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même; et cette élude est intimement liée & la pratique des plus hautes vertus.
11 y a donc eu peu de grands philosophes, parce qu'il y a trop peu d'hommes éminemment vertueux» N'est-ce pas à ce titre que Socrate a été, dans l'antiquité, proclamé le restaurateur de Ja philosophie? Il enseigna que la science et la morale ont une source commune : la connaissance de soi-même. Dans ce principe unique, il renferma tous les principes de découvertes qui devaient guider ses successeurs dans les régions de la sagesse. Le célèbre oracle de Delphes ne peut être réellement compris que des gens de bien.
Le jugement a mille voies ouvertes à côté du sentier unique qui conduit a la vérité; dans chacune d'elles, on peut paraître original, par cela seul qu'on est in* fidèle à la droite raison. Pour produire de l'effet, il su fllt trop généralement de réunir deux idées qui s'étonnent d'être ensemble : lo paradoxo doit son succès ù la hardiesse» & la nouveauté.
Los esprits justes ont paru pAlcs et la raison mono* tono & des sectes entières de philosophes qui faisaient profession de la dédaigner. La philosophie n'cst-cllo pas un long commentaire des lois do la nature, basé sur les leçons du bon sens? N'est-ce pas lo bon sens qui, en so propageant, de conséquences en conséquences, et confirmant leur liaison, régit avec sûreté l'entendement dans les spéculations les plus relevées?
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La bon sent est au jugement ce que le naturel est au style. Le meilleur gardien du bon sens, c'est la vertu; la meilleure garantie de la rectitude de l'esprit, c'est la droiture du cœur.
Parmi les sources de nos erreurs, il en est deux principales qui tiennent aux rapports du jugement avec la volonté, c'est-à-dire, celles qui naissent de vues incomplètes et celles qu'enfantent les prestiges de l'imagination.
Dans les vérités complexes qui demandent de l'impartialité, un esprit prévenu par la passion ne considérera les objets que sous les aspects auxquels cette passion met du prix, et fermera les yeux sur ceux qui la contrarient. La passion prêtera une vivacité nouvelle aux images trompeuses qui empruntent les apparences de la réalité; die se complaira à exagérer les apparences d'un fait, ou diminuera la dislance des objets; elle y répandra avec complaisance les teintes qui conviennent & ses craintes, & ses désirs. Aussi, plus une opinion touche de près à nos intérêts, pins elle reçoit le caractère qui convient à ces intérêts. On est rarement d'accord sur les choses qui se lient aux affections individuelles; on se rencontre toujours sur les axiomes indifférents par eux-mêmes.
Combien do fois ne croit-on pas avoir une opinion, lorsque, dans la question, il n'y a qu'un engagement d'amour-propre ? Et ce sont ces prétendues opinions qu'on soutient avec le plus de chaleur, pour la
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défcnso desquelles on montre le plus d'intolérance.
Les influences morales viennent donc, de toutes parts, s'offrir à la raison comme autant de précieux auxiliaires; elles dissipent les nuages, affermissent les pas, rectifient les directions. Si elles ne peuvent prévenir d'une manière directe les préjugés qui naissent do l'imitation, do l'habitude, elles nous apportent néanmoins d'utiles moyens de contrôle.
Les préjugés qui dérivent do l'habitude ou délimitation reçoivent une extrême faveur de la servilité dans laquelle l'amour-propre se place & l'égard de l'opinion du monde; les aveugles routines s'établissent et se confirment par un défaut de vigilance sur soi-même. Tous le» préjugés reçoivent leur confirmation de celle excessive confiance en nous-mêmes, qui . rend les erreurs irrémédiables; tous les préjugés se coalisent pour proscrire cet art savant du doute, qui renverserait leur empire, ouvrirait les voies à la recherche do la vérité. Or qui mieux que la modeslio, celte lillo sincère do la vertu, peut enseigner cet art du doulo, cetle salutaire défiance de «oi, qui sont la meilleure préparation à la vraie science?
Un esprit sain se place dans une Amo honnête comme dans sa résidence naturelle. En boaucoup do choses, la morale prononce pour nous d'uno manière plus srtro que notre raison n'aurait su le faire.
U faculté de création engendre les découvertes dans les sciences, les modèles dans les arts, et fait passer
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la théorie dans le domaine de l'application. Ce don de la nature, suivant ses degrés, reçoit les noms d'habileté, de talent, de génie. Celte faculté peut donc se séparer de la moralité du caractère, qui est toujours un mérite acquis, et se développer par l'éducation. S'il n'y a pas d'art qui supplée au talent, il est un art qui l'éveille et le cultive; or ectto culture ne re« voit-elle aucun bienfait des influences morales? La nature n'a point été aussi avare du talent qu'on le suppose; seulement elle l'a réparti dans des degrés divers, sousdes formes différentes, variant pour chacun les aptitudes comme les situations et les circonstances.
