REFLEXIONS SUR LA GRAMMAIRE GENERALE
En tout , les considérations générales préparent l'esprit à l'intelligence du détail et de ces sages lois de déviation appelées exceptions , ou même licences.
Une étude sérieuse , comparative , synthétique et analytique des objets , puis de leuis idées , enfin de leurs mots, devrait précéder ou du moins éclairer et vivifier la grammaire d'une langue.
Quant à son fond , ou ses radicaux , on reconnaîtrait qu'ils sont tous onomatopiques , plus ou moins prochainement. ^^;q avaler, bellua , hélium; ^*lp crier . craquer, croquer, coq, caqueter, cachinnor , cancanner , goguenarder , fragor, fracas , etc. Voilà certainement des onomatopées. Mais ^-|p peut se doubler ^*-|p^-ip et donner craquer , croquer , ou s'atténuer en klâ , x-law biiser , îtXa^w faire bruit , /Aaioj jeter des cris accompagnés dé larmes, car i est humide; '^•^p voix et loqui \zr^ià parler , y.aCknù to call appeler, claque , cloche ; y.ùsù commander, x.spx.i; navette ; crécelle , xpexo) faire bruit , racler , râler ; /.pouw frapper avec bruit ; puis
en douijiant /, XaXew ^Sd P^'ler; puis a-.oj , aïo , inquio , êag , say , parler, en aspirant la voyelle initiale. Plaga devient plaia , plaie.
Le son a tant de nuances qu'il fallait bien travailler le mot fondamental crâ. On l'a d'autant plus modifié, altéré, letourné , qu'il fallait l'approprier à telle spécialité , qu'il entrait dans l'usage de tous les moments, et que tel peuple aimait ou repoussait un son ; mais il est des lois générales et presque immuables de ces transformations et modifications. Une labiale ^ peut devenir une autre labiale ^ , 9, f, v, w, mais jamais une des sept dentales ^ ,
"î ' n î t: ' \]:r > D ? ï ? "i "n *i » S 5 ^^u ""^ guttu
lale ;^, 13, p, pj ni une voyelle, ni enfin q O ? et réciproquement.
Plus une langue est ancienne, plus elle imite par les sons , moins elle a de radicaux et de formes , donc plus elle est simple , facile et voisine de la nature.
Donc on doit commencer les langues comme l'histoire et tout , par les premières racines, et descendre leur fleuve , non le prendre fangeux audessous des capitales qui le souillent, et le remonter, comme on le fait si malencontreusement.
Composez donc vous-même le langage humain comme s'il n'existait pas, à priori, et vous sentirez combien il y avait de difficultés , pour ne pas dire impossibilités, à exprimer tout avec quelques sons produits par l'organe vocal , lequel semble si limité que 22 lettres ou sons principaux combinés rendent toutes les idées de tous les ordres. Mais, avant qu'il joue, étudiez bien cet organe admirable, voyagez
011 è^coutez les étrangers ; observez, connaissez bien tout ce que }3eut exécuter son mécanisme. Lèvres plus ou moins pincées , jouant ensemble dans h et /?, isolément dans v,f^ où les dents supérieures s'appuient sur la lèvre inférieure ; m produit des lèvres et du nez ; n du nez et de la langue abaissée ; /' vibrant sur la langue et si diversement chez les individus et les peuples , depuis sa pointe jusqu'à sa racine et même au voile du palais , r tremblant ou doux , guttural, aspiré , grasseyé ou ramolli jusqu'à/, qui lui-même se fond en voyelles i, u, o , ou ; s , sh, ch, D , 0, t , ^ , p , /^A , >f , d, ts ^ GT, produits parla langue ferme et appuyée au palais ou aux dents; -^ guttural , de tant de nuances, ^ •> D ? p ' X. ' n » ^^ \ioi2i espagnole , la finale allemande cA; les émissions gutturales si vives et suaves de tant de peuples, les sons nationaux ou individuels selon la conformation , l'énergie , l'intégrité de l'organe. Ajoutez à tout cela l'étude des voyelles: ^ élevé, noble; ^ féminin, doux , plein de vie; ^ son faible , doux et liquide; ^ plus énergique et dans le même ordre ; xy participant des deux ; ^ passage ou anastomose des gutturales aux voyelles. Mais combien de voyelles nous manquent ? ew , au, o entre a e\ o , e entre e et i, ou , et ces mille modifications de voyelles longues ou brèves, fortes, faibles , ouvertes ou fermées , prolongées , aspirées, etc..
