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III

DE LA VÉRITÉ DE nEFBÉSEWTATION

L'imitation de la nature, pour être parfaite, doit avoir le mérite de l'exactitude et de la facilité : l'une

règle l'imitation, l'autre l'anime. Quand l'artiste a

choisi son sujet, et qu'il est nettement tracé dans son

esprit, l'exactitude du pinceau n'est plus qu'une espèce de mécanisme; tout est presque fini pour l'exactitude si le tableau idéal a été fortement conçu.

Il n'en est pas de même de la liberté, qui est d'au-, tant plus difficile à atteindre qu'elle parait opposée à l'exactitude; souvent l'une n'excelle qu'aux dépens de l'autre : il semble que la nature se soit réservé de les concilier. Elle est toujours naïve, elle marche sans élude, sans réflexion, parce quelle est libre. % '

La peinture, au contraire, étant liée à un modèle, porte presque toujours les marques de la servitude. Cette liberté, que l'on remarque dans les ébauchés, leur prête des charmes que ne possèdent pas toujours les tableaux terminés. L'imagination, étant renfermée dans les limites que lui assigne le peintre, n'a plus le champ libre pour interpréter, selon sa fantaisie ou son caprice, les objets qui ne formulent pas une pensée finie.

Toutefois, malgré le sujet, et quelque vrai que soit le tableau, la bordure seule le trahit. Aussi l'esprit est-il plus satisfait des ouvrages d'art qui lui représentent le beau idéal qu'il ne l'est de la nature ellemême, qui a toujours quelque chose d'incomplet dans ses parties.

Une composition peut-être belle «en elle-même par la manière dont elle est représentée, et n'être pas belle par rapport h l'art, qui doit réunir la beauté optique à la beauté intellectuelle. Mais, comme l'illu-

sion optique n'est pas le but de l'art, qu'elle n'est qu'un moyen, la satisfaction morale sera toujours la source des vraies jouissances du cœur et de l'esprit.

S'il en était autrement, un panorama rencontrerait plus d'admirateurs qu'un tableau de Raphaël ou de Poussin ; on ferait plus de cas des représentations stéréoscopiques que des peintures du Corrége ou du Titien.

Les artistes d'un grand génie, tant anciens que modernes, se sont tous réunis dans le point essentiel, qui consiste à représenter la belle nature. Les uns l'ont fait avec force, les autres avec grâce, quelquesuns ont su réunir la force à la grâce, et tous ont représenté des choses parfaites en elles-mêmes. Cette perfection a toujours consisté dans l'unité, la variété, l'excellence, la proportion , la symétrie des parties, formant un tout harmonieux conforme ù la nature.

On peut conclure de ce qui précède que la nature, telle qu'elle est représentée dans les arts, renferme toutes les qualités qui constituent la beauté, c'est-àdire, la beauté optique et la beauté morale. Elle doit flatter notre esprit en nous offrant des objets parfaits en eux-mêmes, qui étendent et perfectionnent nos idées; et toucher notre cœur, en nous montrant dans ces mêmes objets des intérêts qui nous soient chers et qui tienn ent à nos 'sentiments les plus élevés.

DE L'tiNITft ET DR LA SIMPLICITE DAMS LA COMPOSITION

Le sujet d'une composition est un dans son caractère, lorsqu'il réunit tout ce qui peut le constituer, et no renferme rien qui lui soit étranger ou super*» flu. Si Ton trouve deux ou trois tableaux dans une composition, il en résulte un désordre, une confusion qui choque les moins exigeants.

L'absence dos lois de l'unité donne aux compositions un caractère mixte qui, sans être évidemment choquant, corrompt néanmoins l'expression du tableau. Si nous voulions citer des exemples, rious trouverions que ce défaut existe même dans plusieurs œuvres des maîtres.

Toute action secondaire qui tend à devenir principale, par l'effet, par la couleur ou l'importance des figures, sera réduite ix sn juste valeur pour qu'il y ait unité. Il en est de même du caractère ou du mode du sujet, qui doit être un et déterminé, do façon que toutes ses parties concourent h une mémo fin et forment, par leur relation, un tout simple, unique : c'est

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la loi de tous les obsenrateurs, tant anciens que modernes.

Il faut qu'un tableau excite une seule idée générale, dominante, déterminée. On reconnaît qu'il y a unité dans une composition quand les objets sont convenables au sujet et qu'ils s'accordent entre eux pour en fortifier l'expression.

L'unité et la variété produisent la symétrie et la proportion, ce qui établit Tordre dans lest rapports des parties entre elles. La symétrie partage, pour ainsi dire, le sujet en trois parties : elle placo au milieu les parties uniques» dominantes; à côté, celles qui sont répétées ou secondaires; la troisième sert & les faire valoir réciproquement. Cet ordre formo une sorte d'équilibre qui donne do la liberté, de la grâce à la composition : c'est un des principaux moyens de séduire l'Ame du spoctateur.

