DES CAUSES DE LA VISIBILITE
Les causes de la visibilité, c'est-à-dire la qualité qu'un objet a d'être visible d'après son apparence; diffèrent de la vision en ce que les effets de la visibilité se passent hors de nous. • • ;
Les effets de la lumière blanche se placent au premier rang; ce sont eux qui, en teignant de plus ou moins de noir les facettes d'une surface, nous font juger principalement de ses courbures; les lignes de séparation d'ombre et de lumière, étant, en général, les parties les plus sombres des corps, nous font juger leur position et les profils suivant lesquels les rayons lumineux les éclairent.
Les ombres portées servent, par leur dégradation, à faire apprécier la position des surfaces qui les reçoivent et celles qui sont éclairées, la distance qui existe entre la partie éclairée et l'ombre portée, ainsi que les contours de ces parties.
Les ombres deviennent transparentes par l'action de l'air, comme corps reflétant, ce qui détermine d'autres ombres particulières qui font un* modelé que l'on nomme clair-obscur. En peinture, on étend la
riiLosorm dis beaux-arts. si*
signification de clair-obscur à la science des ombres et des lumières, c'est-à-dire au modelé des objets.
De même que l'air renvoie la lumière, tous les corps se reflètent les uns les autres, de façon à indiquer mutuellement leur présence. *
Quand les reflets proviennent de surfaces mates, ils sont plus faibles que lorsqu'ils sont produits par des corps brillants. Ainsi leur vivacité nous fait distinguer le métal du bois et de la pierre brute ou polie, le drap de la soie, etc.
Les images brillantes produites par le soleil ac- ' cusent la courbure des surfaces qui les reflètent; et, si nous sommes éclairés par une lumière factice, les points brillants seront plus grands que ceux produits parle soleil, l'angle apparent de la lumière factice étant plus grand; mais cette lumière, quoique moins vive, nous permettra néanmoins d'apprécier la forme de la surface.
Si l'on place devant une fenêtre une boite contenant du plomb de chasse, chaque grain de plomb recevra une image brillante de la fenêtre, et, si la clarté est faible, on ne verra qu'un fond gris qui rendra peu sensibles les contours et les ombres de ces plombs. II est évident que l'exactitude du jugement que Ton porte sur la grosseur des objets est due à reflet des images brillantes.
La surface du globe de l'œil est polie ; elle est enduite d'une couche d'humidité qui en rend le poli plus
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parfait; aussi, lorsqu'on observe un œil ouvert, on voit sur sa surface une image d'un grand éclat. Si l'œil était parfaitement sphérique, et qu'il ne pût tourner autour de son axe vertical, la position de l'image brillante resterait h la même place; or, c'est précisément par les différentes positions de ces points brillants que nous reconnaissons si une personne nous regarde ou ne nous regarde pas, et de quel côté elle porte la vue. Les corps à surface mate ne présentent pas d'images brillantes, il est vrai; mais la partie où ces images existeraient s'ils étaient polis, a plus d'éclat que les
autres, ce qui permet également déjuger leur forme.
Lorsque les objets présentent des arêtes, c'est encore la teinte brillante ou foncée de ces arêtes qui nous les fait connaître.
Si le corps observé est sphérique ou arrondi comme un vase, par exemple, et qu'au lieu d'être formé d'une matière homogène, sa surface soit composée de taches de différentes couleurs, d'ornements, etc., les taches ou les ornements, en s'arrêtant aux lignes qui forment fe contour de l'objet, indiquent sa forme particulière.
En général, c'est la perspective linéaire qui place les formes dans notre vue, telles qu'elles sont situées dans l'espace; c'est elle qui détermine toute l'ordonnance géométrique du tableau, et c'est en quoi elle nous aide à bien juger des formes et de la position des objets. L'impureté de l'air contribue à nous faire ap-
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précier les distances par les couches interposées entre le spectateur et l'objet, qui, en raison de l'éloignement, prend plus ou moins la couleur bleue de l'atmosphère.
Les objets éclairés par une lumière factice ont ordinairement de larges pénombres qui ménagent la dégradation des teintes, mais les ombres ne sont que faiblement reflétées; on juge mal des objets situés dans l'ombre, et c'est en cela qu'on s'aperçoit de l'absence du soleil.
La coloration d'une lumière factice ne change pas les effets attribués à la lumière blanche, lorsque les rayons colorés sont d'une même nuance; mais, lorsqu'ils traversent des vitraux de couleurs variées, nous ne jugeons les objets qu'avec beaucoup de peine, même les plus rapprochés de l'œil.
D'après les causes de la visibilité que nous venons d'examiner, nous voyons que les ombres et les parties plus ou moins claires des objets sont ce qu'il importe de bien connaître. L'on observe que des bandes blanches et noires de même largeur, regardées alternativement, paraissent do largeurs différentes ; la blanche a l'apparence plus grande que la noire; le blanc est plus brillant près du noir qu'ailleurs, et le noir a plus d'intensité au bord des bandes blanches; ainsi les ombres et les lumières n'ont pas eu réalité le ton vigoureux qu'elles ont en apparence.
