DE4 ANIMAUX
Les peintres d'animaux doivent connaître la charpente osseuse, la myologic, les mouvements et les hiœurs des différentes espèces pour les reproduire avec justesse, et les dessiner dans le caractère particulier à chaque race.
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' L'histoire nous apprend que Calamis se distingua dons Tort de reproduire les chevaux; Nicias, dans celui de faire les chiens; et que Ton citait avec éloges le chien de Lysippe et la vache de Myron. On sait que Pasitèle étudiait les animaux dans les ménageries, et qu'il faillit en être victime; enfin Italien nous dit qu'on faisait des représentations iconiques d'après les beaux chevaux, comme d'après les beaux athlètes.
Les chevaux de Phidias, au Parlhénon, ceux de Lysippe qui décorent la façade de Saint-Marc à Venise, et les pierres gravées elles-mêmes, prouvent assez leur supériorité en ce genre.
Comme il n'est pas possible de saisir le mouvement rapide et successif des animaux, il est indispensable de bien connaître leur structure pour reproduire et analyser ces mouvements dont le souvenir s'empare.
La connaissance des proportions favorise l'exactitude du dessin, et la supériorité dans ce genre de peinture ne peut s'acquérir qu'en étudiant beaucoup la nature, afin de donner aux animaux toute la portée de leur instinct, cette énergie et cette naïve bonhomie qui ressemble si bien à la simplicité des hommes qui les nourrissent.
De quelles charmantes idées n'est-on pas rempli à la vue des ravissants tableaux de Paul Potier, de Cuyp, de Berghem, dans lesquels ils nous montrent ces campagnes heureuses éclairées d'une lumière bienfai-
santé, où de paisibles troupeaux reposent sur des lits de verdure, et jouissent sans prévoyance des bienfaits de* la nature! Quel vif intérêt se rattache à ces animaux qui nous couvrent de leur laine, labourent nos champs, nous nourrissent de leur lait, et que Ton paye trop souvent d'ingratitude!
Les tableaux d'animaux inspirent le goût de la vie pastorale, ils nous reportent à ces temps héroïques où les bergers étaient savants, philosophes, poètes de la nature, des mortels et des dieux. Sans ambition, ils ont éclairé les hommes pour les rendre meilleurs* et leur souvenir ne rappelle rien qui ne soit généreux.
On voit avec satisfaction les hommes entassés dans les grandes cités tendre vers, les jouissances et les besoins de leur première origine. Bien heureux sont ceux qui peuvent échanger leur or pour des ciels, des bois, des eaux argentées, de riches prairies, d'innocents troupeaux; et admirer, sans sortir de chez soi, l'image de ces beautés que les poètes ont chantées de tout temps 1 .
1 Sous le titre de Paysâoi, Dieu, la nature et fart, M. A. Maxim vient du publier un |M.»tit livre qui doit plaire aux iwsonncs qui aiment la na* turc et «|tii cliertiieitt ù l'Agrandir par l'idéal.
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DSI BATAIUKI
Parler des tableaux de bataille, c'est transporter l'Ame au milieu des armées, et dérouler devant elle une longue suite de sièges, de combats, de conquêtes; c'est rappeler le faste, la grandeur, la gloire de nos soldats; c'est retracer des souvenirs toujours chers à la patrie.
Les tableaux de bataille se divisent en deux catégories : les scènes d'escarmouche et les scènes de tactique militaire.
U première représente des épisodes sanglants de cavaliers, de fantassins, genre qui a été traité par des peintres habiles, dont les compositions étaient soumises aux lois générales de l'art, tandis que dans la seconde, on a cru trop souvent pouvoir s'affranchir de l'observation des règles. Aussi ces œuvres nous intéressent peu, parce qu'elles manquent d'unité, car l'unité est la condition première des beaux-arts.
Les belles combinaisons optiques ne doivent pas être subordonnées aux détails hardis, propres ft rendre des expressions déchirantes de rage ou de déses-
poir : ces furieuses extravagances sont bannies du domaine de l'art. •
Le mouvement et la variété d'une action étendue donnent aux individus qui y concourent des attitudes générales que n'ont point des figures isolées, dont l'action no s'étend pas au delà d'elles-mêmes.
Un homme qui fuit assaut dans une salle d'armes no so met pas en garde comme celui qui est sur le terrain d'un combat singulier; le soldat qui croise la baïonnette en Taisant l'exercice ne la croise pas do la môme manière en face do l'ennemi : bien que leur action soit la même, leur intention est différente, et l'intention change la nature de l'action.
Il y a dans la chaleur d'une action, dans les scènes qu'elle amène, dans les attitudes et dans les gestes, quelque chose de spontané, do varié, quo la peinture peut et doit reproduire.
La flexibilité du corps humain prend, au milieu do ces mouvements rapides d'hommes qui agissent, des formes que l'artiste étudie sur naturb, afin de les représenter sur la toile avec vérité et do leur donner de lu vie.
