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DE LA DISPOSITION DU SUJET

La disposition du sujet, par rapport aux distances respectives des masses ou des lignes des objets, sont soumises aux lois de la pondération ou de l'unité.

Si une ligne est située fort loin du centre d'un tout, elle offrira une seconde unité, à moins qu'une autre ligne ne vienne la relier a ce centre. S'il en était autrement, il n'y aurait pas de variété, pas d'unité dans les lignes du tableau.

Quand un côté de la composition est chargé d'objets, l'autre côté ne doit pas être nu : or, si Ton dispose quelques objets du côté qui est nu, on rétablira l'unité dans les écartements; de là résultera l'équilibre et la beauté de disposition.

Dans une figure seule, si la masse est verticale, c'est-à-dire, si le personnage est debout et que le bras soit étendu en avant, il n'y aura pas d'unité dans l'en-, semble de la figure, parce que le bras formera une seconde unité horizontale.

Pour rétablir l'harmonie, il faudra changer la ligne verticale du corps en une ligne oblique qui s'équili-

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brera arec le mouvement du bras tel que nous le représente la statue du Gladiateur.

Placer les bras à égale distance du corps, et perpendiculairement, serait d'un mauvais choix, ainsi que de disposer des figures & égale distance les unes des autres : cette uniformité produirait la monotonie*

L'étude de l'antique nous offre encore les meilleurs exemples que l'on puisse se proposer, au point de vue de l'unité dans les mouvements et les caractères. On ne saurait trop méditer ces beautés caractéristiques; n'oublions pas, toutefois, que la sculpture et la peinture diffèrent dans les données esthétiques, et que les limites qui les séparent doivent être respectées*

Le système des contrastes peut facilement conduire à la destruction de l'harmonie ou de l'unité. Si la ligne dominante du tableau est verticale, comme dans un portrait en pied, il ne faut pas introduire des fonds qui puissent former uno ligne horizontale dominante, ni que l'espace de droite et de gauche soit de semblable dimension; l'effet serait multiple, il n'y aurait pas d'unité, pas de variété. Le mouvement des draperies devra également rentrer dans le sentiment de la ligne verticale; car, si elles faisaient un angle droit avec la figure, elles sortiraient de l'unité dominante.

Les fonds ne doivent pas être aussi grands que l'objet principal, parce qu'ils créeraient une seconde unité comme volume, et cet objet ne serait pas dominant.

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Il faut donc qu'il existe un parti pris dans la direction de la ligne dominante; un accord parfait dans la disposition des figures avec les fonds et le ciel, de façon que le tableau soit un et déterminé dans son caractère*

Dans le paysage, si les arbres ou d'autres objets déterminent une ligne verticale dominante, des nuages formant une bande horizontale détruiraient l'unité verticale; et, si la ligne dominante est horizon taie, un arbre isolé qui formerait une grande masse verticale neutraliserait la ligne dominante horizontale 9 en créant une seconde unité verticale.

La Tonne des nuages est d'un précieux secours pour affirmer, soutenir ou déterminer l'unité de la ligne dominante du tableau ; c'est un des grands moyens pour harmonier les lignes dans ces sortes d'ouvrages.

L'unité des lignes d'un paysage est souvent difficile à reconnaître surnature, lorsqu'il n'est pas renfermé dans une limite déterminée, comme à travers un papier découpé ou dans un miroir noir. On se rend compte alors très-facilement de la nature des lignes qui encadrent le sujet principal, et si la ligne dominante est horizontale ou verticale.

Si l'on renferme dans l'horizontale un sujet qui exigerait une ligne dominante verticale, c'est-à-dire si on Tétend trop à droite ou à gauche, on ne rendra pas dans le tableau l'impression reçue sur nature, il n'y aura pas de jeu piquant, pas d'unité.

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Quand la dominante est horizontale, on peut placer * une succession d'objets verticaux, parce que cette série concourra à la ligne horizontale, . tandis qu'une ligne verticale isolée créerait une seconde unité.

Si la dominante est verticale, une succession de lignes horizontales superposées n'en concourront pas moins à la verticale, par exemple, comme les marches d'un escalier, i

Ces observations ne s'appliquent pas seulement à une composition étendue, mais encore h un sujet composé d'une seule figure. En optique, comme en poésie, si l'on change l'ordre des rapports, si Ton Tait deux héros ou deux unités, il faut aussi faire deux Ames au spectateur.

Dans les vastes compositions, formées de différents groupes, l'un de ces groupes doit être dominant, les autres joueront un rôle secondaire, tertiaire, etc. Dans le groupe principal, une figure dominera les autres, optiquement, par sa couleur, son expression.

Le groupe de Bacclm appuyé tur un jeune faune, ce* lui de Niobé prenant m jeune fille éperdue, et bien d'au» très antiques, sont des modèles de l'unité la plus par* faite.

Léonard de Vinci ne voulait pas, en principe, que les membres d'une figure présentassent des lignes parallèles, parce qu'elles sont le multiple d'une unité, et que la variété, qualité essentielle de la beauté optique, n'existerait pas.

