CHAPITRE VI
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En incitant trop de précipitation & exécuter une composition qui n'a pas été mûrie par le jugement et la réflexion, on est exposé & luire des changements continuels sur son tableau ; il en résulte une perte de temps considérable, la qualité de la peinture en sourire, la couleur repousse, et Ton peut aflirmer qu'ils ne se conserveront pas longtemps.
Ayant donc fait le carton du tableau que Ton veut peindre, et s'étant servi de la nature pour le conduire a sa plus grande perfection , on le décalque sur la toile eu piquant avec une aiguille le trait du dessin: puis, on tamponne de la poussière de charbon, qui, en passant à travers ces petits Irons, laisse son empreinte sur la toile.
Lorsque le carton est très-Uni, on le place sur une
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feuille de papier destinée à recevoir les piqûres de l'aiguille qui servent à décalquer le trait, et Ton conserve ce carton comme modèle.
On voit au Musée de Londres un petit tableau de Raphafil, au-dessous duquel est encadré le papier piqué dont il s'est servi pour décalquer le carton. Le Musée du Louvre possède aussi de ce maître un carton piqué qui est exposé dans les salles de dessin.
Ou ébauche le tableau avec des teintes plus claires qu'elles ne doivent l'être lorsque le tableau est achevé, afin d'en rehausser le ton au moyen des glacis, qui donnent plus de force, do transparence aux ombres, plus do puissance a la coloration.
Il faut placer chaque couleur en sou lieu, empâtant les objets scion leur nature, leur plan, leur degré de lumière; et, pour faciliter le travail subséquent, donner la plus grande union h la couleur.
L'ébauche étant terminée et bien sèche, on racle la peinture très-légèrement avec le couteau, pour enlever le surplus de la couleur et la rendre bien unie.
On reprend l'ébauche, en travaillant chaque partie avec soin. Premièrement, les lumières des chairs, sur lesquelles on met des demi-pâtes plus nourries, plus vives de couleur, et auxquelles on ajoute un peu de pommade ù retoucher, pour que la pAte soit plus adhérente. (Cette pommade est un mélange d'huile de pavot blanc et de vernis double.)
Les couleurs étant posées franchement les unes ù
côté des autres, on les fond avec une brosse sèche, dont l'office est de conserver la pureté et la finesse des teintes, de manière à reproduire cette suavité dans les contours, cette union, cette finesse que présente la nature.
Pour faciliter ce travail, on frotte préalablement avec de l'huile de lin la partie que Ton veut reprendre, puis on Tessuie avec un linge propre, de manière qu'il ne reste qu'une légère humidité sur la toile. On peut aussi se servir de pommade à retoucher, que Ton étale avec le doigt et bien également; la couleur s'attache mieux sur cette préparation, elle nourrit la pâle, qui, étant moins poreuse, acquiert un plus grand éclat.
On reprend les parties ombrées avec des demipâtes transparentes ou des glacis, selon la nature des objets, et jusqu'à ce qu'ils aient acquis le degré de puissance convenable. C'est ce que les Italiens appel* lent vcllatura.
11 faut attendre que chaque glacis soit bien sec avant d'en superposer un autre. Le tableau doit être conduit avec ensemble, avec ordre, et maintenu constamment dans l'harmonie générale, de façon qu'il ne présente pas des parties terminées et d'autres & peine ébauchées.
On peint les draperies bleu d'azur franchement dans la pâte et dans leur nuance exacte, afin de conserver la fraîcheur cl la pureté qui caractérisent celle couleur. On glace les autres nuances avec des couleurs
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transparentes que Ton passe sur toute l'étoffe, h plusieurs reprises, et surtout dans les ombres.
Après avoir achevé de recouvrir chaque partie du tableau par des empâtements plus ou moins robustes, selon la nature des à. xents objets qui le composent, on termine la peinture en donnant plus de vigueur, plus d'union aux parties qui en manquent , et l'on peut passer sur le tout un glacis doré très-léger qui ajoute à l'harmonie générale.
Les peintres de l'école vénitienne ont fait très-souvent des ébauches en grisaille , qu'ils coloraient au moyen de glacis. Mais le principal défaut de cette manière de peindre est de rendre les lumières vitreuses, la touche monotone ; de telle sorte que le rendu n'a plus la spontanéité que l'on trouve dans la nature.
Le musée de Parme possède une toile inachevée du Parmesan, qui représente une Madone assise sur un trône, dont l'ébauche en grisaille est dans son état primitif dans toute la partie inférieure de la composition. Ce spécimen est d'autant plus précieux, qu'il permet d'étudier à fond ce genre de peinture et de le comparer aux autres manières de procéder.
Des quatre tableaux du Corrége que possède ce musée, deux ont été ébauchés en grisaille, et les deux autres dans la couleur naturelle des objets, mais rehaussée par des glacis et des demi-pâtes. L'éclat de la lumière, la beauté et la fraîcheur du coloris de ces derniers, leur donnent une supériorité marquée sur les deux
autres. Ces magnifiques tableaux sont connus par la gravure et représentent la Madone alla scodella et le Saint Jérôme.
La méthode d'ébaucher un tableau dans sa couleur naturelle 9 d'empâter les lumières, les ombres, et de les reprendre par des demi-pâtes ou des glacis, offre des ressources puissantes pour donner de la finesse et de la suavité aux demi-teintes, de l'éclat à la lumière, et représenter la nature dans toute sa beauté. Elle offre le moyen de conduire une œuvre avec sûreté et d'ajouter, autant qu'on le veut, à la puissance, à la finesse, à l'harmonie des couleurs et du modelé.
Les tableaux qui ont été peints de cette manière n'ont pas repoussé, et ils sont restés d'une fraîcheur de couleur surprenante.
La peinture au premier coup ne peut pas supporter In comparaison avec celle-ci ; on l'emploie seulement pour les grandes machines et les esquisses.
Ce que nous avons dit de la peinture des figures s'applique également à tous les genres. On voit trèsbien dans les paysages des maîtres l'usage intelligent qu'ils ont su faire des glacis et des demi-pâtes, pour donner de la vie, mettre de l'air et harmonier leurs magnifiques compositions.
On doit être très-réservé dans l'emploi de l'huile, dont l'abus est la principale cause de la perte d'un grand nombre de tableaux. Il faut la mélanger au vernis double ou au copal et s'en servir le moins pos-
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sible ; car, lorsqu'elle est en excès dans la couleur, la peinture s'écaille ou noircit promptement.
L'huile de lin naturelle ou cuite (sans litharge) est la meilleure, parce qu'elle blanchit à la lumière et se carbonise moins promptement que les autres. Les récentes expériences chimiques faites à ce sujet nous apprennent que rien n'est plus préjudiciable à la peinture à l'huile que l'emploi de l'huile.
N. B. Les papiers transparents que l'on fabrique aujourd'hui pour décalquer sont d'un emploi plus commode et plus expéditif que le piquage, dont l'usage a été abandonné depuis ce perfectionnement; cependant l'ancien usage est encore pratiqué pour les grandes toiles.