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DU PAYSAGE

Un grand nombre de peintres renommés par leurs tableaux d'histoire se sont plu à représenter la nature» ce qui prouve bien qu'il n'y a point différents arts en

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peinture, et qu'un paysage n'est qu'un sujet particulier choisi par l'artiste. On ne juge pas un paysage autrement qu'un tableau de ligures; ce sont les mêmes mérites qui en font l'excellence, c'est-à-dire le dessin, la perspective, la couleur, la composition, le mode ou le caractère,

Le charme attaché aux paysages n'est senti que par tes Ames délicates. Elles placent leurs affections dans la contemplation des beautés de la nature, elles s'inspirent de modèles qui donnent à l'Ame un calme bienfaisant, elles éprouvent de l'enthousiasme et la plus tendre émotion en représentant des objets toujours charmants, toujours nouveaux.

La beauté du ciel, l'éclat de la lumière, les arbres, les prairies, les eaux, tes rochers, tous ces objets sont la source de mille sensations, de mille plaisirs pour qui les imite. Le genre du paysage est sans contredit un de ceux qui prouvent le mieux le charme de la peinture. Si le paysagiste ne représente pas les riches intérieurs des palais fastueux, il peint les cabanes des bergers, asiles du repos, l'immensité des airs, le Dieu de la lumière; il peint ces arbres, merveilles imposantes de la nature, qui embellissent la terre pendant des siècles et qui n'emportent en tombant que des regrets.

Comme toutes les productions artistiques, les tableaux de paysage doivent avoir un caractère déterminé. C'est ce qui a fait établir des distinctions, mais

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elles importent peu au peintre; l'essentiel est de ne pas faillir au caractère de la scène que l'on représente et de la traiter sans équivoque.

Un paysage nous touche et nous séduit par l'unité dans le caractère, tandis que celui qui présente un mélange de divers styles, de différents modes, platt infiniment moins malgré la vérité de l'imitation qui, à elle seule, ne révèle qu'un habile ouvrier, un copiste très-minutieux, très-patient, mais sans art.

Lorsqu'on peint la vue d'une ville ou d'un site historique, si l'on ne s'attache qu'à exprimer la vérité topographique, le but ne sera pas atteint; il en sera de même si Ton s'écarte de la vérité esthétique telle qu'on la vue définie dans les chapitres précédents.

Pendant longtemps, on a été plus préoccupé dans le paysage de la belle combinaison des lignes, des belles inventions, que de la vérité du coloris, du rendu et des effets produits par la lumière. Mais on reconnaît que, si les belles combinaisons plaisent et intéressent notre esprit, excitent nos sentiments les plus relevés, ce qui nous charme le plus dans ce genre de peinturé, c'est Tillusion produite par la beauté de la lumière et de la couleur, la vérité et la variété des éléments.

C'est pourquoi un grand nombre de paysages flamands et hollandais ont le don de nous séduire malgré un choix de sujets généralement sans attrait pour l'esprit. .

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Le mode d'un paysage étant adopté, c'est l'unité de caractère qui en constitue la perfection. Le pays, la saison, l'instant de la journée doivent être rendus d'une manière saisissante. C'est cette qualité, si bien observée dans les tableaux de Claude Lorrain, du Poussin, de Ruysdaël, qui font la supériorité de leurs œuvres.

Les arbres jouent le principal rôle; ils sont aussi ce qu'il y a de plus difficile à peindre. On remarque que tous les arbres cherchent l'air et la lu* mière, qu'ils se dirigent chacun à sa manière dans

l'espace où ils sont placés, que les feuilles les plus rapprochées de terre ont plus d'ampleur, de force, de coloration.

On étudiera la variété des écorces, les attaches des branches, la contexturedu tronc, les mousses, etc., et l'imitation sera assez juste pour que l'on puisse reconnaître, au premier coup d'oeil, l'essence de chaque arbre. #

La couleur du ciel, influant sur celle de tous les objets représentés dans le tableau, sert de régulateur dans le paysage. Deux conditions sont à observer : 1* la nature de l'atmosphère, 2° sa couleur, dont les effets ne sont bien sentis que par les artistes qui possèdent la connaissance de la perspective aérienne.

La diaphanéité des nuages demande une touche suave, légère, comme nous la voyons dans les œu-

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vres de Claude i la magie de tes compositions tient à la vérité et à la variété de la coloration de l'atmosphère, et de toutes ces teintes rompues si fugitives et si difficiles à imiter.