Que de germes cependant, qui, h défuut d'uno culture favorable, ne se sont point développés, ou no se sont développés qu'imparfaitement! Combien de talents, tout en excitant notre admiration sous quelques rapports, nous affligent par leurs écarts! Combien d'ouvrages heureusement conçus sont restés incomplets! Combien do dispositions restées stériles eussent été fécondées par les exercices de la vertu? Ces exercices n'auraient-ils prévenu aucune des déviations qui semblent rendre le génie iulidèlo n lui-même? n'y a-t-il donc aucun commerce entre lo talent et le caractère, entre les conceptions et les mœurs; et la vie do l'entendement ne reçoit-elle rien de la chaleur do l'Aino?
Qu'ils s'interrogent, ceux qui, dotés des faveurs do la nature, se livrent avec succès aux travaux do Tin-
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tclligenco, et se croient dispensés d'améliorer leur viel Dons les heures fortunées qu'ils consacrent & ces nobles opérations, ne sont-ils pas meilleurs qu'ils ne pensent l'être, et qu'ils ne se proposent de l'être?
Leur imagination ne dérobc-t-ello pas h la vertu ce quo leur caractère n'a pas osé lui emprunter? Ne ro« cueillent-ils pas alors en eux-mêmes uno portion do ectto vio morale qu'ils ont trop exeluo du reste do leur conduite? N'est-ce pas elle qui, h leur insu, vient encore les animer de son soufflo et leur suggérer en secret do hautes pensées?
Trois conditions essentielles concourent au déve* loppement do cette faculté créatrico dont on envie tant la puissanco : premièrement, c'est uno grando liberté d'esprit qui, so mouvant à son gré, va partout choisir les éléments nécessaires h de nouvelles combinaisons. Secondement, c'est le sentiment de l'ordre, le goût des convenances, servant h saisir les corrélations les plus naturelles, et qui, par des gradations harmonieuses, fait jaillir lo connu de l'inconnu. Troisièmement, c'est celte énergie de l'esprit qui assemble cl combine les idées éparscs pour eu former un fais* ce au d'où naissent les divers systèmes.
Or il n'est pas uno sculo de ces conditions que lo concours des idées morales n'aide puissamment & remplir. L'empire. do soi est nécessaire A la liberté d'esprit, parce qu'il est le principe do toute liberté intérieure. Lo principe de l'ordro naît de l'amour du
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bien, qui est le culte de Tordre essentiel et parfait* L'énergie reçoit un secours précieux de ce régime salutaire, qui entretient la vigueur et la santé de l'Ame» Les grandes pensées Sont plus accessibles & qui contracte Thabi tude des belles actions.
L'amour du vrai, du beau, cette passion noble, ordonle et pure, exalte les forces do l'intelligence; elle est un avec l'amour du bien, lléhabilitons donc le la* lent dans sa dignité légitime, rendons-lui ses titres do parenté avec la vertu, titres qu'il reçut de la nature môme, paronté qui l'encourage et l'Iionoro.
No craignez point do chercher dans votro amélioration morale une vraie initiation aux exercices do l'esprit, vous qui dans les beaux jours de la jeunesse tressaillez d'un généreux transport en présence des perspectives que le génio ouvro & riiumanité, qui croyez entendre au fond do vous-mêmes son éloquent appel, qui vous sentez capables d'aspirer aux palmes qui lui sont réservées. Quo vous faut-il? des points de vuo élevés? Où en trouverez-vous do plus haut placés quodans ces sommitéssur lesquelles notre nature entre on communication avec une naturo supérieure? Où puiserez- vous do plus vivos et de plus salutaires émotions quo dans les affections généreuses qu'accompagne l'oubli desoi-mémo, dans losentimont religioux, dans la foi?
Les habitudes vertueuses empêcheront le talent do se perdre dans l'oisiveté, do s'égarer dans une fuusso
direction, de se dissiper dans de vaines conceptions. Elles lui conféreront son plus digne prix, lui prépareront sa plus belle couronne, en l'appelant à servir les intérêts de l'humanité.
Dans les arts brillants qui décorent la scène du monde, combien de pensées lumineuses, émanées du foyer de la morale, ont répandu au loin un éclat immortel ! Quels types la vertu a offerts a la poésie, aux arts du dessin, à l'éloquence, a la musique elle-même! Quelle vie nouvelle, quelle âme elle a su répandre dans tous les tableaux dont l'imagination ébauchait les esquisses! Quelle sublimité elle a donnée à Fart oratoire, aux vues de l'histoire, aux considérations qui embrassent la connaissance des choses humaines 1 Les inspirations morales sont une source inépuisable de découvertes qui peuvent être obtenues dans les régions les plus diverses !
Toute création n'est qu'une combinaison. Or l'égoïsme est le plus actif des dissolvants, comme l'amour est le plus puissant de tous les principes d'affinité.
