IDÉE GÉNÉRALE DE LA FORMATION DE LA TERRE
Lorsqu'on étudie l'histoire de la formation de la terre, on est frappé tout d'abord d'un fait qui ne laisse pas que d'offrir, au premier aspect, quelque singularité : c'est l'étroite liaison qui unit à chaque pas la marche du progrès aux majestueuses révolutions. Chaque fois qu'un progrès accompli ayant, pour ainsi dire, rempU sa tâche, l'heure d'une nouvelle phase ou d'un nouveau développement dans l'œuvre de la création est marquée au cadran de la destinée, le globe est presque toujours transformé et préparé pour l'ordre nouveau par des catastrophes gigantesques qui ont souvent à nos
yeux les caractères du désordre, mais qui ne sont en réalité que des conditions de Tharmonie générale^ conditions dont la raison d'être échappe en tout ou en partie à notre jugement, problèmes dont ordinairement plusieurs termes nous demeurent inconnus, et dont les résultats seuls ont pu nous faire avouer et admirer la justesse.
Jusqu'à ce jour, le déluge est, pour la terre, dans Tordre physique, la dernière catastrophe de ce genre.
Aussitôt après le refroidissement qui forma la première écorce du globe, il fut impossible que cette croûte primitive formée de matières rocheuses, minérales, granitiques et métalliques pût produire aucune végétation. L'eau même a dû pendant longtemps ne pouvoir toucher cette surface ardente sans s'y évaporer instantanément à Tintensité de la chaleur qui y entretenait l'ébuUition intérieure. Ce ne fut que lorsque le refroidissement fut complet, c'est-à-dire après que la température suffisamment abaissée eût permis à l'eau de subsister à l'état de liquide, que les vapeul*s
aqueuses se condensant se précipitèrent sur la terre en un immense océan qui la couvrit d'abord tout entière, et en y séjournant plusieurs siècles, en y roulant, dans le courant qu'imprimait à ses vagues la rotation de la terre, son écume houleuse et chargée de dissolutions de toutes sortes, y déposa les premiers terrains stratifiés que la Géologie appelle terrains de transition. C'est sur ces terrains, mis à sec en divers endroits par des révolutions où l'élément neptunien et l'élément plutonien eurent une action parfois opposée, parfois combinée, qu'apparaissent les premières plantes et les premiers animaux. Cette première flore était bien pauvre encore, et cette première faune bien imparfaite : quelques fucus^ quelques zoophites et de rares animaux marins : tels ou k peu près étaient les seuls habitants de la terre au commencement du troisième jour génésiaque, ou de la troisième époque géologique.
Bientôt cette première végétation surexcitée par la chaleur intense du sol et nourrie par l'énorme quantité de carbone que contient encore l'atmos-
phère, couvrira le globe d'immenses forêts où des plantes qui ne seront plus un jour que d'humbles fougères, vont atteindre jusqu'à la hauteur de trente à quarante mètres. Puis, quand l'air purifié par 'activité même de la puissance végétale, sera devenu assez transparent pour Uvrer passage aux rayons solaires, ces forêts gigantesques auront pour habitants des animaux d'une taille proportionnée à la leur : le mammouth, le mastodonte, une espèce de lièvre dont les restes, retrouvés en Amérique, ne sont pas inférieurs à la stature de nos moutons. C'est ainsi que, des plantes les plus infimes et des zoophites les plus problématiques, la création terrestre s' élargissant toujours, arrivera progressivement jusqu'à l'homme. Il n'y a, pour se convaincre de cette vérité, qu'à lire le premier chapitre de la Genèse^ sauf lés détails, on y rencontrera le même ordre successif qu'indique la Géologie à qui seule appartient l'étude et l'explication physique des catastrophes qui séparent entre eux les divers âges de la création.