‹ Philosophie des beaux-arts appliquée a la peintureChapitre 6 sur 73 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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L'art ne consiste pas dans de certaines pratiques qui ont fait la réputation et la fortune de quelques peintres; le métier n'étant qu'un moyen de rendre la pensée, il faut nécessairement que la science soit réunie au sentiment pour constituer une œuvre d'art; et, lorsqu'un artiste possède la théorie, il trouve toujours un procédé de peinture en harmonie avec ses facultés intellectuelles.

Prétendre que le sentiment doit tout diriger dans l'art de la peinture, ce serait affirmer qu'il n'y a point de règles pour la perspective, l'harmonie des couleurs, la distribution des ombres et des lumières.

On doit au sentiment naturel, à l'expérience, la découverte des rapports, des analogies, et, par conséquent, des règles dans les arts et les sciences; mais ce sentiment ne peut parvenir à son complet développe-

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ment que par l'étude des lois de la nature. Il procède par induction, il va du connu à l'inconnu, tout en s étayant des connaissances acquises, qui servent de direction au génie.

Plutarque dit, en parlant de la fortune et du hasard : « Dans les arts, rien de ce' qui est bien fait ne Test par hasard, et je ne connais aucune œuvre qui ait roussi autrement que par la prévoyance et la science de l'artiste, lis usent partout de règles, de lignes, de mesures, de nombres; et, dans tous leurs ouvrages, il ne se trouve rien qui soit fait témérairement et à l'aventure. »

Les règles ne gênent point lorsque l'art a été commencé avec elles; mais, s'il s'agit d'un artiste accoutumé à briller par un métier habile, sans autre base que le sentiment, on comprend qu'étant lié tout à coup par des préceptes qui lui sont étrangers, ses facultés puissent en être paralysées, si son jugement n'a pas la môme force que son imagination.

Raphaël n'hésite pas à convenir qu'il ne possédait pas encore certaines qualités dont il ne faisait qu'entrevoir le principe, et plus d'une fois il constate « ce qu'il devait à l'examen des œuvres de Michel-Ange. »

Nous savons aussi qu'Ànnibal Carrache disait que le traité de peinture de Léonard de Vinci lui aurait épargné vingt ans de travail, s'il l'avait connu dans sa jeunesse.

Il esl certain que tes peintres célèbres partirent du

point où leurs maîtres avaient conduit l'art : ils s'élevèrent au-dessus d'eux par l'application de nouvelles lois qu'ils reconnurent en observant la nature, et qui influèrent sur la direction et le développement de leur talent.

Le but des beaux-arts est tout spirituel, il n'existe que dans l'âme, dans le sentiment de l'harmonie, sans

laquelle il n'y a point de beauté, point de poésie, rien qui élève au-dessus de la prose de l'existence. Ce ne

sont pas les objets extérieurs que l'imagination cherche à exprimer, mais l'harmonie que ces objets ont fait naître en elle.

Le véritable génie ne veut rien copier; il veut produire au dehors ce qu'il sent au dedans, et satisfaire à ce besoin d'harmonie qui l'élève si doucement audessus de la vie. Pour atteindre ce but, il faut qu'il soit soutenu par une parfaite connaissance des règles, et qu'il possède ce sentiment naturel qui en fait faire une juste application.

L'imitation parfaite peut donner le plaisir de la surprise, mais non le sentiment du beau; il n'a rien de commun avec l'harmonie. L'art est le vrai universel qui découle de l'application des lois immuables de la nature, et ce sont ces lois qu'il importe de connaître.

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