‹ Philosophie des beaux-arts appliquée a la peintureChapitre 33 sur 73 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

• ' Il

ir

DKI TADLKAUX d'IIIITOIM

La prétention qui se rattache au goaro historique est bien naturelle, parce que le genre historiquo renferme la connaissance de toutes les autres parties do la peinture.

Le vrai peintre d'histoire est savant et & la fois poCte, privilège interdit A la médiocrité; aussi n'cst-il pas rare de voir le titre do peintre d'histoire recherché par le pédantisme : la simplicité et la naïveté 80 nt généralement le propre du génie.

Le choix d'un sujet historique exige un grand sentiment des convenances et une parfaite connais-

520 PUILOSOPUIK DES DEAUX-AHTS.

sancc des moyens à employer pour réaliser sa pensée.

Lo coloriste se fie sur la magie de son pincoau; le compositeur habile, sur la belle ordonnance des lignes; et l'artiste qui n'a rien négligé pour atteindre le but peut seul nous dire ce qu'il faut de travail, de perse* vérance, d'efforts et de génie pour rassembler toutes les qualités qu'un tableau d'histoire exige.

La réunion de ces mérites divers est si difficile & rencontrer, que l'imagination seule peut la concevoir, et si l'imagination embrasse plus qu'il ne lui est donné de réaliser, le devoir du peintre d'histoire est de ne pas perdre de vue cette perfection, dont il n'approchera qu'en ne cessant jamais d'y tendre.

Il retracera, il fera revivre cette immense série d'actions que présente l'histoire politique ou religieuse des peuples, inépuisable mine pour l'artiste. Son art consiste à en Taire ressortir la simplicité ou la richesse, sans tomber dans le désordre ou la confusion.

Dès que l'action embrasse plusieurs figures, la part qu'y prend chacune d'elles détermine sa place et son attitude. En cessant d'étro isolée, elle perd le droit d'être représentée pour elle-même; c'est l'action qui attirera les regards et non plus les acteurs.

Il faut sacrifier dans chaque pose particulière ce qui pourrait retenir trop longtemps l'attention ou la détourner de l'ensemble, et les personnages seront placés dans. la situation la plus convenable pour con-

PHILOSOPHIE DIS BIAUX-AIITS. SSI

courir à l'action dont chacun d'eux n'est qu'une partie.

La connaissance de la perspective, cet art important de mettre chaque objet à sa place, d'en modifier les formes, la grandeur, la couleur, selon la distance ou le point de vue d'où il est considéré, et de multiplier, dans une grandeur déterminée, les plans et l'espace, doit être familière au peintre d'histoire.

Quand on a contemplé Ylïcole d'Alhhm do Rophafil, quand on a admiré cette immense étendue et cette multitude do ligures des Nom de Cana de Véronèso, qui remplissent la composition sans l'encombrer, on sait jusqu'où peut aller ce genro do talent chez un artiste, parce qu'on a vu tout le parti qu'il en peut tirer : c'est sur cette science que reposent les plus grands effets do la peinture.

L'enthousiasme, qui parait être le propre des peintres d'histoire, s'étend néanmoins à tous les genres : chacun d'eux exige uno vive représentation de l'objet dans l'esprit et uno émotion du cœur proportionnée û cet objet.

Do mémo qu'il y a des sujets simples, nobles, sublimes, il y a aussi des sentiments qui leur répondent, et que les artistes se partagent selon le genre qu'ils ont adopté. Par cette raison, les peintres do genre, de paysage, de marine, sont aussi grands portes que les peintres d'histoire; mais, ceux-ci devant posséder

m PHILOSOPHIE DES DBAUX-AIITS.

tous les genres, leur savoir doit Être immense et leurs éludes universelles.

Lorsqu'on s'est exercé h représenter la figure humaine, le plus compliqué des objets de la nature, on saura procéder pour représenter tous les autres : les animaux, les arbres, les étoffes, etc. Ha plia Cl, Titien, Véronèsc, le Poussin, Rubens et bien d'autres encore ont su représenter tous les objets de la nature.

du roimuiT

Combien de gens s'imaginent que le portrait en général n'est qu'une production subalterne de l'art de peindre? Si la spéculation s'est emparée de ce genre de peinture, ou reconnaîtra toutefois qu'un bon portrait est une chose très-rare, et que les grands maîtres seul 3 ont su porter ce genre à un haut degré de perfection.

