‹ Philosophie du budgetChapitre 14 sur 50 · chapitre; II · texte numérisé non relu

chapitre; II

]D^ Cati0e0 ï^t la xaiûxe \

Les pauvres ne sont investis d'aucun droit personnel à la charité publique; mais leur désaffection de TÉtat^ où ils vivent dans la souffrance^

' Si VotL se bornait à combattreles effets de la mîière sans remonter jusqu'à ses causes, on la soulagerait, mais on neFéteindrait pas ; aussi, dès le dernier siècle > FAdministralion, surtout dans la gënérâlitë deSoissons, avait-elle eherchë aies déterminer; des philanthropes ont recueilh, dans des Maisons de Travail et des Dépôts de Mendicité (à Floroiee , dans les Pays-Bas , à Brauweiler , etc.), des détails intéressans sur l'histoire .de chaque détenu , qui peuvent servir d'utiles renseignemens ; des économistes en ont iait Fobjet spécial de leurs études (Hist. des PauffreSftoA, de Th. Raggles, par A. Duquesnoy ; Treatise an Indigence by Patrick Golqu'houn ; Recherches sur les vraies causes de la misère , par Aubert de Vitry ; Essai historique et moral sur la paut^rété des nations, par Fodéré ; De la nàsère et de ses causes, par Bidault ; Theo^ rie der Armuth , von Godelfroî, etc., etc.); et en les mettant au concours , la cinquième Classe de l'Institut vient de suivre l'exemple qu'avait donné, en 1786, la Société Académique de Ghâlons.

leur funeste tendance à une multiplication , chaque année, plus rapide et plus lourde \ les obstacles qui compriment le développement

' Bien que la panv^eté n*ait aucun caractère fixe , et qu^ainsi l'évaluation des individus qui en sont atteints manque de base , nous n'en citerons pas moins, comme renseignement sur la nécessité de s'occuper sérieusement des pauvres , quelques chiffres qMe , pour éviter les erreurs les plus grossières , nous choisissons dans la statistique de localités restreintes ou de pays soumis à la charité légale. Les ^^,284 individus de Breslau ont secouru, en 1 823, 1 8,665 pauvres, sans satisfaire encore tous les besoins réels (Dos Armenwesen der Stadt Bresîau, von Ebers) ; sm* les 36, 000 âmes de Reims , il y a t i,5oo in* digens {Mémoire de M, Cosmeny y lu à l'Académie des Sciences, le 6 février 1882) ; à CSologne, panni 89,000 ci* toyeus , on compte plus de 14,000 pauvres {Ueber Armcn:=,Kolonien , von Lawatz, S. 8 : les chiirre& de M. Schôn sont fort différens); à Amsterdam, il y en avait, en i8o5, 108,8249 sur une population de 2 17,024 âmes ( Tableaux de Lejeane , d'après M. Friedlander, Coup^ d'œil sur les pauvres d'Allemagne , ' il y en aurait 80,000) ; à Lille , sur 69^860 habitans , il y a 3 1,664 indigens à domicile, et 7,667* dans les divers hospices (manuscrit de M. de Gérando , cité dans le Rapport de M. Andrieux sur le concours de la Charité); LivcrpooL compte 27 ,000 pauvres sur 80,000 habitans, Cork 26,000 sur 60,000 (M. de Villeneuve , Économie polit ^

de leur raison et réagissent sur les avancemens de la société elle-même , l'intéressent à ne

