LE SYSTÈME SENSITIF ET LE SYSTÈME ACTIF
PARTAGÉS EN DEUX SYSTÈMES i
J'observe que plusieurs phénomènes bien distincts et sul generis précèdent la naissance du Moi; qu'en admettant avec vous, comme je le ferai dorénavant, d'après votre lettre, que la force hyper- organique ne concourt pas, ou du moins pas essentiellement aux mouvements instinctifs, qu'il ne naît qu'après que le centre cérébral meut spontanément, en vertu des déterminations qu'il avait contractées pendant ces mouvements, pour me servir de vos expressions ; en admettant, dis-je, cette manière de voir qui me paraît être très -plausible, il y a deux époques, et par conséquent deux systèmes, avant la naissance du Moi, qui, avec les deux qui la suivent, en font quatre :
Première époque. — Impressions sur les sens; les phénomènes qui en résultent forment un premier système.
< Date 1807 ou 1808.
k cette époque, mon père allait dans quatre jours remplacer M. Labbey, professeur à l'École polytechnique; il était répétiteur. Ma grand'-mère vivait encore, mais était très-malade.
Je rappelle les expressions très-touchantes de mon père occupé à consoler sa mère, et cette phrase qui m'émeut profondément au moment où je la transcris : ... « Je sens trop que de la manière dont je m'en acquitterai (le cours dont il était chargé) dépend en grande partie le sort de ma vie, et la tranquillité de ce que j'ai de plus cher au monde. Que deviendraient ma mère et mon enfant, si je perdais l'espoir d'être professeur moi-même un jour? »
M. Ampère a été nommé professeur en 1809.
Deuxième époque. — Les causes de ces impressions cessent ; mais tout n'est pas anéanti ; les phénomènes qui restent sont comme les traces de ceux qui avaient eu lieu pendant l'existence de ces causes ; ils appartiennent au deuxième système.
Troisième époque. — Naissance du Moi et de son correctif le Non-moi ; le Moi s'empare, en quelque sorte, de tout ce qui meuble déjà son cerveau ; il le perçoit, et s'en attribue une partie; une autre, aux êtres hors de lui. De là, naissent d'autres phénomènes dont se compose le troisième système.
Quatrième époque. — Ces phénomènes supposent et une action particulière du Moi, et souvent le concours de circonstances extérieures. Cette action peut cesser pour passer à un autre objet; ces circonstances extérieures peuvent disparaître; mais tout n'est pas anéanti pour cela; il y a de nouveaux phénomènes conservés de ceux du troisième système, comme ceux du deuxième, de ceux du premier.
J'en forme un quatrième système. Maintenant je reconnais quatre phénomènes sui generis dans chaque système. On peut les ranger dans l'ordre qu'on veut, parce qu'ils naissent simultanément, et s'influencent mutuellement, comme vous me l'avez observé, dans une lettre précédente, au sujet du jugement et de l'émotion que vous m'avez montrés s'influençant réciproquement, au sujet d'un rêve où l'émotion produisait le jugement, tandis qu'ordinairement c'est le jugement qui détermine l'émotion. C'était un jugement faux ; mais ce n'en était pas moins un jugement, puisque vous croyiez à l'existence des êtres chimériques que vous offrait alors votre imagination.