Pour qu'un portrait donne l'idée la plus complète du personnage représenté, il doit reproduire avec exactitude, non-seulement la proportion, la forme des traits, la nature des chairs, mais encore exprimer le caractère de la personne, de telle sorte que le spectateur conserve l'idco de ce caractère dont l'unité doit Être frap-

. PML080PUII DI8 BIAUX-ARTS. SU

pante, et que cette représentation offre en môme temps l'image physique et morale de l'individu.

Le peintre de portrait est un peintre de mœurs, et non un copiste qui s'en tient & la simple reproduction des traits; c'est un spectacle moral, instructif, c'est l'unité do l'expression, do la vio, de la qualité do l'individu, qu'il produira. De plus, ce spectacle doit plaire par ses combinaisons optiques, par sa convenance, par le mode du sujet; et le clair-obscur qui exprime ce mode sera en harmonie parfaite avec le caractère de la personne : c'est le but de l'art de bien l'exprimer.

Le portrait du comte de Mantouo, peint par Raphaël, a fait dire à la comtesse sa femme : « Hélas I jo n'ai pour consolation quo votre portruit. Mais jo m'entretiens avec ce portrait. J'adresse a cette image insensible et muette toutes les caresses et les douceurs quo jo vous prodiguerais & vous-même. Illusion chère A ma tendresse 1 h vos regards, & votre sourire, je crois que vous voulez me parler; je m'imagine que je vais entendre votre voix. Votre fils même vous reconnaît, et ne voit point cette peinture sans bégayer le bonjour à son père. Voilà ce qui soulage un peu ma douleur, ce qui m'abrège un peu les longs jours que votre absence me rend si tristes. »

L'art n'est pas asservi à la mode dans la représentation du costume do ses modèles; il retranche tout ce qui tend à corrompre l'harmonie des lignes t

et subordonne les ornements capables de nuire à l'expression de la figure, afin que les parties dominantes aient toute la force et la signification dont elles sont susceptibles.

Les gens du monde exigent souvent la reproduction exacte des inventions de la mode, mais le peintre ne se soumet & ces exigences qu'autant qu'elles sont compatibles avec les règles de son art.

Les peintres de la Renaissance avaient de grands avantages sur nous pour la convenance des costumes, et, si les artistes de nos jours ne sont pas aussi bien servis que les Titien, les Van Dyck, ils ont les vêtements de femme surtout qui se prêtent & de belles combinaisons.

L'art d'embellir un portrait est renfermé dans l'unité des lignes. Le type de la beauté, tel que nous le représente l'art grec, consiste dans l'unité de la grande ligne verticale que représente une ligure debout. Par cette raison, le profil d'une tête doit rentrer dans le sentiment de cette verticale : la ligne qui joint le front au nez est presque droite, les sourcils sont légèrement arqués, l'œil est grand, la bouche petite et rapprochée du nez, le menton est relevé et les pommettes peu ressenties, etc.

Si nous prenons une tête dont le profil s'écarte de celte ligne droite typique, elle aura évidemment moins de distinction, moins de noblesse; elle deviendra même une affreuse caricature en s'en éloignant davantage.

P01L0S0PUIB DBS BEAUX-ARTS. SS5

Si nous dessinons une tète dont le front sera trèsbombé, la racine du nez enfoncée, le nez court et relevé, les sourcils très-arqués, l'œil petit et couvert, la bouche grande et éloignée du nez, le menton fuyant, les pommettes saillantes, nous aurons fait une figure grotesque. Mais, si nous faisons rentrer ces lignes excentriques dans l'unité verticale, nous ferons le front moins bombé, la naissance du nez moins enfoncée, les sourcils moins arqués, l'œil plus grand, le nez plus droit et un peu plus long, le menton plus relevé, etc., et ce portrait, ainsi modifié par l'application des lois de l'esthétique, sera moins laid, tout en conservant une parfaite ressemblance.

Cet exemple démontre de quelle manière les habiles interprètent la nature et corrigent ce qu'elle présente de laid et de défectueux pour satisfaire aux exigences de l'art, surtout lorsqu'il s'agit de représenter des personnages appartenant à l'histoire.

Page 1