chrét.y t. II, p. 3); la paroisse de Sasderland (à Sunderlanâ)y 14)000 sur 17,000 (Rap. de M. Magendie à Yj4cadénue des Sciences y le 26 décembre i83i); et en i83i , les 4^ de la population de Manchester étaient à la chanté de leur paroisse (Hou. of CSomm., aS apr. ]833)'; sur les i3 cent mille habitans dont l'Angleterre s'est accrue de I Soi à 181 4 9 plus de 5 cent mille ont augmenté le nombre de ses pauvres (Golqu'houn , On the Brinsk Power, p. 109) ; et en 1826, on n'en a pas compté, dans les Pays-Bas , moins de 4^9000 sur une augmentatiop de 609000 personnes. ^Irlande , dont pu n'évaluait la population , en i6j2, qu'à i ,100,000 habitans (Petty , Po^ litical anaiomjr of Ireland, p. 17, éd. 1719)9 en avait déjà 2,690,556 9 eiï.1777 (Newenham , On the popu-^ laiton of Ireland, p. 94 , Wakefield , vol. 11 , p. 484) 9 et suivant les rapports officiels , malgré des émigrations considérables , ils montaient , en 182 1 , à 6,846,949. Dans les comtés de Glare et de Ldmerick , des terres qui avaient , il y a trente ans , de 3 à 5 cents acres, sont maintenant occupées par 20, 3o ou 4o familles {Edinb, iie^.^ t. xu, p. 391). Ce n'est pas seulement en Irlande que la piisère provoque à la suipopulation ; les payses prussiens , affranchis de l'esclavage personnel depuis le 10 novembre 1810 , en offrent aussi un exemple frs^ppant {Jacob, Second Report). Il faut cependant reconnaître que beaucoup d'autres causes ont concouru à cette

liÔâ DBPBNSBS

point rester iii4ifiër^ite à leurs besoins ^; sa bienfaisance a'est plus un devoir de natnre , qui s'impose et poursuit son exécution au pis-faire de

action ; une aisance plus étendue et plus intelligente a élevé Fâge moyen de la vie , et réduit le nombre des en£Eipa morts-nés (avant la révolution , il y en avait , en France , i/i3 , et il n'y en a eu , terme moyen , de i8o4

à i8i3« que ?). Uxi^ attention plus édairée aux

besoins du premier âge y a beaucoup diminué la moralité (OÀjer^ano/u<203f. Glennjr, Ret^ue Britannique , novembre i825, p. i68, et Note de M. Benoiston de Châteauneuf, n^* xvin, Moniteur du 6 février 1826) , et la découverte de la vaccine a puissamment secondé ces divei-ses influences. En 1 779 , il y eut , en Suède , environ 1 5,000 morts causées par la petite-vérole; en 1822 , il n'y en eut, y compris la Finlande, que 1 1 (Ret^ue Ençyclop,, mars 1825, p. 853); et d'après les rapports officiels du Collège de la santé de Stockholm , il y en eut 12 en 1823, et56oen 1824.

' Suivant John Denham {Address to the Society for the encouragement ofindusiry)^ il n'est pas rare de voir des pauvres commettre des délits pour passer les mois d'hiver en prison, et un conseiller provincial du district de Trêves a dit que , d'après son expérience , l'immoralité des enJhns est une conséquence de la pauvreté des parens (Julius, Jdlib,, 1529, zeh. Hef., SS. 208-209). Le revenu public en est nécessairement affecté , si l'impôt frappe sur la consommation , le capital, le profit ou la

CHAtlTABLKS. 36S

se» conaéquebceSy mais une spécakUon potitique y toute préoccupée <fe ses résultats \ ce n'^st pas au fait matériel qu'etle doppe secours ^ € est sou inftuwce morale qu'elle v^tcomhaltre,. c'est le progrte par lui si fatajieu^eBt compromis^ dont elle s'eflbroe d^éearter les obstacles.

Les oonséquetees de la charité l^lç sont dou-* blés; elle agit directement sur la moralité du pauvre; à des^mo^iles mauvais ^e eu substitue de nouveaux 9 qui ne la Intimeraient que par ramélioration de leurs tendances, et remontant jusqu'au principe de sasouflQrance, elle le nuUifie} si donc elle contenait quelque responsabilité mo* raie, si die donnait à tous un haut enseignement

production ; Tlrlande , qui contient près du tiers de la population delà Grande-Bretagne,' et un peu plus du quart de 'sa' surface territoriale, n'est entrée dans un revenu de 55,5o5,6oa 1. st., pour l'année da 5 janvier 1822 an 5 jaiivier \%x% , que pottT4»od9,âf73, etl'an* aéesuiTSâte, sur.57,536»765 L si., elk n'en a fourni ^e4>;265)757,ijfApf«4>lu/»duqQ^yu«^p^^^ Qaligoflni's Messenger, 23 aoÀt iSaS.

