‹ Philosophie des beaux-arts appliquée a la peintureChapitre 32 sur 73 · I IX · texte numérisé non relu

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La nature do l'impression quo fait sur notro Ame le caractère expressif du tableau en constitue le mode. H diffère en cela du stylo qui s'entend de la manière

dont le tableau est traité et exécuté. Le tableau doit avoir un caractère déterminé, car ceux qui n'en ont pas ne produisent aucune impression durable; aussi le mode est-il Tune des questions essentielles de la peinture.

Los lignes, par leur caractère et leur disposition, servent A exprimer les différents modes lorsqu'elles sont dans une juste convenance de rapport entre elles et le sujet du tableau. Ne voyons-nous pas, en effet, que les lignes de Michel-Ange sont impétueuses, véhémentes, terribles? que celles de Raphaël ont de la noblesse, do la dignité, de la grâce? Par conséquent, les lignes, de même que le clair-obscur, le coloris, ont en eux-mêmes une signification qui les rend propres à exprimer les différents modes avec force, énergie ou suavité.

Il y a des caractères ou des modes graves et majestueux; il y en a de fougueux, de violents, de simples et de doux, etc.; de mémo la palette présente des harmonies variées qui correspondent à ces sentiments et qui produisent une extase semblable & celle où nous plonge une musique suave.

Le Poussin avait coutume de dire « qu'il ne chantait pas toujours clans le même ton. » 11 appelait mode dorien les sujets sérieux; lydien, les bacchanales; lesbien, les sujets magnifiques; ionique» les sujets gracieux ou plaisants; et, h l'exemple des Grecs, il donnait des noms différents h ses peintures.

MILOSOFUtl DIS BEAUX-ARTS. . SU

Lorsque les anciens établirent la distinction des caractères, ils empruntèrent l'expression de mode à la musique» À ce sujet, Lucien dit en parlant d'ilarmonide : « Si je conserve à chaque harmonie le caractère qui lui est propre, l'enthousiasme au mode phrygien, le bachique au lydien, la gravité majestueuse au dorien, les grâces à l'ionien, c'est & vos leçons, Timothée, que j'en suis redevable. »

L'examen des œuvres artistiques des anciens prouve bien que les différents modes adoptés en musique étaient également déterminés dans la peinture, la sculpture et l'architecture.

Le Poussin, qui est justement considéré comme le restaurateur de la philosophie des beaux-arts, dit Félibien, « représentait ses figures avec des actions plus ou moins fortes, avec des couleurs plus ou moins vives, selon les sujets qu'il traitait; car, ayant trouvé les différents degrés de force qui se rencontrent dans les couleurs, il savait si bien les employer, qu'on remarque dans ses ouvrages uno conduite harmonique trèssoutenue.

« Lorsque Poussin a représenté un sujet triste et lugubre, comme son tableau de la Pctie, toutes les couleurs sont éteintes, à demi effacées t la lumière est faible, les mouvements des figures sont lents, abattus. Mais dans celui de lkbecca % qui rentre dans le genre gracieux, les lignes ne présentent rien de violent, d'anguleux, de lourd; elles sont élégantes et gracieu-

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808. Les couleurs sont doucement rompues les unes par les autres, et cet heureux mélange charme les yeux et l'esprit. Les actions sont modestes et tranquilles; il y a partout do la joie, du repos, de la gr&ce, en quoi Ton peut dire qu'il a imité le mode ionique. »

Dans son tableau do Pynhm 9 Poussin a représenté lo sujet par un modo vif, animé; la disposition des lignes donne do la vivacité à l'expression, le mouvement a do l'animation, lo mode est dans uno juste convenance avec la scène qu'il représente. Quand ce grand maître a traité des sujets graves, il n'est jamais sorti du caractère do gravité, do tranquillité qu'il était convenable do donner aux lignes.

(Iliaque sujet ou chaquo scène de la nature a son mode particulier, et, par conséquent, un caractère déterminé, Or la disposition des lignes, des ombres, dos lumières, et lo coloris, seront en harmonie avec le modo adopté, dont il ne faudra pas sortir. Ceci nous conduit à reconnaître qu'il y a des caractères différents dans la beauté, et qu'une chose est aussi belle, dans son genre, qu'une autre d'un genre différent.

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