Une pensée forte est l'alliance d'idées qui se trouvaient a une extrême distance Tune de l'autre, mais qu'unit cependant une étroite analogie. Dans l'ordre des idées qui touchent aux choses humaines, l'amour et la vertu ont une puissance magique pour révéler ces affinités; ils sont l'expression de la force attractive et du sentiment exquis des convenances.
Il est une supériorité que l'égoïsmc réclame et que
l'opinion du monde ne lui refuse pas : c'est celle de l'habileté dans les affaires. H n'est pas étonnant que l'égolsme soit bien inspiré/ dans les calculs dictés par l'intérêt personnel, attendu la persévérance et, l'ardeur qu'il met dans la poursuite des affaires; le choix des moyens lui étant indifférent, il suit des voies abrégées que s'interdit une moralité délicate. La vertu, sous ces rapports, reconnaît les désavantages de sa position ; elle l'avoue, elle s'en honore. L'estime d'autrui Y la conscience de sa propre estime, donnent plus de fermeté, d'assurance, dans le commerce avec les hommes; on exerce-sur son prochain une influence plus réelle, plus stable, quoique plus lente et plus tardive, par la confiance qu'on lui inspire, que par toutes les combinaisons de l'esprit.
Touto opinion que nous nous formons de notre prochain n'est qu'une présomption; d'où il suit que celui qui ne le juge jamais favorablement s'accuse, par là même, de le juger trop sévèrement. Celui qui ne se trompe jamais en absolvant les autres hommes doit so tromper fréquemment en les condamnant à tort. Si tel est le mérite de l'égoîsme, qu'il en jouisse, qu'il en triomphe, cet avantage est digne de lui.
L'esprit d'observation doit être secondé par la réflexion intérieure. C'est en nous-mêmes que nous éludions les autres et que nous trouvons la solution des problèmes que présente la société.' En effet, ne jugeons* nous pas les autres hommes semblables à nous? S'être
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mêlé au monde, l'avoir visité en tous sens, ce n'est pas encore l'avoir connu véritablement, ni l'avoir jugé, si l'on n'a pas appris avant tout h se connaître, & se juger soi-même. ' • ' ;
Plus l'esprit a d'élévation, d'étendue, mieux il ap* précio les rapports par lesquels les vérités morales se coordonnent entre elles, se lient à In destinéo humaine) A la prospérité sociale, au bonheur individuel. La scienco do la vertu est l'héritage des grandes intelligences.
Donnons & nos facultés intellectuelles l'éducation qu'elles sollicitent elles-mêmes, et, loin do crain* dro leur progrès, Taisons-le servir & notre perfeo tionncmciil. Exerçons ces facultés surdos notions justes, solides, & suivre des voies droites et régulières, & rester fidèles aux lois do la nature. Que lo vrai, le bon, soient invoqués avec sincérité, et, par conséquent, recherchés, aimés pour eux-mêmes; on peut diro, avec J. Le Fèvrc-Dcumicr :
Lo vlco appesantit et fait ramper la flamme;
Mgno donc tes wrlui, |iour flover ton dme. ' ' •
Les philosophes n'ont pas cessé d'accuser l'imagination comme l'ennemie irréconciliable do notre raison, de notre moralité, do notre bonheur, lisent vu en cllo la source des prestiges qui nous égarent, des vaincs ambitions qui nous exaltent, de tous les troubles
PHILOSOPUIK DBS BBAtJX-AnTS/ . M
qui s'élèvent dans noire cœur* Ces accusations sont', à quelques égards, Tort justes, et peut-être ne sontelles pas épuisées : l'imagination peut altérer de mille manières les notions du bien, et porter atteinte au culte dont elles déterminent l'objet.
L'imagination étant appelée à remplir des fonctions subordonnées, si elle reste abandonnée h cllo-méme, l'ordro des choses est ronversé, l'empire de soi en est affaibli. Aussi rcmarquo-t-ou que l'abus do l'imagination amollit le caractère, et qu'il fournit un aliment abondunt aux passions. Cet abus trouble la paix, principe do la vraie force; il substitue do molles et fugi-, lives peintures h la sol i do substanco des réalités; il prête lo pernicieux secours des illusions à l'Ame, qui, au milieu des épreuves, était appelée & so fortifier par la résistance; il promène dans lo vague des rêveries rhommo destiné & accomplir des actions néricuscs dans un monde positif; il ne lui oiïro quo dos objets mobiles, soumis & son bon plaisirs transformant son oxistenco en un vrai jeu, lo gouvernement do soimémo en une véritable anarchie; laissant un libre cours & tous les écarts do l'indépendance.
Défendons-nous donc du penchant trop ordindiro déconsidérer les sujets qui se rattachent aux destinées do l'hAmmo sous cet aspect quo l'on appelle le côté implique! On s'exposerait ainsi n faire valoir les accords superficiels qui charment l'imagination sur les sévères harmonies du devoir; 6 prendre l'élégance