' Des auteurs de nos jours sont encoi*e allés jjisqu'à déduire, des inquiétudes que les pauvres iuspiréut à VBtat, l'otiigatrou de pourvoir à leurs besoins; Arnirii, Gruners und Hartlebens , Archiu dcr Sichçrhcit und Ar~ menp/leg€ ,M. 'lyS, Ji^u.folg.

de vertus politiques et sociales, VÈiMt devrait lais-> ser passer la justice de la civilisatiou, et avant de rechercher quelle influence, exerce la charité dans ses divers modes d'application, il est ins* tant de constater les causes de la. misère.

Les besoins ne résultent point seulement de» lois de l'organisme, l'homme en se développant y mêle de plus en plus un élément intellectuel^ et les change en plaisirs; la 'pauvreté n'est pas ainsi un fait absolu^ mais relatif, dépendant du sentiment des individus et des phases de la civilisation; ce n'est point une nécessité en souffrance qui Ta créé, mais l'appréciation morale des exigences de la vie ^ , et chaque pro^prés étend les besoins de l'intelligence, révèle au sentiment de plus inctispensables jouissances, ouvre l'imagination à de nouveaux désirs; chaque progrès est une cause fatale de misère. Si jamais la puissance de l'humanité avait dominé ses nécessités , ses acquisitions eussent réformé sa nature, sa destination n^aurait plus été le développement à travers la souffrance.

L'homme entré nu dans la vîe, ses forces sont impuissantes à rien approprier à ses be-«-

' On mendie à Rome pour mettre à la loterie.

soins, et sa raison, p6ur long-temps encore engourdie, manquerait à la direction de ses efforts; cette misère ttoiveraelle de naissance rendrait tout progrès impossible , si là .ProYÎ* dence ne Tavail; neutralisée par un fait supé-^ tieur, où vieonent aboutir les tendances humanitaires. La famille, ce n'est point une simple occasion de développement, soumise ai)x cir-: c<»istances diverses et aux fluctuations de la société i c'est un moyen d'éducation nécessaire, une des données de l'humanité ^ Sans doute elle ne se fixe point dans des formes inflexibles, 8m?ant|la marche et les degrés de la civilisation cbaçnn. 4c ses élémens^ y a prédominé à son tour et les a subordonnés à ses nécessités tran-r sitoîres ; mais ses caractères essentiels ne peu-* vent étte altérés par aucune innovation ,penn^ nente, et il i^'est.que l'hérédité et la perpétuité qui assurent la continuité de l'éducation pai:

' La grande différence des deux sexes, c'est que la femme se développe principalement par l'ambor , et rhomme par la science ; le mariage qui , pour lui , n'est jamais qu'un devoir humanitaire , ^impose aux fémnies comme un devoir individuel ; aussi en est-il beaucoup moins que d*hodunes qui choisissent volontairement le célibat

les hommes et par le$ choses. Ce n'est pas dire que rhéréditë actuelle soft le dernier mot de ia raison sur les successions; mais tant que des populations profondément engagéei^ dans des intérêts matériels forceront] la famille d'asseoir sur la propriété son importance &t sa destinée, la civilisation s'opposera à ce qu'en reslreignant l'hérédité on attente à sa base. Il n'en fout pas moins reconnaître que la transmission héréditaire de toute la propriété , quelles que soient son étendue et les circonstances de la sodëté , sacrifie trop l'humanité à la famille | plus simple , peut être plus réellement économique que tous les autres 9 ce moyen n'est, d'ailleurs, ni ass^2 complet, ni assez universel 9 et sa bonté générale dépend exclusivement du hûsard. IVfais quelque nouvelle constitution que ^avenir garde à la propriété , elle ne se mesurera point sur les èapadîtéé, ce serait déclarer les révolviliôns en permanence, et sans propriété , où s'appliquer , la capacité ne saurait comment se développer , et faire sa preuve ; elle se donnera gratuitement et ne s'^ournera point après les œuvres pour leur servir de récompense ,. ou rbiimaijiité re^ comm^Mserait à la nussancè de chaque faonuine; il lui faudrait rengager incessamment ses pre«