C'est avec les appendices de cet organe, avec ses articulations simples ou complexes, qu'il faut tout exprimer.
Le NOM rappelle l'objet, en le peignant, dans
l'hébreu surtout, sous un ou plusieurs traits caractéristiques. Il vient du radical; le jour est un brûlement ^^^, racine cremo , aimei' ; les ténèbies un sac étendu sur la nature, *7\£;n' ^^ ^^'^ "^^" lange, confusion, douceur (après le midi oriental) ;21^ vesper, lob; la nuit, un voile nS^^S ? ^^ ^»l^ vélo, eikoiù. Pas un nom qui ne rappelle la nature, l'origine, la forme de son objet.
L'adjectif s'emprunte aussi au ladical et porte les livrées de son nom. C'est qu'ils ne font qu'un dans la réalité : papier rouge pourrait s'écrire p r A o p u I g E e R.
Le VERBE présente mieux le radical et met le nom en scène , en temps , modes et personnes. Il est l'âme du langage et engendre tout.
L'article ou adnom se joint au nom pour marquer l'étendue de sa signification depuis un, le, ce, pauci , few, p/ures , plurimi ^ jusqu'à tous, onines j cuncti, ^;^ , o"X, ail, de ^^;3 , /."Xeio), enfermer (tous les individus sous un attribut commun). Or tous ces adnoms se tirent de verbes, isoler, diviser^ multiplier, enserrer, selon leur signification.
Avec ces quatre éléments, je pourrai déjà exprimer beaucoup, nommer, qualifier, mettre en scène. Je puis me passer de pronoms, grâce au nom , et de l'adverbe , grâce à l'adjectif : il frappe fort, pour il frappe fortement.
Mais où, avec quoi frappe-t-il? Pourquoi?
Je complète avec des radicaux-verbes qui marquent les rapports entre les objets; c'est la pré ou interposition; ou entre les pensées mêmes, et c'est la coNJOivcTiojN ou relation.
Désormais je pourrai dire : Il frappait avec un couteau sur la table dans le jardin pendant , quoique, etc. Mais ces trois interpositions sont trois verbes : «-j-^p; (av-c), -|;^p{ , -^^ , lier, associer; sur, uTTsp, super, vAtl, "1^^^ s'ëlever, super, superbe; dans deintus , in, £v ^ «9^;^ dans, de yy^ {findo, entrer).
Quant aux conjonctions ou signes de relation plus en grand entre les propositions, c'est trèssouvent ■] , car ce signe d'union s'entend très-bien , mieux qu'il ne se traduit : hSd^^ ^^^^ mangeait, nnU^I et, pendant que il buvait. Touthomm^ est mortel; or tu es homme; donc... «j irait bien pour or et donc, q^ si, marque union, coïncidence : je donne si j'ai , avec avoir je donne. De même toutes interpositions et conjonctions sont des verbes primitivement. Cette vérité, pour être reconnue, demande une grande pénétration d'esprit , et se déduit pourtant des grandes lois qui règlent le Langage et présidèrent à sa formation. Or, qu'il soit immédiatement et dès l'origine l'œuvre complémentaire du Créateur , ou celui de l'Homme seul, ou de tous les deux, Thonneur n'en revient pas moins à Dieu, principe de toute intelligence, créateur de l'organe vocal ^ de l'oreille, et source première de tout ce qui est bon.
