‹ Philosophie des traditions: considérations sur l'histoire dun monde primitifChapitre 10 sur 11 · DE LA GENÈSE · texte numérisé non relu

DE LA GENÈSE

Je ne sais quel philosophe disait un jour que la Bible était le recueil des plus anciennes archives du genre humain et de toute la vieille littérature hébraïque depuis la plus haute antiquité : on pourrait dire de même de la Genèse qu'elle est le recueil des plus anciens monuments écrits du monde primitif. S'il y a en effet autant et souvent plus de dissemblance de style entre plusieurs parties de ce premier Hvre qu'entre bien d'autres livres de la Bible unaniment reconnus pour être les œuvres d'auteurs différents , n'est-on pas fondé à croire que ces parties , écrites à différentes

époques et réunies plus tard, ne sont pas l'œuvre d'une seule main? Or, qu'on compare entre eux seulement les deux premiers chapitres : on y remarquera une différence déjà frappante. Le premier raconte les faits qu'il cite comme en termes plus concis et moins détaillés que le second : c'est la première enfance du langage dans toute la majesté^ mais aussi dans toute la pauvreté de sa simplicité originelle. Dans le premier chapitre, Dieu n'est jamais désigné que par le nom pluriel des Elohim : dans le second , il commence à avoir son

nom propre et singulier, il s'appelle Jehova Elohim, rÉtre des Elohims. Dans le premier, enfin , les versets sont très courts et ne rapportent aucun incident ; dans le second, ils sont plus longs et plus chargés de détails. Ces deux chapitres ont dû être écrits, graphiquement ou en hiéroglyphes , avant le crime d'Adam, le premier par les plus anciens Elohims, le second par ceux qui ont précédé plus ou moins immédiatement la chute. Plus tard, chaque génération y aura ajouté le sien selon son langage et ses connaissances , tout en conser-

vant aux autres leur originalité et les termes dans lesquels elle les trouvait conçus. Aussi pouvonsnous remarquer que l'expression devient de moins en moins figurée, et qu'à partir du chapitre XP le style est à peu près uniforme. C'est là sans doute ou un peu plus loin que Moïse a dû reprendre et continuer le travail de la révélation primitive, en rapportant aussi les premiers chapitres tels qu'il les avait trouvés.

Du reste, nous lisons dans un passage de Bérose conservé par Alexandre Polyhistor, que pendant le Déluge les livres saints furent . enterrés à Sippara (la ville du Soleil ; Ur, patrie d'Abraham?) et recueillis après cette catastrophe par les enfants de Zizuthros (Noé).

Comme les faits que rapporte Bérose, du moins dans ce que le temps nous en a conservé, ne sont que des variantes plus ou moins altérées du récit de la Bible, il n'est nullement improbable que ces livres saints écrits ou gravés sur quelque matière dure, aient été les premiers chapitres de la Genèse, et que, recueillis par les enfants de Noé , ils se

soient trouvés consertés et transmis dans sa famille par Abraham et Jacob, jusqu'à Moïse qui., en les traduisant peut-élre de Thiéroglyphe primitif, en les réunissant et les complétant, a attaché son nom à l'œuvre entière tant par le mérite d'en avoir écrit une grande partie que par l'éclat de l'œuvre de révélateur et de législateur qui a fait de son nom un des plus grands de l'antiquité et rendu sa mémoire impérissable. On pourrait donc dire qu'en devenant, qu'on nous passe le mot, le rédacteur en chef de cet intéressant journal de l'enfance des peuples, Moïse s'en trouva par la même occasion et dut en rester, aux yeui;: de la postérité , le gérant-responsable.

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