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lorsque les lignes sont variées, elles se font valoir réciproquement, et Tordre dans lequel elles sont placées peut les rendre plus facilement apparentes; la facilité avec laquelle on perçoit l'ensemble des formes d'un objet ou d'un tout est la principale cause de sa beauté optique et du plaisir que Ton en reçoit.

Si les mouvements semblables sont rejetés, optU quement parlant, il est des cas où l'expression morale du sujet exige ces répétitions : le tableau de la Manne du Poussin en est un exemple. Les figures, qui font le même geste pour recevoir la manne, donnent par ce concours de mouvements semblables une grande force à Faction; toutefois ces mouvements répétés sont suffisamment balancés par la pose des autres figures; elles introduisent dans le tableau une variété qui fortifie l'unité loin de la détruire.

On voit aussi, dans Raphaël, de semblables exemples : les trois femmes du tableau d 1 lléliodore, qui, par les mouvements semblables de leurs bras tendus et dirigés vers la scène principale, se confondent dans l'expression d'un même sentiment, ajoutent puissamment à l'effet dramatique du tableau.

11 en est de même d'une peinture de Pompéia, représentant le Jugement de Paris. Le bras du berger et celui de Pu ris, se dirigeant spontanément dans la même direction pour désigner Vénus, donnent une force de certitude telle au choix qui vient d'être fait, que le doute est impossible.

Si rexprcssion du sujet ne devait rien gagner à de Mmblablei répétitions, elles deviendraient un défaut de beauté, un défaut de variété, de gradation, qui nuirait à l'unité optique des lignes.

Les différentes parties d'une composition doivent être liées entre elles, de manière qu'une seule partie étant transportée ou retranchée, ce ne soit plus un tout ou le même tout; car ce qui peut être ou ne pas être dans un tout n'en fait pas partie intégrante.

Pour que les parties d'un tout aient de l'unité, elles seront soumises les unes aux autres, depuis la domi-, nante jusqu'aux plus inférieures. La gradation est donc un ordre successif dans les unités particulières qui composent le tout, dont le principe est basé sur la nature des rayons visuels 1 .

Cette gradation n'est pas toujours immédiate, comme dans une avenue d'arbres plantés à égale distance les uns des autres, dont les extrémités paraissent se rapprocher; mais elle n'en existera pas moins, dans quelque ordre qu'elle se manifeste.

Si la nature n'offre pas toujours une gradation convenable à la composition du tableau, l'art la constituera et la rendra sensible, en établissant un ordre en harmonie avec le sujet ou le mode du tableau.

Le Poussin a représenté, dans un de ses magnifi-

1 Voir la troisième partie, au chapitre De la vdion.

ques paysages, un homme enveloppé par un serpent. L'effroi qu'en éprouve le principal témoin se communique à différents degrés aux autres personnages, en raison de la distance h laquelle ils se trouvent du lieu de la scène, en sorte que ces figures se communiquent l'effroi comme par écho. La gradation, dans l'expression et les mouvements des figures qui animent cette peinture, ajoute de l'intérêt à ce spectacle effrayant, dont l'effet puissant résulte do l'harmonie de toutes ses parties.

Cet exemple démontre une fois do plus comment l'unité résulte de la gradation qui différencie et subordonne les unes aux autres les idées et les parties d'un tout.

Les Grecs, en faisant entrer l'étude de la musique dans l'éducation philosophique, avaient pour but do rendre plus intelligible, par la comparaison, telle loi régie par un autre art, et de la faire comprendre plus facilement; les beaux-arts ont tous des bases identiques. Ainsi un morceau de musiquo, de mémo qu'un tableau, est composé d'une succession do phrases; parmi ces phrases, U en est une que Ton peut appeler la phranc dramatique % qui contient elle-même sa note dramatique; or nulle autre phrase ne doit lutter d'intensité avec celle-ci, et la note dramatique de cette phrase sera unique comme intensité. Cette phrase dramatique constitue le sujet principal du tableau, et sa note dramatique en est le point brillant; les autres

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phrases serrent à en préparer l'effet, à' créer des oppositions et à compléter la mise en scène.

Les premiers plans ne sont en quelque sorte que l'introduction ou la préface du sujet que l'on veut représenter; par cette raison, il ne faut pas y placer des objets trop gros ou trop importants, qui pourraient diminuer ou détourner l'attention du sujet principal; et, si le premier plan comporte des affirmations, ce no doit être que dans le sens de la résolution de la lumière.

Le choix du point de vue est très-important, car, s'il est mal placé dans le tableau, il en résultera des effets désagréables ou difficiles à comprendre : c'est le point de départ de toute composition. On place lo point do vue au centro de la composition, et la ligne d'horizon au tiers do la hauteur du tableau, à moins que l'étonduo do la scène n'exige un concours nombreux de personnages ou une grande étonduo de pays; alors on la fait passer au-dessus de la této des flguros situées sur lo premier plan.

Lo point de distance est générulemont éloigné d'une fois et demie la largeur du tableau; il en résulte un rapport de lignes plus gracieux, plus tm, quo s'il était trop rapproché ou trop éloigné. Toutefois, ces données étante peu près arbitraires, elles dépendent entière* ment du goût de l'artiste et de la nature de la scène qu'il veut représenter.

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