DÉPUTÉ AU CORPS LÉGISLATIF AUPARAVANT SOUS-PRÉFET DE BERGERAC
Abrégé de l'histoire de l'activité intellectuelle, depuis le simple sentiment du Moi jusqu'à la formation des idées générales et l'aperception des rapports qui existent entre les êtres, indépendemment de la manière dont ils nous affectent.
Il m'est assez indifférent que vous vous écartiez de ma nomenclature, pourvu que vous en admettiez les bases, sans lesquelles je ne vois pas qu'on puisse systématiser les faits psychologiques, ni en démontrer l'origine.
Ces bases sont la distinction du système sensitif et du système actif, qui se divise naturellement en phénomènes résultant : 1° immédiatement de l'activité, tels que le moi, la réminiscence, l'attribution des sensations à des causes extérieures, etc. •
2° De la faculté d'apercevoir les rapports de ressemblance et d'opposition, qui se trouvent entre les diverses manières dont nous sommes modifiés. Telles sont la formation des idées générales et du langage, avec tout ce qui en dépend, les classifications, les combinaisons de l'imagination, etc.
3° De la faculté d'apercevoir les rapports ou relations, qui dépend uniquement du mode de composition ou de coordination des éléments, et non de la nature de ces élé-
1 Cette lettre est sans doute de 1809 ou de 1810. (Note de V éditeur.)
ments, ni de la manière agréable ou pénible dont ils nous modifient.
Dans mon dernier tableau, je vous proposais dénommer eontuition l'acte par lequel nous apercevions ces relations. Depuis j'ai adopté pour cela le mot synthétopsie. J'aime bien à établir, même dans le mot, de l'analogie entre ce pbénomène et l'autopsie ; car il est en quelque sorte le complément de l'autopsie; comme la comparaison est celui de la sensation. En effet, j'ai reconnu la vérité d'une chose que vous me disiez à votre dernier voyage, et que je combattis alors : les idées psychologiques telles que celles du jugement, de la causalité, de la volonté, en un mot toutes celles qu'expriment les mots de mon tableau des phénomènes actifs, sont des idées synthétoptiques, comme je les nomme à présent. Vous les trouverez indiquées dans le tableau sous le nom de notions. En effet, un jugement n'est pas un groupe d'idées qui se ressemblent, comme le voulait Condillac; mais c'est une idée simple. Le rapport numérique entre cinq étoiles et cinq hommes ne se compose pas de cinq parties. C'est un rapport simple, et le jugement qui le découvre est simple aussi. ]NTos divers jugements ne sont pas une classe de phénomènes qui se ressemblent ; c'est un seul et même mode de coordination , toujours identique à lui-même, et dont l'idée est une idée simple et individuelle , de même qu'entre cinq hommes et cinq étoiles il n'y a pas une ressemblance qui nous laisse l'idée du nombre cinq, mais un mode de coordination, identique à lui-même sous le point de vue du nombre1. Je distingue donc soigneusement la
1 La comparaison des phénomènes est un acte intellectuel dont la trace dans l'âme sont les idées générales ; par exemple, je compare plusieurs sensations douces; il en résulte pour moi l'idée de douceur. La vue d'ensemble parla-
comparaison qui laisse les idées générales et les modes de coordination auxquels elle donne lieu, savoir : les jugements proprement dits, ou de comparaison, soit simples, soit collectifs, et les combinaisons formées dans l'entendement à l'aide des idées générales; je distingue tout cela, dis-je, de la synthétopsie, qui lie les idées synthétoptiques ou notions, et par laquelle on aperçoit les relations qui constituent un mode de coordination ou qui en découlent, des déductions, soit immédiates comme les axiomes de la psychologie et des mathématiques, soit progressives comme les démonstrations des théorèmes ; et enfin je distingue tout cela des assentiments.
Je voudrais vous faire sentir combien il y a de différence entre ces deux systèmes, quoique ce soit ceux qui se ressemblent le plus, dans le point commun des rapports ou relations qu'ils créent pour nous.
Ces relations, que la synthétopsie nous découvre, existaient dans le groupe du moment où il était formé ; mais nous n'en avions pas la notion à part; la synthétopsie nous la donne. Ainsi dès qu'on a vu ou touché des particules matérielles placées en ligne droite, il y a eu la relation de rectitude entre les sensations excitées par ces particules, et associées organiquement par l'œil ou le tact. Mais pour avoir à part la notion de cette rectitude, idée synthétoptique individuelle, il faut une synthétopsie. .
quelle on saisit la relation qui existe entre plusieurs idée?, laisse empreintes dans l'âme les notions des rapports de ces idées, soit en tant qu'elles sont coordonnées entre elles, soit en tant que l'existence des unes découle de l'existence des autres. On peut citer pour exemples les axiomes et déductions mathématiques. Les rapports nous sont donnés avec les groupes d'idées ou de sensations entre lesquelles ils existent; mais ils n'existent réellement pour notre esprit que quand il les a dégagés de ce groupe, et s'en est formé u e notion distincte.