CHAPITRE XII
)Dtt papitt-Montmt.
La monnaie d'argent ne se frappe point au titre de sa valeur intrinsèque , le poids et la qualité du métal sont certains, son transport est plus facile; instrument officiel dé tous les échanges, pour s'a[^roprier à la demande, il n'a plus à salarier le courtage d'un intermédiaire , à subvenir aux frais de sa recherche, à indemniser
des retards de sa rencontre y et ^ comme l'État se réserve le droit exclusif de le monétisar, le commerce reconnaît la plus-value de son numéraire.
Quoique, à défaut de régies précises, il l'arbitre à son gré , la monnaie ne peut cependant exagérer ses prétentions sans être bientôt contrainte de reculer devant la force des choses ; en effet, puisqu'elle tient son bout dans tous les échanges, sa masse représente toutes les richesses vénales du pays ; en augmentant sa valeur nominale, on n'ajoute rien à sa valeur réelle, c'est le rapport de chaque pièce à l'ensemble de la circulation qui fait son prix sur le marché, ce n'est pas son titre officiel ; la même quotité matérielle, quel qu'il soit, achète ime même quantité des marchandises nationales , elles proportionnent leur demande fictive à la hausse imaginaire du numéraire, et, se refusant à la prendre en compte, elles le dé^réctent.
Mais là aussi les bornes ne sont pa6 loin ; la dépréciation n'oscille qu'entre la v^éuir nominale et la valeur rédle; si elle tombait au dessous, la moonaie perdrait sur le capital que coûte son métal pour arriver de la mme dans la circulation, et trouverait son profit à se faire simple
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jnardiandise à l'étranger; vainement^ même la kn pàryîettdrait«-6Ue à lui fermer la frontière, éie sefobdrait dans l'arféTrerie \ la dépré^ciatioB empédierait d'en frapper de nouvelles , et l'ëqniiibre économique ne tarderait pas à se rétabKr.
Telle n'est point la condition du papier^monnaie; il n'a point de valeur intrinsèque qui le soutienne dans ses crises et les limite ; il ne peut s'éconler au dehors , il n'a pas la ressource de passer sous une antre forme de valeur; pour décharger le pays de son excès de circulation, il faut qu'il s^annule par masses , ou se déclare en état de faillite, et c'est \k qu'il est invinciblement conduit \ La valeur réelle de l'or résiste à la baisse
' La quantité dW et d'ai^ent , qui se consomme, à la lettre, en- feuilles et dorures , ne laisserait pas aussi que de soulager la circulation ; Adam Smith l'estime annuellement à plus de 5o,ooo liv. sterl. pour la seule viOe de
* En Russie il circule 695,000,000 de roubles en papîeir, dont là valeur est tombée â i ^0,000,000 ; l'Autriche créa successivement pour 2, iSo,obo,ooo de fr. dé papiermoimaife , qu'elle réduisit d'abord au cinquième , puis ee cinquième fut encore réduit aux deux cinquièmes de sa valeur nominale ; les i ,5od,ooo,ooo de réàux qu'émit l'Espagne, forent réduits aU dixième; les 5o,ooo,ooo
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et rejette la dépréciation sur le capital en papier. Il s'établit deux prix pour rinstrumeat d'échange le métal marchandise suit la Iiausse dés autres valeurs, la différence s'en élargit encore, elle a'aîDcroit de toutes les méfiances populaires, et bientôt, quand certaines limites sont dépassées, dans l'impuissance de prévoir son terme, la panique devient fatale, et, malgré la loi, l'opinion démo-* nétise le papier \
A moins donc d'en recevoir une fiM'ee immense et de trouver dans son acticm légitime la puissance de lui assurer sa valeur nominale tout eatiëre, l'État n'aurait point le droit d'engager lés destinées de la société dans un système aussi hasardeux ^
scudi romains le Curent au cinquième , et les 4&9OD0,ooo tbalers suédois au tiers. (Schon , Stfttist. cif^ Europ. , p. 108). Dans le dernier mois de l'existence des assignats, le cours d'un biUet de 100 fr. fut de 6 s« 6 d.
' C'est ce qui est arrivé, en France, pour les billets de Law et les assignats de la révolution.
* L'opinion pubUque est un fût qu'il faut bien aussi respecter ; tandis que des gouvememens , pressés par des nécessités d'existence politique , et ne trouvant ni règk, ni mesure dans les besoins du pays , ont exagéré leui^ émissions jusqu'aux conséquences les plus désastreuses, les autres ne savaient pas tirer de ce puissavt levier dW
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C'est l'arbitraire le plus illimité qui fabrique le papier et le marque d'un prix ' ; sitôt qu'on n'ajoute plus crédit à la bonne foi du gouvernement qui l'émet 9 ou à sa fortune^ la dépréciation commence et continue^ jusqu'à ce que le profit qu'on rëatiserait^ si, par hasard, la promesse était bonne, ait assez grandi pour servir de prime à ses riaqnes. Celte cause de dépréciation n'est qu'une responsabilité nécessaire; en restant honnête et {HTudent dans ses opérations, en expri* mant sincèrement la raison générale, l'État
seE grands avaDtageSi pour le réconcilier av^ les défiances populaires ; ainsi , en France , au lieu de fabriquer de véritable papier-monnaie 1 on l'a émis sous le nom de Bons du Trésor, avec la seule différence que Ton en paie les intérêts , et il y en a eu à la ibis pour 260,000,000 fr . ; le gouvernement anglais est encore plus ridicule , après aToir cédé à la banque son droit- de battre monnaie avec an papier, il lui a emprunté i5,ooo,ooo liv. sterl. , dont S a la bonhomie de lui payer Tintérêt.