Ce phénomène, qu'on nomme irradiation, consiste dans rémission ou le renvoi d'une vive luroMre, qui
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agrandit la dimension du corps d'où cette lumière émane. L'effet de contraste qui en résulte donne aux parties brillantes un éclat plus vif qu'il ne l'est en réalité : il force l'obscurité des ombres, rend les cou* leurs opposées plus saillantes, et les causes de la visibilité ont une action d'intensité très-marquée. Les objets de couleurs éclatantes paraissent plus gros qu'ils ne le sont en réalité; des vêtements blancs ou rouges semblent donner de l'embonpoint.
Lorsque la lune est dans son premier quartier, le croissant éclairé par le soleil parait appartenir à un cercle sensiblement plus grand que la partie éclairée par les reflets de la terre, qu'on nomme lumière cen* ilréc.
La cause du grossissement produit par l'effet de l'irradiation tient aussi à la vue : si l'on regarde fixement une lumière éclatante, cet organe en est blessé; les fibres adjacentes en sont affectées; elles étendent, on quelque sorte, l'image du corps éclairé, et le font paraître plus gros.
On voit, par ce qui précède, que les effets déterminés par le contraste des couleurs, les images brillantes, se passent dans l'œil, et n'appartiennent pas aux objets, mais à la vision; et que les causes de la visibilité agissent avec une plus grande énergie que celles de la vision. C'est pourquoi il faut reproduire le phénomène de l'irradiation dans les parties du ta* blcauqui résument une forme générale; c'est-à-dire
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vert les parties opposées à la lumière directe. Un ta* bleau dont les ombres seront exactes, ainsi que la perspective, les points brillants, les couleurs, les reflets, exprimera la nature et le caractère des objets, et suffira à nous faire perdre de vue la toile ou le papier sur lequel ils sont représentés.
Connaissant les phénomènes de la vision et de la visibilité, il reste & examiner comment nous recevons un secours précieux de nos facultés intellectuelles*
Lorsque le temps est pur, une simple teinte de bleu, située à l'horizon, nous indique une chaîne de montagnes, dont les vastes contours, les accidents de terrain, ne sont pas encore sensibles à nos organes. A mesure que nous nous approchons, l'intensité du bleu diminue, les ombres et les couleurs s'annoncent; les collines, les forêts, les rochers, s'aperçoivent. Peu ik peu, la nature des terrains est indiquée par le plus ou le moins de lumière blanche qu'envoient leurs parties; la perspective donne les rapports d'éloignement des objçts entre eux ; le détail de ces objets rend la perception de leurs rapports plus exacte; l'éclat des images brillantes nous fait juger du poli des corps et de leur situation, par rapport & l'inclinaison des rayons lumineux; la couleur propre des corps les différencie et leurs reflets dénoncent mutuellement leur présence.
t Nous distinguerons les arêtes des surfaces par la vigueur du ton de ces arêtes; la perspective des cou-
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tours, celle des lignes, le concours des parallèles, confirmeront les idées de courbure et d'inclinaison données par la lumière.blanclic; l'irradiation et les contrastes augmenteront l'énergie des effets d'ombre et de lumière ; enfin, nous jugerons des positions, des formes, des couleurs, du poli et de la nature des objets placés devant nous.
Toutefois les jugements que nous aurons portés seront encore vagues sous beaucoup de rapports : dès que l'attention est excitée, l'imagination refait avec plus ou moins de vérité, de sagacité, les objets dont l'apparence nous laisse quelque chose à désirer; la nuit surtout, les causes de la visibilité étant très-restrciules, elle servira i\ rectifier les erreurs que nous aurons pu commettre au moyen de la vue, sur les objets qui nous environnent.'
L'imagination est Tune des causes de nos illusions les plus chères ; sans elle, les chefs-d'œuvre des grands maîtres ne seraient que des plans coloriés, et l'art qui nous fait assister aux scènes grandioses de l'histoire, de la vie privée, de la belle nature, cet art sublime de la peinture n'existerait pas.
Il résulte de cette étude analytique de la perspective aérienne ce qui résulte de la connaissance de la perspective linéaire : c'est que ceux qui auront étudié tous les calculs indiqués par la théorie sauront mieux voir la nature. On peut acquérir le sentiment visuel aussi facilement que le sentiment, qui, en musique,
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fait distinguer un dièxe d'un bémol. La plupart des changements que la perspective aérienne fait subir aux objets sont si fugitifs, que le sentiment devient un auxiliaire indispensable pour saisir le système de tonalité adopté et ne pas s'en écarter; à l'aide de ce sentiment, et, guidé par la connaissance des lois physiques de la lumière, les effets vagues et incertains seront ramenés à leur vrai caractère.
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