Le dessin des nuages ou leur disposition donne l'idée de la forme concave de la voûte céleste; leur volume détermine le mode, et leur direction tend & affirmer la ligne dominante du tableau. Par cette raison, les nuages qui passent pendant qu'on peint d'après nature sont rarement d'une forme qui rentre dans l'unité de la ligne dominante; il y a donc lieu à choisir ou à retrancher pour rester dans les conditions de l'esthétique.

Le concours final de l'étude du paysage ne consiste pas dans l'imitation servile des objets. Quand un artiste de génie, avec un coup de brosse, indique les intentions les plus délicates de la nature : les feuillées d'automne, les terrains rocailleux des landes désertes, la sombre profondeur des rivières ombreuses; voit-on les filaments ligneux? dans ces rocs dénudés et saillants, la contexture des mousses? dans ces eaux sombres, la pellicule irisée produite par la combinaison des gaz sur la surface des eaux dormantes?

Rien de tout cela n'existe séparément. Ce sont, cependant, les fissures mates de la pierre, les glauques reflets d'une eau tranquille, le grisaillis des écorecs. Or la sensation réelle est produite dans notre in tel-

ligencc, au moyen d'une apparence, servie par un souvenir.

La vue du tableau réveille des sensations que nous avons recueillies nous-mêmes dans le sentier d'un bois solitaire, aux vagues clartés de la lune, dans le bruissement des feuilles, les rafales de la tempête, dans les montagnes comme dans le sentier qui traverse la plaine.

La peinture est un moyen factice de rappeler des émotions déjà recueillies. Elle suit dans son développement le degré d'éducation de ceux qui doivent s'en pénétrer, les frappant au cœur s'ils sont assez forts pour la comprendre; ou dépassant la portée de leurs facultés, quand celles-ci sont trop bornées.

On ne doit pas plusse flatter de reproduire l'exacte disposition moléculaire des corps, que l'art musical d'imiter la nature vivante, intellectuelle et métaphysique; la poésie, de rendre des sensations immédiates. Tous ces arts ne rappellent que des sensations préexistantes; ils ne produiront aucun effet sur les esprits bornés, et la où il n'y a rien d'acquis par l'expérience ou la mémoire. C'est surtout aux choses d'art que s'applique cette formule : Nilril est in intellectu quoi non prius fuerit in sensu.

Être grand dans le paysage, c'est trouver, dans ce genre, des sensations qui plaisent, c'est savoir les grouper dans un tout harmonieux, utile, moral, sublime.

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Les lois de l'unité optique sont d'une application très-difficile dans le paysage peint d'après nature. Si l'on n'arrive pas en face de celle-ci avfc une idée préconçue, on ne l'interprétera pas avec force, avec vérité; il n'y aura pas de vie, pas d'harmonie dans le tableau.

Une scène de la nature, vue sous un seul angle optique, constitue le tableau proprement dit. Une chose est principale, une autre secondaire, et celles qui l'accompagnent perdent de leur importance à mesure qu'elles se rapprochent du cadre. En voici la raison : le rayon normal, qui s'est fixé sur l'objet principal, est le plus puissant des rayons visuels qitf forment le cône optique, il est situé au centre, il en forme l'axe.

Or, quand on a peint l'objet dominant et que l'on passe à l'objet secondaire, le rayon normal se dirige sur cet objet, et nous le voyons, pour le moment présent, aussi nettement que l'objet principal; quand nous passons ù la représentation de l'objet tertiaire, le rayon normal fait voir cet objet dominant à son tour, etc. Or ce n'est qu'en comparant continuellement les objets secondaires, tertiaires, avec le sujet dominant, que nous appellerons la phrase dramatique du tableau, que l'on mettra de Tordre et de l'unité dans les parties constituantes du tout.

La connaissance de l'optique, de la perspective aérienne et linéaire, doit être très-familière au paysa-

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giste, autrement il n'y aura pas d'ordre, pas d'unité dans ses œuvres; l'introduction et la résolution de la lumière sera sans harmonie avec les lignes de la cornposition.

Si la nécessité des grands voyages a été prescrite par bon nombre d'écrivains, en vue de meubler l'imagination, on reconnaîtra toutefois que ces voyages ne sont point indispensables. La nature offre partout de beaux exemples et de belles compositions à reproduire! qui échappent & l'œil du vulgaire, et que l'artiste expérimenté sait découvrir et s'approprier pour produire des chefs-d'œuvre, nous plaire et nous séduire.

En s'atlachant & un seul pays, on saisira mieux son caractère distinctif, on appréciera plus intimement ses beautés, on les exprimera avec plus de force et d'unité.

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