Quand môme lo modèle prendrait une pose analogue 6 l'action qu'on veut peindre, co modèle serait do peu d'utilité si l'on se contentait do l'imiter, parce que celte ligure isolée serait étrangère & l'action, sa n s effet dramatique, comme sans harmonio avec le mode du sujet. On peut dire de plus que
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rottcntlon particulière donnée & ectto ligure isolée nuirait essentiellement & l'unité optique du tnbleau, et qu'une figure située dans l'espace parait moins sèche, moins tranchante que dans râtelier.
Exiger que Ton rclrouvo dans un tableau de bataille l'exactitude de l'historien, 1rs recherches do la tactique, l'histoire scrupuleuse de l'événement, la fidèle topogruphio des lieux, l'imitation servile en toute chose, ce serait sortir du domaine de la peinture. Les plans, les dessins de vues militaires, les descriptions des historiens, sont les moyens qu'il convient d'employer : le peintre n'est pas chargé de l'œuvre do l'écrivain.
Exciter la curiosité de la multitude en représentant des images sanglantes, des scènes de péril, d'audace, toutes les catastrophes terribles do la guerre, ce n'est pas atteindre le but. L'impression morale ressort de la beauté des caractères; la générosité, le dévouement dans les faits belliqueux, la dignité, le calmo du général pénétré de la gravité do sa situation, l'amour do la patrie, ,1a gloiro de nos armes: voilà co qu'il fout nous montrer. Les combats fournissent l'occasion d'exprimer les grands sentiments, les actions d'éclat qui font les héros et qui laissent des modèles.
m* philosophie des beaux-arts,
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DE* MAIUNE*
Les peintres do marine qui possèdent la connaissance do la tactlquo navale, des manœuvres et du gréement des vaisseaux des différentes nations, n'ont acquis que les premiers éléments du genro qu'ils ont adopta. Ce n'est pas la représentation individuelle d'une frugale ou d'uno corvette qu'il s'agit de nous retracer; c'est un sujet un et déterminé; c'est Tort de la navigation, ou l'élément imposant et terrible, qu'il faut rendre dominant.
Les secrets les plus cachés do la nature sont connus du vrai peintre do marine. Il passe de longues journées a contempler le ciel et la mer; il dessine les navires, il les peint, et apprend par cœur tous ces effets si mobiles et si variés.
Un ciel sans nuages, la profondeur de l'espace, le soleil s' élançant du sein des mers et remplissant les flots de ses feux éblouissants, le calme imposant de la nature : toutes ces choses difficiles ù rendre, exigent une profonde connaissance des effets de la lumière, qu'il faut étudier et méditer eu physicien consommé.
Le fracas de l'ouragan emprunte sou caractère h la
PHILOSOPHIE DIS IIAUX-ARTS, tt»
distribution tavanto dos ombres ot dos lumières, qui donne aux flots do la mer la beauté, |a grAco ou l'éncrgle. On doit connaître et saisir los formes quo prennent les vagues dans leur course tranquille, comme dans leur agitation, soit qu'elles baignent mollement lo rivage, ou qu'elles so brisent contre les rochers.
Tour imiter l'effet grandiose des vague*, il faut avoir beaucoup navigué et obsorvé la mer sous tous les ciels.
A la vue d'une tempête, lo spectateur ne songe pas au nombre des cordages ou A celui des poulies; c'est la sensation que produit l'imposante noblesse des vaisseaux lorsqu'ils sont tourmentas par la fureur des flots, qui agito notre Ame; les agrès, les mAts brisés, les voiles déchirées, tous ces tristes débris offrent un intérêt dramatique qui fait oublier l'examen des détails.
Souvent lo soleil A demi voilé no lance qu'A regret sa lumière sur ces scènes de désastres; souvent aussi, éblouissant de toute la magnificence de sa pompe, il remplit l'immensité de ses feux, et ce contraste émouvant donne une grande force A l'expression du sujet.
On emploie les lignes heurtées, pour rendre le désordre des éléments; dans les jours sereins, on recherche les lignes gracieuses, variées, propres A rendre l'enchantement et le charme de la nature*
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Le caractère des différentes heures du jour offre le principal intérêt dans les effets de calme : c'est un bras de mer dont les ondes azurées se balancent et brillent dans un paysage délicieux; ce sont des mers tranquilles sillonnées par les vaisseaux ou par les barques de pêcheurs; ce sont de paisibles rivages sur lesquels les marins, au milieu de leurs occupations tranquilles, semblent chanter le travail et l'amour.
Les combats présentent aussi des effets saisissants par les contrastes du feu des incendies, par ces spectacles déchirants, épouvantables, que présente un combat naval; et, dans ces productions variées, il faut allier la science au sentiment poétique que le génie met à son service pour émouvoir et intéresser même les personnes étrangères à ces sublimes spectacles.
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