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Les moyens d'expression dont la peinture dispose consistent dans les lignes du dessin et leur situation; dans les masses d'ombre et de lumière; dans le coloris.
La composition est Fart de combiner ces éléments divers, en les appliquant à la représentation d'un sujet pris dans la nature, l'histoire ou la poésie.
A l'aide de ces moyens, une composition doit, par sa beauté, charmer notre esprit, toucher notre cœur et plaire à nos yeux; elle peut être éloquente, énergique, délicate, pleine de puissance ou de suavité, selon les différentes combinaisons que Ton peut en faire.
Pour intéresser le spectateur et embellir tin sujet, il faut connaître tous les éléments de l'art et toutes les ressources dont il dispose.
PD1L0S0PHIE DBS BEAUX-ARTS. 185 .
Lorsque l'ëspritse prépare à composer, il commence par ée mettre dans un état de méditation, afin de reconnaître la valeur de l'idée subitement acquise. Cette action de l'esprit est le contraire de la dissipation qui le dérobe à lui-même, et de la rêverie qui le laisse aller au hasard sur mille objets, dont aucun ne l'arrête.
La méditation donne à l'esprit une fécondité, une puissance surprenante, d'où découle l'inspiration : elle est le plus grand secret de l'art, le plus grand moyen du génie.
Ce que tout le monde aperçoit d'un coup d'œil dans la nature n'a rien de piquant pour l'imagination; le charme de celle-ci consiste à nous frapper de mille traits, qui nous avaient échappé. Or l'attention développe l'esprit d'observation, elle donne de la force à la méditation et différencie le regard pénétrant de l'artiste du regard indécis, confus, de la multitude. '
Nous savons que, lorsque Raphaël voulait composer un tableau, son premier soin était de penser à l'expression générale du sujet; puis, quelles étaient les passions qui devaient animer les personnages, et le degré de ces passions, selon les individus qu'il mettait en scène; en quel nombre, à quelle distance il fallait les placer de l'objet principal, afin de le rendre dominant; et, au moyen de cette analyse, il concevait toute l'étendue de sa composition.
Quelque grand que fût le tableau, Raphaël savait
prévoir combien la figure principale, ou l'expression du groupe dominant, devait remporter sur les autres; si l'action se bornait au moment actuel, ou si elle devait s'étendre au delà; quelle était l'expression la plus convenable au sujet; il choisissait ce qui était le plus nécessaire à l'effet général, pour lui donner la plus grande force de vérité et d'expression. Ensuite les idées secondaires venaient se placer selon leur importance relative; de cette manière ses compositions, sans manquer d'aucune partie essentielle, n'en présentent aucune d'inutile.
Lorsqu'il examinait chaque figure en particulier, il réfléchissait sur ce qui devait se passer dans l'âme du personnage^ et quelle partie du corps devait être mise en action pour l'exprimer. Enfin le caractère de ses cartons, de ses esquisses, sont un témoignage certain de la méditation profonde dans laquelle il se renfermait^ et l'on peut affirmer que le résultat de ses sublimes conceptions est dû essentiellement à sa profonde connaissance do la philosophie de l'art.
Les intervalles de repos passés sans produire oni été utiles aux plus grands génies, lorsqu'ils ont été employés à méditer, à éclairer leurs théories, leurs projets. Ces loisirs, comme le dit Hauchëcorne dans sa Vie de Michel-Ange, « sont autant de pauses du génie, qui, loin de retarder l'art, lui font faire les plus grand progrès. Le désir du travail enflamme l'imagination de l'artiste et lui fait concevoir les
plus sublimes projets: il revient sur tout ce qu'il a Tait, il compare tes forces, et dresse le plan de tout ce qu'il a désormais à faire. Ses idées se généralisent, il contemple les arts dans leur ensemble, et voit plus dans un seul coup d'oeil qu'il ne l'eût fait dans dix ans d'expérience et de pratique. »
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