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CHAPITRE IV

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Si les dons do l'esprit ne sont pas toujours alliés aux qualités du cœur, si le talent, au lieu de se mettre au service de In vertu, se prostitue trop souvent au scr- * vico de la vanité, do la frivolité, et mémo do la corruption, la douleur quo Ton éprouve en faisant cette remarque n'annonce-t-clle pas, du moins, qu'on s'étonne de ce divorce contre nature, et qu'on s'attendait à retrouver en accord deux genres de mérite si bien faits pour aller ensemble? Est-il unoplus bcllo alliance, en effet, que celle du génie et do la vertu ?

Les succès qu'obtient l'esprit, quand il dovient infidèle au cœur, ne sont-ils pas dus, en grande partie, & ce qui peut existor encore de bon, de généreux, do

1 Do Gorandc, Du perfectionnement moral.

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pur» dans une Ame égaréo par les séductions de la vanité ou les attraits du plaisir?

Les- puissances de l'entendement sont, comme les facultés du corps, un instrument mis & la disposition de chacun do nous. Est-il donc étonnant que les passions s'en emparent, et qu'elles réussissent à former des hommes instruits et habiles? Toutefois les puissances do l'esprit ont avec celles de la volonté un foyer commun; elles se rencontrent dans lo principe d'unité qui préside & notre na lu ro; elles no peuvent donc, dans leur développement, rester étrangères les unes aux autres, cor il n'y a pas d'œuvres supérieures dans les arts, sans la volonté; il faut quo la chose soit voulue, et, dans ce cas, vouloir, c'est savoir.

Le perfectionnement intellectuel consiste:

r Dons les lumières acquises;

2' Dans lo développement harmonique des fucultés de l'intelligence.

C'est un heureux concert qui s'établit entre ellos, lorsque chacuno, croissant en énergie, remplit les fonctions qui lui sont propres, et qu'elles concourent & leur destination commune

Le perfectionnement intellectuel conduit ainsi à

l'accroissement des connaissances, et en même temps

il rend capable d'obtenir des lumières complètes,

coordonnées, réglées sur de sages proportions; il

garantit du danger de la demi-scionco, plus fatale quo

l'ignorance.

On voit déjà que l'homme doit trouver dans ï'habU tude de se gouverner lui-même le moyen essentiel de soumettre ses facultés à celte sage subordination. On voit également que l'harmonie des facultés morales prépare, par de secrètes influences, l'harmonie des puissances de l'entendement; que l'Âme, en Rappliquant à la méditation v introduit Tordre et le calme dans les régions* de l'intelligence, et assujettit toutes les facultés au service de la raison.

Tous les progrès, dans Tordre des travaux intellectuels, dépendent du pouvoir de captiver son esprit. Or cette condition est éminemment favorisée par l'empire que l'Ame obtient sur elle-même, par le recueillement, le calme, qui accompagne Tamour et la pratique de ce qui est bien.

Des intentions vénales peuvent engager dans la carrière de Tétudc; le talent peut se mettre au service de l'ambition, de la vanité, de la cupidité même ; mais cet intérêt calculé, aura-t-il rien de commun avec le goût de l'étude?

Le charme qui attache à Tétudc pour elle-même! qui la fait préférer aux honneurs, à la fortune, qui suffit pour remplir de douceur une vie obscure, n'est* ce pas, en effet, quelque chose qui correspond en nous à un sentiment désintéressé, & ce qu'il y a de plus noble dans notre nature? Ne recherchons-nous pas les heures et les lieux qui sont les plus propres & favoriser la paix et Tindépcndanco intérieures?

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-* On peut affirmer que le charme de l'étude ne se déploiera pas au milieu du trouble et des' anxiétés de l'âme ; le recueillement qu'il suppose ne sera pas possible à celui qui laisse l'accès ouvert aux distractions du dehors; les douceurs qu'il répand resteront inconnues de celui qui est niai avec lui-même.

