‹ Philosophie du bonheur (volume 2)Chapitre 4 sur 15 · QU'EST-CE QUE LE BONHEOR · texte numérisé non relu

QU'EST-CE QUE LE BONHEOR

Un philosophe de nos jours a dit avec raison . it QuMmporle que Phomme soit malheureux pourvu qu'il soit grand I » J'ajoute que s'il arrive à la grandeur, il n'est pas entièrement malheureux : car cette grandeur même est un bonheur, et une source de jouissance. On pourrait presque dire sans paradoxe, que le malheur est une partie du bonheur s'il nous force à déployer les plus excellentes et les plus nobles de nos facultés. Qui donc refuserait la destinée des plus grands hommes, même au prix des infortunes qu'ils ont eu à subir? Si donc, pour éviter la douleur, nous sacrifions nos meilleures facultés et la plus excellente partie de nous-mêmes, si plutôt que d'accepter les blessures inévitables de la condition humaine, nous nous résignons aux douces set*vitudes de la vie animale ; si noue échangeons contre des biens grossiers et serviles, aintte une lâche quiétude, les biens incomplets et disputés, mais excellents, de l'âme et du ctëur, si nous sacrifions le plaisir lui-même dans la crainte de la douleur, si nous fuyons tout mouvement pour éviter toute espèce de choc, ce bonheur étroit et médiocre n'est que le bonheur dé la pielte et du cadavre, et non pas le bonheur de l'homme : car la première condition du

IG PUILOSOPUIE DU BOMiEUR.

bonheur humain, c'est de vivre, c'est d^agir, c'est d'exister.

A la vérité, il y a une sorte de sagesse très-excellente et très-noble qui consiste à éviter les douleurs humaines en se détacbani autant que possible des conditions de la vie réelle, et en se réfugiant dans la contemplation de l'étemelle vérité ; ce qui peut avoir lieu de deux manières : par la science et par la piété. Mais d'une part, c'est là précisément préférer les biens les plus excellents aux biens inférieurs ; et cela même demande déjà un certain courage ; car tout homme aime le glaisir, et ne le sacrifie pas sans efforts. En second lieu, la vie contemplative elle-même a ses douleurs, plus délicates sans doute, non moins amères que les autres. La science a ses doutes, ses obscurités, ses ignorances, ses sécheresses ; la piété a s6$ langueurs, ses défaillances, et surtout ses terreurs. Enfin j'ajoute que la vie contemplative peut ne pas être absolument approuvée, lorsqu'elle nous dispense de tout devoir envers les autres, et que pour obtenir le repos de l'âme, même dans un ordre trèsélevé et très-délicat, elle sacrifie les affections naturelles, les devoirs difficiles, et, par un rafllnement de pureté, se détache avecégoisme de la

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