' On a voulu dernièrement, aux Etats-Unis, régler aussi adminitoativement la valeur de For : de quinze fois la valeur de l'argent, on l'a portée à seize. Pendant le système de Law , une loi décréta que la monnaie métallique perdrait 5 p. 100 dans l'échange contre le papier , et la crédolité alla plus loin que ce charlatanisme despotique, elle lai fit perdre jusqu'à 10 ; Lemontey, Histoire de la Régence.
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reçoit de son principe le devoir et la pmssancede la rendra impossible.
Il en est une apitre qui n'attend pas pième les justicesde Topinion publique^ c'estun fait impé*rieux.qui s'installe de force yiyedans les afiaines, et convainc les gouvememens de la co&cussi<m la plus insensée.
Le commerce ne s'effectue que par l'interaié-» diaire de la monnaie f elle rispiiésente la deman-^ de, et la marchandise l'offipe; qu'il îy ait plus; d'in»* irumens d'échange que d'échanges pèssibleÀ, b demande^ pressée sur tous les marchés par une concurrence hostile, est réduite à la nécessité d'un sacrifice, pour obtenir la préférence, elle abaisse la valeur de son instrument; p|ir spéculation, elle le déprécie; et ce n'est pas une sipipte élévation des autresvaleurs, le numéraît^ marqué au mêm(> titre, ne circule plus qn^à des conditions inégalés, le métal prime le papier, la valeur réelle dépasse la valeurde confiance; l'État, qui lui avait promis l'égalité, manque à sa. parole etfa^t banqueroute en dé(aiL . î
Le crédit de son papier n'excède jamais son ponvoir ^ la loi de sa circulation est écrite dans'
' L*Etat qui inspirerait la défiance n'exprimerait pli]& la raison générale , et son devoir de pénétrer dans t<N|S
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lesbesoin^du pays^ caria production mile reste en balance avec la consommation; l'emploi n'est point élastique à la demande du numéraire, la civilisation le tient sons l'empire de ses faits; si plus de capitaux se le disputaient, ils prendraient le profit au rabais et le revenu déprécierait le capital.
Les crises économiques se résument dans l'une de ces deux causes : Faffluence démesurée du niiméraire lui a fermé les débouchés, les valeurs dépérissent dans les caisses, et l'industrie, forcée de résigner ses bénéfices^ ne travaille que pour sa ruine^ou ledéfaut d'argent obligede resserrer les crédits, de faire appel à ses débiteurs, et dans cette liquidation générale au comptant, les valeurs décroissent et s'évanouissent; il y à crise quand l'emploi manque au capital , ou l'argent à la nécessité : on n'en peut donc sauver là prospérité publique qtie par une circulation, sans valeur propre et sans indépendance , s'étendant avec la nécessité ^, se resserrant avec
les détaib de l'induBtrie et du commerce ne lui penuet point de se méprendre sur les ressources et les nécessités du pays.
' Lors de la crise de i&S , rémission des Bank-notes fut portée, du 3 au 25 décembre, de 1 7 ,5oo,ooo liv. sterl. à plus de 25,000,000.
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l'emploi^ et il n'est que le papier-moniiaie, .combiné avec des banques de crédit à courte échéance , qui la remette ainsi dans l'obédience exclusive de l'État.
Avec une monnaie d'argent-, la circulation échappe à son pouvoir, il lui faut s'en rapporter à la fortune de la mine et au bon caprice de son explqitateur ; dans les crises commerciales, il ne peut l'étendre avec la demande, et laugmentation de son prix aggrave leurs désastres. . L'affluence du métal sur le marché le frappe, dans sa valeur vénale, d'une dépréciation qu'accroît eor core la fixité des autres marchandises^ en l'affectant dans sa valeur d'échange; le numéraire en est atteint à son tonr, et ses efforts pour se soute^* nir à son titre en engagent plus à passer dans le monnayage, et rendent la baisse plus intease et plus lourde ; entre les deux systèmes monétaires, il y a toute la différence d'un fatalisme impotent à une action intelligente et toute-puissante sur le progrès national ^
' Il £Biut même remarquer que le papier a pins de solidité réelle que Tor , dont le prix de marchandise réagit sur la valeur ibonétaire, en temps de guerre , par exemple, ouapr^s une forte importation, comme lors de la découverte de l'Amérique, qu'il tomba de quatre à un.
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L'intërét / ce loyer du capital , qui , tantôt stérilise le travail par son élévation^ tantôt par la réduction du profit , oblige la richesse à changer de patrie , reste abandonné à la discrétion des râleurs métalliques , l'État n'y peut rien ; le plus grand fait économique , le fait qui réalise les améliorations de la fortune publique ^ et seul
C'est à cette cause-là que l'on attribué la nécessité de la loi des pauvres en Angleterre ( Edinb, Ret^. , ^'^ 4^ y art. Il), et dOTectivement , sous Edouard III , le quarter coûtait 6 seh. 8 d. , et la journée se payait 4 d. , ainsi' il yalait vingt jours de travail ; sous Ëlisabedi^ il en valut jusqu'à quarante-huit : le blé monta à 20 sch. , et le salaire était resté à 5 d. Il est même alors impossible au papier de retenir l'or à son pair ; on peut s'en convaincre par les chiffres suivans , que nous trouvons dans une enquête parlementaire.