‹ Philosophie du bonheur (volume 2)Chapitre 5 sur 15 · QU'EST-CE QUE LB BONHEUR · texte numérisé non relu

QU'EST-CE QUE LB BONHEUR

vie et du monde auquel Dieu nous a attachés.

Il y a encore une condition du bonheur qu'il ne finil pas négliger : c'est la durée. Un bonheur qui ne dure pas n'est que le rêve du bonheur, mais ce n'est pas le bonheur lui-même. Une mère, qui n'a vu que le sourire d'un enfant, mais qui l'a perdu avant d'entendre sa parole, a-t-elle été heureuse de cet éphémère plaisir? Ces ombres fugitives de bonheur sont plus cruelles qu'elles ne sont douces : elles ont éveillé eh nous des besoins et des amours, dont la déception prématurée est plus amère. A la vérité, la durée est toute relative, puisque tout doit finir ; mais il y a pour chaque espèce de biens, destinés à l'homme, une durée naturelle, proportionnée à la nature humaine, et qui en est en quelque sorte la durée normale. C'est ainsi, par. exemple, qu'on ifie devra pas se plaindre de la fuite de la jeunesse, ni de la perte de la beauté, si Vune et l'autre ont duré ce qu'elles doivent durer d'après les lois de la nature ; mais il sera permis de plaindre une jeunesse prématurëment interrompue par les maux d'un âge plus avancé, une beauté fraîche et pure perdue, dans la fleur de la jeunesse, par un accident : la mesure ici est donc le temps que la nature elle-

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même semble avoir fixé pour ces sortes de biens. Quant à ceux qui n'ont pas de durée fixe, tels que la possession des biens extérieurs, ou celle de la vertu, c'est un bonheur de les conserver toute ia vie, et un malheur de les perdre aTaiit le temps. C'ert pwrfoot tes andens disaient avec raison, q^^on ne peut savoir d'un homme s'il a été heureux avant sa mort. De là une absence de sécuritéj qui prouve encore une fois combien le plus excellent des bonheurs humaine est imparfait, puisqu'on ne sait qu'il a été parfait que lorsqu'il est passé. 4 te vérité, il est pour l'homme un luoyen de garantir autant qu'il est possible l'avei^ir, çn ^'attachant aux biens les moins périssa- ^esy tes moins exposés, tels que la science, la sagesse, k( vertu. Mois d'abord, ces biens euxil^émas ne sont pas sans incertitude. Sommes-nous sârs de ne pas perdre la raison, de ne pas succomber à des tentsitions qui abattront notre vertu? e) puis, dans la vie la plus sage,^ le cœur doit avoir sa place ; et le cœur ne peut jamais s'assurer de la possession perpétuelle des biens qui lui sont chefs : il y aura donc toujours une part d'inconnu, et par conséquent d'imperfection dans le bonheur le plus assuré : Fhpmnie le plus envié peut être

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demain Tobjet de FunWerselle compassion. Enfin, la durée de la vie est aussi Tune des conditions du bonheur, puisque le bonheur n'est en quelque sorte que la vie elle-même ; par conséquent, toutes choses égales d'ailleurs, la plus longue ?ie est en même temps la plus heureuse ; et l'on peut considérer comme un mal l'interruption prématurée de la vie. Je vais même plus loin encore, et je dis que l'homme, ayant l'idée d'une durée qui dépasse infiniment la durée la plus longue d'une vie humaine, il ne peut s'empêcher de comparer l'une à l'autre, et, dans cette comparaison, il voit celle-ci comme un point à côté de celle-là. Or, pour un être qui a l'idée dé l'éternité, tout bonheur qui doit finir est un bonheur incomplet, essentiellement défectueux. Poiir en jouir pleinement, il faudrait renfermer son imagination dans les limites d'une vie terrestre ; mais notre cœur et notre pensée nous entraînent ters l'éternité, et même, pour donner à notre vie une signification plus hatite et plus noble, il nous faut agir comme si elle était faite pour l'éternel. La présence de cette idée est donc inévitable, et par là nous force à mesur@^ la petitesse de notre existence, et par conséqH^eai nous fait souffrir. Ainsi, la durée de notre

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vie, qui est proportionnée à notre constitution physique, ne Test pas à l'étendue de notre pensée e{ de nolreâme. Comme êtres organisés, nous avons assez vécu quand nous avons atteint la durée moyenne, ou, si vous voulez, la limite extrême d'une vie d'homme; mais comme êtres pensants, qui comparons le relatif à l'absolu et concevons la permanence infinie, nous n'avons vécu qu'un jour, lors même que nous eussions vécu un siècle, si la dernière heure de notre vie terrestre est en même temps la dernière heure de noire vie absolue. Et ainsi notre existence étant disproportionnée à ce que nous concevons comme la durée rationnelle d'une existence possible, la brièveté de la vie est un mal ; et par là encore, le bonheur le plus achevé n'est qu'une ombre de bonheur, s'il ne nous est pas permis de concevoir quelque chose au delà de la vie terrestre.

En recueillant toutes les idées .précédentes, je définirais volontiers le bonheur : « le déploiement harmonieux et durable 'de toutes nos facultés dans leur ordre d'excellence. » C'est ce principe qui nous guidera dans les recherches suivantes, et d'après lequel nous apprécierons les divers états de la vie humaine. Dans une matière si délicate, et qui

OOEî loudie de si ; avons évité, ce , sions trop dogi d'achever le lai rances. Quant i notre philosopl nous espérons vidu des destin Icncé, en dignil

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