En résumant ce que j'ai dit succinctement sur les éléments du langage , vous les classerez ainsi : Parties du discours variables , parce qu'elles peignent et groupent les objets variables de genre et de nombre, et parties invariables, qui expriment des rapports. Or, comment avoir égard au genre et.
au nombre dans l'inlerposition et la relalion? Soil : le cheval paît entre le ruisseau et les prairies ; entre sera-t-il au masculin avec ruisseau, au féminin avec prairies, au singulier et au pluriel tout à la fois? Mais tous les mots viennent du radicalverbe, de trois lettres ordinairement en hébreu, et peut-être d'une syllabe, comme en chinois. ^'^'^ bare , bre , broyer, a donné par duplication "^;2*1)2 barbar , resté dans noire barbare , puis -y^'^^ barar ou barr énergique; il a pris une aspiration sifflante dans ^'y^ shabar, sbar sabrer, d'où sabre et sbire. Un des deux *»j est devenu p dans p*^^ foudre, émeraude^ herse, ou ^ dans ^*^^ formel", travailler, créer, ou ^^ , plus doux que p dans -^^-i;^ apprecari, prier, bénir, plico [genua) s'agenouiller, ou, s'adoucissant , les -^ sont devenus ^ dans ^^^^ brouiller, se mêler, confondre; enfin p|S)2^ %0Lky.m<; vieux, vil.
Lisez mon dictionnaire, vous reconnaîtrez que quatre grands radicaux dominent tous les radicaux de toutes les langues : ^y^ ou -^-|r) diviser ; <-),-|-| (inus.) , doux, souffle, liquide, fluide, feu, vent; -|*-|*l énergiques, rompre, fracas, brùlement; vnf"-], n^ilf ? -"n ^vec dentale, déchirer, fragment, brisement, serrement, et y^-^t) frass, briser. Ce dernier réunit labiale, -| et dentale. Nous l'appellerons dirize, double racine.
CLASSIFICATIOJV DES LETTRES.
Labiales. n? S? perrnutent : '■yy^i "IIE) diviser.
Dentales. T,'Î7tÛ?n^D^\2?'"^-"©se termine
Liquides , Linguales.
Gutturales .
Voyelles.
Nasales.
par chacune de ces sept lettres avec même sens fondamental^ séparer ^ briser. C'est pyjacct) , rado .^ rodo , raser, et en retournant, Tspsw , Ôvipa , taurus, serres^ dard, antre, trou, door, 6upa.
-| doux, modéré, fort, craquant, guttural, rauque, roulant, coulant, passant aux gutturales, ou se liquéfiant en ^,
-] dur, vibrant; 5 o? p? X ? ^^ 1^? enfin p^ demi-consonne et demi-\oyelle.
forte Q , faible 3.
Justification de mes principes sw les transformations , chiites, augmentations, mutations, homophonies^ par des exemples.
Un Allemand dit baba pour papa^, ou réciproquement il brend pour il prend , il tonne pour il donne, pompe pour bombe , du endends pour lu entends; nous iche sprache pour son bel tel) êptac^. Tendo donne tensus'^ teneo ^ tentus , n appelant t ou d, comme tener, tendre; emo , emptus , m appelant h ow p\ intentio se prononce intansion, .v pour t, et n non prononcé; roza pour rosa; plaga, plaie, parce que l'on avait plage (préoccupation ou place prise à l'avance); lihra, liber, livre; liber, libre, franc, re pour er (retournement); -]»|^f serré, ferme, cTep, stère; prehendo ^ prehensus ; audeo y ausus; supplice, supplier, pour suppliquer; precor^
