TROISIÈME PRINCIPE
Le troisième fait, c'est que nous changeons nos idées, perception, souvenir, conception, par l'activité intérieure, et par l'extérieure. Ces deux choses diffèrent physiologiquement des précédentes en ce que c'est l'effet de la
réaction de l'âme. Voilà donc quatre facultés : percevoir, sentir, dans le sens de M. Maine de Biran ; lier, vouloir
Une autre faculté, dont le développement, dû à l'expérience, suppose aussi l'exercice delà mémoire, et qui accompagne toutes nos sensations pendant la veille, consiste dans l'exercice delà volonté. Quelques auteurs en ont fait, dans ce cas, une faculté particulière sous le nom d'attention.
Mais, dès qu'on veut analyser cette prétendue faculté, on n'y trouve que ce qui est dans tous les autres actes de la volonté. Un effort du principe pensant peut produire un mouvement qui suit sur-le-champ cet effort, comme le mouvement que le même principe imprimerait au pied ou à la main. La seule différence qui existe dans ces deux cas, à savoir que le mouvement également imprimé au cerveau dans tous les deux doit y rester borné dans le premier, et se communiquer dans le second à un autre organe, ne change rien à la nature de cette faculté que nous avons de réagir sur notre cerveau. Il serait évidemment superflu de la distinguer, d'après cette différence, en deux facultés. En adoptant avec Locke le mot volition pour désigner un acte quelconque de la volonté, considéré comme la faculté de produire ces actes, on pourra dire que l'attention est comme le rappel volontaire des idées, dont elle ne diffère peut-être que par une nuance très-légère, une volition dont l'effet se borne à produire ou à modifier le mouvement de quelques fibres du cerveau.
Nous avons tous remarqué, dès notre enfance, qu'il suffit presque toujours de vouloir faire attention pour que l'attention ait lieu, comme il suffit de vouloir lever le bras pour qu'il se lève; la même expérience nous apprend à diriger notre attention sur la perception ou sur l'idée que nous voulons considérer, comme à porter la main sur l'objet que nous voulons saisir.
L'influence de l'attention sur la distinction des perceptions simultanées, dont nous formons nos perceptions complexes, a été reconnue par tous les métaphysiciens. Mais ils se sont peu occupés des limites de cette influence et des causes qui concouraient avec elle à la distinction des perceptions. Ce n'est pas ici le lieu de traiter cette question , qui trouvera naturellement sa place dans la seconde partie de ce mémoire1. J'ai considéré, dans tout ce que je viens de dire, l'attention comme un acte de la volonté. On pourrait objecter que nous donnons souvent notre attention sans nous en apercevoir et quelquefois malgré nous ; mais de ce qu'un homme qui se promène ne s'aperçoit pas des mouvements qu'il fait en marchant, ou de ce qu'il retire la main à la vue du fer salutaire dont il désire lui-même l'action douloureuse, s'en suit-il que ce ne soient pas Là des mouvements volontaires? Dans le premier cas, l'habi tude de vouloir de cette manière nous empêche d'apercevoir nos volîtions; dans le second, une volonté irréfléchie l'emporte sur celle que nous prescrit la raison.
Condillac avait défini l'attention : une sensation qui devient assez forle pour faire disparaître toutes les autres. Cette définition, semblable à celle qu'on ferait delà voli-
1 Ceci démontre que ce fragment devait faire partie du mémoire de l'an XII. (Note de /' éditeur.)
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tion de mouvoir le bras, en disant que c'est le bras passant d'un lieu dans un autre, a été rejetée par tous les métaphysiciens; et si c'était là ce qu'on appelle attention, rien ne serait plus absurde, comme l'observe M. Destutt deTracy, que d'en faire une faculté particulière; ce serait simplement une sensation qui devient plus forte, et des sensations qui s'évanouissent.