUX-AKTS. 177

Nous sommes tellement impressionnés par le caractère des formes, qu'il supplée, en quelque sorte, à l'expression de l'action, tandis que l'action ne supplée pas au caractère. Un homme armé d'une massue, cou*, rcrt d'une peau de lion et dans l'action de frapper, n'est pas toujours un Hercule, quoiqu'il terrasse un monstre. Une figure qui n'aurait pas de caractère dé* terminé ne serait qu'un portrait plus ou moins exact d'un objet incomplet; elle ne serait, estéthiquement parlant, ni naturelle, ni vraie, par ce défaut d'unité.

L'imagination nous fait voir en idée la figure que nous voulons exécuter; puis, ayant choisi le modèle qui rentre le mieux dans le caractère voulu par le sujet, nous devons fortifier ce caractère par l'application des lois de l'unité.

Pour exprimer clairement les intentions de* la nature, on doit reconnaître et saisir la beauté dans son essence, son intégrité; or il n'est donné qu'au savant artiste d'apercevoir les nuances et de pouvoir les reproduire.

La contemplation de la nature nous apprend seule à la connaître. Ce n'est qu'en voyant beaucoup que l'on compare beaucoup et que l'on apprend à choisir, à classer. 11 est évident que, pour connaître la beauté générale de la nature, il faut savoir distinguer les caractères et rétablir l'unité, là où elle est décomposée, divisée, affaiblie.

N'est-ce pas celte préoccupation constante des lois

do l'unité qui conduisit lo génio dos peintre» et dos sculpteurs de la Grèce jusqu'à lo contemplation su* blime de leurs dieux? Toutes les variétés distinctes do In naturo furent reconnues, analysées, classées rigoureusement dans leurs écoles. Nous savons qu'ils interrogeaient non-seulement les naturalistes, les médecins, les physiologistes, pour fixer les préceptes relatifs & la peinture et & la sculpture, mais encore les prêtres, les philosophes, les portes; en sorte que co fut dans les savantes écoles do la Grèce que furent créées et consacrées ces lois destinées & former le cœur, à plaire & l'esprit, & servir la religion, les mœurs et la patrie*

La variété infinie qui existe sur les individus no prouve rien contre l'unité de la marche et du système de la nature. « Tout concourt & la mémo fin, dit Dossuet, et c'est faute d'entendre le tout que nous trou* vons du hasard ou de l'irrégularité dans les rencontres particulières. »

La figure humaine, scion Diderot, est un système trop bien composé pour que les suites d'une inconséquence, insensible dans son principe, ne rejettent pas la production de l'art à plus de mille lieues do l'œuvre de la nature. « Voyez celte femme qui a perdu les yeux dans sa jeunesse; l'accroissement successif de l'orbe n'a plus distendu ses paupières, elles sont rentrées dans la cavité que l'absence de l'organe a creusée, elles se sont rapetissées; celles du haut ont

PIllLOsOriHI DU IIAUX-ARTI. m

entraîné loi sourcils, celle* du boiont ftlt wmonlor légèrement Ici joues, La lèvre supérieure s'est ressentle do co mouvement, ollo s'est relovée. L'altéra tion a a ITectcJ toutes les parties du visage, selon qu'elles étalent plus voisines ou plus éloignées du Hou principal do l'occident. Mois croyez-vous quo la difficulté so soit renfef méu dans l'ovule? Croyez-vous quo le cou en ait été tout à fait garanti T et les épaules? et la gorge? Oui, bien pour vos yeux et les miens t mais appelez la nature, présentez-lui co cou, ces épaules, colle gorge, et la naluro dira : Cela, c'est le, cou, les épaules, la gorgo d'uno femme qui a perdu les yeux dans sa jeunesse. Tournez vos regards sur cet homme dont le dos et la poitrine ont pris une forme convexe : tandis que les cartilages du cou s'allongeaient, les vertèbres postérieures s'affaissaient; la télo s'est renversée, les mains so sont redressées a l'articulation du poignet, les coudes so sont portés en arriére ; tous les membres ont cherché le centre de gravité commun qui convenait lo mieux a co syslémo hétéroclite ; lo visage a pris un air do contrainte cl do peine. Couvrez celle figure, n'en montrez quo les pieds a la nature, cl la naluro dira sanB hésiter : Ces pieds sont coux d'un bossu. »

L'enchaînement qui lie tous les organes établit une

telle correspondance entre les points qui constituent

la lîgurc humaine, quo les altérations doivent socom-

, muniquer a tous ces infimes points t mais le degré do

pénétration dans ces secrets est intransmissible, et.

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si Ton pense à la perspicacité dont les anciens ont fait preuve, on croit volontiers ce que Ton raconte de Phidias, qui n'eut besoin que de voir la griffe d'un lion pour en déterminer les proportions et le caractère. De nos jours, M. Cuvier n'a-t-il pas étonné le monde savant par la reconstruction d'animaux antédiluviens dont il ne possédait que des fragments? Ces études analytiques sur la nature ne font-elles pas faire un pas de plus vers la perfection? ne constituent-elles pas la vraie méthode qui doit conduire l'art à son but? En considérant l'individu sous le rapport du mécanisme et de l'unité optique, on rendra dominant ce qui doit être dominant, on modifiera ce qui est trop apparent, on soutiendra ce qui est trop appauvri. Enfin, on rétablira l'ordre et l'harmonie des parties constituantes du tout : ce qui s'entend des os, des muscles, des chairs, des mouvements et de tout l'ensemble. Voilà comment, en faisant plus beau, on fera en même temps plus vrai.

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