prier; mèie prononcé mêle par l'enfant et même par quelques adultes; par d'autres mégue, méque; stringo^ strictus ; tO^^ , liorse, cheval; p-|^ carder, diviser; craies, claie; craticula , gril, gavlCU , hortus ^ courtil, gratter; curto , trunco , tracer^ trancher, retranchement;, traquer, Tpa/u; tranchant, heurter, toquer, trinquer, tricher (retrancher, frauder), cohorte, cateiva, jardin, garde, garder, regarder, Gpc^ et -/^apTviç , )(^aiTvi (choses tranchées), xptTYi; (trancheur); j-^^pi couper autour, tour, burin; n«|*|p{ aigu, herse; ^^^n labourer, tracer; ^-jp; id., d'où aratrum, artisan, arts; «|^p^ trouer, repaw percer ; w^ 6upa, door, porte (trou); y\ hand, main, prehendo , prendre, prensare , pincer, pour plenser, penser (préoccupé par pensée), pinser; -)^\j;; caro , chair ; u'^poç humide , /piw ungo , oindre ; uxsp , super, up en anglais, top, toupet; cultel , couteau, à le au, castel , château; spatium espace, stabilio établir, par establir; patulus et spatule; marmory marble , marbre, par marmbor; ouT^T^ov folium^ et souvent ainsi m et n permutent, surtout du grec au latin; p^ sac, ^^^ cacher, ^^'Q^ toit, casa , l^auê , maison , case , cachette , "^q^ cacher , ^a>cTu);oç, digitus, doigt, dé à coudre (doigt); ^s^;^ couvrir, operio;^^'^ aperio ;^^ lahi; p;^^ erumpo, floreo , produire, fructus , fraw, vferge nubile, îe.xï\mQ , fero ^ ferax ; veho pour vego , vexi , vegsi, wagon ; (plo-^oç feu , focus , foyer ; p^r) jrango , fraclure, frayer [perrurnpo); noctis devenu nox; f loris ^ flos y par flors; i^^t) partager, phrase, part, portion, ïovinne , fors ^ forsan , fortis (briseur), virtus ; ixavoç dignus ; 'r^'^ couper, fendre, adoucir; p'-)nD
poli, doux, (j.a>.ay.o;, dulcis, dolcli, poignard, leecb, sangsue , lécher , talc , silex , lingo, Xsiyw ; -,-|j-| ,
nnp ' npn ' nnp ' *inn ' '^Sn ^ nsn tp^-?" ^ g^'aver ,
grabat (lit creux )^ griffe, scribo , scrobs fosse, scrofules, ëcrouelles , corhis (creuse et ronde), orhis ^ grappe, courbe, cucurbita, carpo , harpagon, harpon, gravir, cramponner, crampe, 'fkmbi ciseler^ alapa soufflet rude et labourant, vapulo être battu ;, (joCkKi'^i trompette (fendant l'oieille), talpa taupe (fendant la terre), n^^ chien (clabaudant), cuppa, ca<^us ^ scjphus ^ coupe, syphon (canal), Gxaçpv] esquif; scapula cavité, épaule; V"^'-\ briser, devenu n^fH ? incisif par pj , casse?- eu deux, moitié; p^-^^p cœdo ; *y^p vendanger; iTiH castî^um^ asile, retranchement.
Observez toutes ces variations du grec au latin , de celui-ci au français, à l'italien, à l'espagnol; de l'allemand à l'anglais et aux langues du Nord, et allant ainsi du connu à l'inconnu , vous reconnaîtrez sûrement les racines hébraïques des langues grecque, allemande, arabe, etc. Mais l'hébreu luimême n'est point la langue primitive dans toute sa pureté, y^* bois, ne vaut pas t)ol^ id,\ jett temps, paraît plus primitif et complet que ri^j id., œtas. ÎNos racines grecques et allemandes vous offriront de ces précieux fossiles de la langue anté-hébraïque.
Pour rétablir la langue primitive» il faudrait , au tribunal de l'oreille, comparer et discuter toutes les langues, et une fois formulée et convenue, elle pourrait être celle de lous les hommes, lettrés du moins.
Je ne crains point , cher Lecteur , ou que vous accusiez des redites que ma longue expérience dans l'enseignement m'a fait juger pardonnables et souvent nécessaires, ou que vous blâmiez mon admiration pour la langue biblique, que je crois indispensable aux maîtres et aux élèves pour éclairer toutes les autres.