La proportion entre dans le détail des parties, qu'elle compare entre elles et avec l'ensemble ; elle présente, sous un mémo point de vue, l'unité, la variété et l'harmonie de ces deux qualités. Telle est la loi du goût par rapporta la mise en scène du sujet.

L'unité d'imitation est aussi très-essentielle & observer. Si les sculptures coloriées semblent offrir une imitation plus complète de la nature, ces imitations, toutefois, plaisent moins que des tableaux. Une gravure enluminée n'est plus une gravure ; des peintures avec bossages ou avec dorures ne sont plus de la pein-

tOC riIlLOSOPMB DBS BBAUX-ARTS.

turei et, si les nnclcns ont employé les métaux précieux et les pierres fines dans leurs figures sculptées, on doit l'attribuer à des idées do vénération. Ces suporfétations ont été abandonnées par la saine raison.

La simplicité et l'unité ont une grande analogie, lin sujet simple peut manquer d'unité, et un sujet InVcomplexo être réduit à l'unité, et, par conséquent, 6 la simplicité.

La simplicité est considérée sous le rapport de la facilité qu'elle donne pour la perception de l'ensemble et des détails, et sous celui do la convenance ou du mode de la composition.

Tous les peintres avant Raphaël ont fait simple, parce qu'il est naturel de fairo simple; dans le cas mémo où l'on voudrait étaler les splondcurs do la peinture, le bon sens fait reconnaître quo la simplicité est son plus bel ornement. En effet, lo cnlmo, la pureté qui en découlent donnent & la nature un puis* sont attrait, et les meilleures productions do l'art sont presque toujours les plus simples.

Si la simplicité est le degré le plus élevé de la perfection, il no s'ensuit pas quo les ouvrages simples soient tous beaux ou parfaits; mois, commo la simplicité met en relief les beautés et les défauts» un sujet simplement énoncé exige une exécution parfaite.

Le style simple suppose une grande âme dans celui

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qui le pdtsède, et un grand goût dans celui qui l'applaudit.

DU ftOMSRI DIS FMSOMAQBS BT DU tNSODKI

La convenance indique le nombre des personnages quo Ton peut introduire dans une composition, cor un sssombloge considérable d'acteurs étonno plus l'esprit qu'il no charmo le cœur.

Si les rapports d'un grand nombre do ligures habilement combinées éveillent notro curiosité ou provoquent notre étonncinont, il est pou probable que cotte grand o variété ait le pouvoir do nous charmer et do nous procurer un vif plaisir.

L'Ame aime le recueillement ; elle no jouit de la plénitude do sa forco quo dans lo silence, dans la concentration do la ponséo. Pour la fixer et la séduire, il faut qu'ollo puisso goûter principalement un objet sur Icquol l'intérêt soit concentré; qu'elle lo compare h d'autres objets moins Intéressants, et qui appartiennent néanmoins au caractère général et & l'unité du sujet, « Les anciens, dit Winkclmann, avaient adopté une règle principale dont ils ne se départaient guère : c'est l'économie des figures. Il parait, par plusieurs monuments antiques, que lés lois

«os rnuosopiiiB des beaux-arts.

du théâtre, introduites par Sophocle, de ne jamais faire paraître sur la scène plus do trois personnages, avaient été aussi adoptées par les artistes. Nous trouvons môme que les anciens s'attachaient le plus souveht & rendre toute une action par une seule figure. »

C'est la, en effet, recueil des artistes qui n'ont jamais été aux prises avec les véritables difficultés; et c'est là, en un mot, que l'art se montre grand et sublime.

Le Poussin choisissait rarement des sujets dont l'intérêt dût provenir de l'excellence d'une seule figure. Ses sujets intéressent par la relation des figures entre elles; et, commo il possédait h un très-haut degré l'art de combiner des rapports séduisants, et d'exprimer lo caractère moral des personnages, ses

imitateurs sont généralement restés à une grande distance du maître.

Les peintres qui firent la Renaissance envisageaient l'art simplement; ils l'ont porté à une hauteur infinie, et les tableaux de Raphaël qui nous charment le plus sont évidemment ceux dont la composition est réduite à un petit nombre do figures.

Il est certain que celui qui, à la science de l'anatomic, de lu perspective, du coloris et de la beauté optique, joint l'art d'exprimer les passions par les gestes et la physionomie, peut produire des chefsd'œuvre avec une ou deux figures.

Lc& épisodes sont des moyens que Ton emploie dans les grandes compositions pour caractériser la vérité d'un fait ou en accroître l'intérêt. Ces incidents se manifestent par analogie ou par contraste; ils doivent être considérés comme des moyens de fortifier l'unité et non do la corrompre. En sorte qu'un épisode est défectueux, s'il est d'un caractère contraire au sujet; et si, par son effet optique, il constitue une seconde unité.

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