Les intentions vénales, qui substituent 6 un culte désintéressé un calcul de personnalité, trompent, d'ailleurs, ce calcul lui-même. Nous leur devons ces

études superficielles, cette érudition d'emprunt, ces

productions avortées qui attestent l'avidité de jouir, l'impatience de so produire. Nous leur devons les écarts des talents précoces, le prompt épuisement qui en est la suite. Nous leur devons les prétentions et les travers du bel esprit. Nous leur devons le triste spec tncle de ces talents qui s'avilissent en mentant à leur mission, qui faussent 6 plaisir les idées et les sentiments, qui s'humilient par l'adulation, qui se vendent aux intérêts des partis, et tournent contre la vérité elle-même les armes qu'ils avaient reçues pour en soutenir la cause.

* On peut ranger sous trois ordres principaux les facultés actives de l'intelligence, et rapporter & trois

principaux points de vue lès causes qui déterminent

les succès dans les diverses carrières de l'étude :

l 9 L'esprit d'observation qui recueille les éléincnU

des sciences cl des arts; ,

2* Lo jugement qui les met en ordre;

SI PU1L0S0PMB DBS BBAUX-ABTS.

3* L'esprit de création, qui met en œuvre ces matériaux! pour produire les découvertes, créer les modèles, ou réaliser les applications pratiques.

Sous chacun de ces trois points de vue, les facultés de l'esprit peuvent recevoir de la vertu les plus précieux secours. Ces secours seront essentiellement le fruit de l'harmonie, de l'amour du bien, de l'empire de soi.

L'esprit d'observation est le messager que la raison envoie en avant pour explorer les lieux et préparer les voies. Il exige une attention libre, une réflexion indépendante.

Si le cœur est asservi, il est difficile que l'attention soit libre. Les passions sont la cause des distractions, les plus fréquentes et les plus impérieuses. L'attention bien dirigée est l'empire de soi, appliqué à l'action de l'esprit : on ne voit bien que dans le calme.

Au moment de la surprise, l'objet brille d'un plus grand éclat, il se fait mieux remarquer; aussi faut-il attendre que l'émotion soit apaisée pour pouvoir la soumettre & une investigation approfondie.

L'action de la réflexion intérieure, par laquelle Tes» prit s'interroge, se scrute lui-même, est le principe do toute étude philosophique; elle exige une liberté entière, parfaite. Or la vertu seule délivrera la réflexion des entraves qui la captivent. La vertu l'a déjà aidée & s'isoler du tumulte extérieur; elle l'a exercée aux interrogations sincères que l'Ame s'adresse à elle-

même; elle a rendu la pensée familière à la pensée.

Pour être disposé à s'obserVfer, il faut consentir & se voir, et pour vivre dans le commerce avec soimême, il faut être satisfait de soi. La vertu décore cette résidence intérieure que le vice eût souillée; elle nous y retient, en y fixant le siège du vrai bonheur, il faut une âme pure pour recevoir la vérité, comme il faut un milieu transparent pour recevoir la lumière.

Le calme ne doit pas être confondu avec l'insensibilité, car l'insensibilité n'est pas le calme. Si l'insensibilité délivre des sollicitudes qui se rattachent aux intérêts d'autrui, elle ne délivre pas de celles qui naissent de la personnalité. Le vide du cœur est aussi un principe d'agitation. Les affections douces, les sentiments généreux, rafraîchissent, reposent et fortifient l'entendement; les pensées sereines émanent de la pureté de l'Ame.

L'ordre qui rè^ne au dedans de nous facilite le travail de la réflexion comme la symétrie favorise l'observation des objets sensibles. Comment la vertu redouterait-elle ce regard investigateur, n'ayant que des motifs qu'elle peut avouer, et dont elle aime a se rendre compte ?

On a cru trop généralement pouvoir traiter les sciences philosophiques comme les sciences positives; cette erreur a nui à leurs progrès. Elles exigent un instrument particulier : l'étude approfondie de soi-

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