‹ Philosophie des beaux-arts appliquée a la peintureChapitre 50 sur 73 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

On entend par dessin la forme des objets obtenue par un simple trait ; mais le dessin, en ce sens, n'est qu'un moyen particulier de la représentation des objets; par extension, on a compris dans le dessin la science des ombres et des lumières, c'est-à-dire lemodelé des objets ou le clair-obscur.

lies Italiens distinguent le dessin extérieur et le dessin intérieur; toutefois, lorsqu'il s'agit d'un tableau bien dessiné, cela s'entend du contour et du modelé.

fia science du dessin a toujours été considérée avec raison comme la base de la peinture; sans le dessin, il n'y a pas de véritable beauté, pas de vivacité dans l'expression des caractères; rien ne saurait paraître naturel ni toucher notre cœur.

Le dessin est l'art d'imiter l'apparence des objets; leur beauté optique doit séduire nos regards, et leur beauté intellectuelle plaire à notre esprit. La première de ces qualités est comprise dans la géométrie, la science des proportions, la perspective; la seconde prend sa source dans la philosophie, qui est la base de toutes les productions artistiques.

Lorsqu'on n'est pas soutenu par de bonnes maximes, ou rexcellcnce des écoles, on n'a que des idées confuses sur des parties très-importantes de l'art; il n'est donc pas surprenant que la fantaisie, la mode, la séduction de quelques maîtres étrangers à la philosophie, viennent donner aux esprits, à de certaines époques, une fausse direction qui réagit sur la manière d'interpréter la nature.

Les nombreuses imitations de Watteau, de Boucher, qui ont été les rois de la mode, n'ont fait que perpétuer, sans avantage pour l'art, le genre que ces maîtres avaient adopté. Les Grecs, au contraire, en s'appuyant sur la philosophie, n'ont représenté dans leurs œuvres de premier ordre que des statues appartenant à toutes les époques, et entièrement en dehors des costumes ou de la mode contemporaine à leurs auteurs.

Un grand nombre d'artistes ont traité de la suprématie du dessin sur le coloris; beaucoup d'autres ont mis le coloris au-dessus du dessin, et la dispute peut continuer longtemps encore.

Si nous comparons les difficultés du dessin à celles du coloris, nous voyons qu'elles diffèrent essentiellement quant aux recherches physiques et morales, nécessaires à l'imitation de la nature.

Le clair-obscur et le coloris sont deux parties de l'art dont les principes, bien que très-nombreux, sont accessibles même aux génies de second ordre; et ces moyens leur suffisent pour plaire, une fois qu'ils les ont bien compris; mais, l'homme étant le plus parfait des êtres de la création, il faut mettre au premier rang tout ce qui se rapporte à son image.

L'expression que Ton obtient par le dessin a une puissance, un attrait, qui s'adresse directement à l'âme, et se renouvelle chaque fois qu'on voit le tableau. Ce n'est plus l'exécution qui force notre admiration, c'est un sentiment dont la source est au fond du cœur.

A la vue de ces figures de maîtres dont les têtes sont frappantes de vérité, d'expression, de caractère, de beauté, l'esprit trouve un aliment précieux de jouissances, et c'est principalement à celle grande qualité du dessin jjue Léonard, Raphaël, Albert Durer, Holbein, durent la réputation de leurs tableaux.

Philostrate, dans la vie d'Apollonius, nous fait connaître quelle importance il attachait au dessin : « Les premiers peintres de l'antiquité, dit-il, ont peint avec une seule couleur, et rien n'empêche qu'on ne distin-

guc, dans de pareille peintures, les formes, les caractères, les passions. »

Avec un crayon blanc, on représentera un nègre. Le trait ne cessera pas de paraître blanc; mais les cheveux crépus, la forme du nez, des joues, de la bouche, le noirciront à nos yeux.

Tout en reconnaissant la supériorité du dessin, dont le but est de représenter la beauté des proportions, des mouvements et des formes du corps, l'expression des passions, on ne saurait nier que le coloris ajoute une grande force de signification, et qu'il est essentiellement lié à la reproduction fidèle de la nature.

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