mières luttes avec la nature^ la ciyilisatioQ deviendrait un fait personnel 9 enfermé entre une tombe et un berceau^ et TÉtat qui devait préparer à chacun sa fortune et ses prog^ ^ Ubér^ait de sa tache ^ en décrétant l'égalité de la misère^ et de toutes les dépravations qu'elle amène à sa suite ^

' M. Owèn veut la communauté absolue des biens , mais ce système implique communauté de pensées et de travaH , il ne laisse rien à Thomme , pour le rendrç heureux , il le tue , et à moins de troubles sans cesse renaissans , il faudrait un partage* légal des peines et dea jouissances ; quel qu'il fat , ce serait une source de dis^ sentions bieb plus certaiiàe que la propriété ; on jouit ^ c^ett un titre pvd>lic , et on en a d'autres qu'il ti'y a qu*â interpréter. Ce partage prendrait pour base le travail productif de chaque communauté , ou n'en tiendrait aucun compte; dans le premier cas , il faudrait mesurer, les forces , ks volontés , les intelligences , et recouunencer ce cadastre humain tous les soii^ ; dans le second , ce serait mie prime permanente à l'oisiveté, la ruine de la société (aussi le travail, qm ne devait être que facultatif, est-il devenu obligatoire ; dans le récit de la visite du due Bematd de Saxe-Weimâr à New-Harmony , on voit la demoiselle Virginie P... forcée , à sa grande péihe „ de quitter le piano pour traitâtes vaches). Le système de la coopération mutuelle n'exige rien de moins' que l'assimilation du prochain à âoi-mêmc , le sentiment par

Vainement^ tous auraient-^ils reçu leur part dans le capital social^ les accidens de la vie

les organes et les passions les uns des autres ( ses paHisans sont forcés de le reconnaître implicitement. On avait remarqué, dit M. Jod. Rey , que- le zèle et l'actH vite avaient diminué en raison du grand nombre des membres.... Ils avaient paru se reposer les uns sur les autres du soin de tout produire ; Lettres sur le systèmfi^ de la coopération mutuelle, p. 92). Uans la doctrine de Saint-Simon , les impossibilités seraient encore plus insurmontables ; le Gouvernement s^i:ait dépo^itaiire de f^ qui compose la masse entière des, propriétés (JExpctsiiionj pp. i32, i33), et doterait chacun selon sox| mérite d'instrumens de travail {Ib^, p. ii5), c'est à 4ir^ 4^ fonds de terre , de capitaux , et de toi^s les autres objets de propriété (p. 1 18) ; nous ne. reviendrons pas sur ce que nous venons de dire de l'appréciation de ce mérite, et nous n'aborderons pas la question insoluble de l'autorité compétente , mais , puisque les dotations ne sont que relatives , elles seront joumeUement icmisçç en question , il y aura déplacement continuel de la propriété, nécessairement résistance de l'intérêt persojmel et malheur^par suite delà privation non méritée d'avan* tages auxquels on était habitué (nous ne parlons pas de la veuve ^ qui, quoique .placée aussi haut ^am la hié» rarchie qu£ son mari , nç peut conserver les instrumeos de travaiVdont elle ne tirerait pas tout le parti, posst^ hle) \ ensuite , à moins d'imaginer que les pèr^ aienjt

CHARITABLES. OÔg

temêleraienC les propriétés, les repartagemieiit au gré de leurs influences diverses , et rejette-^ raient des individus y souvent jusqu'à des

autant d'amoiir pour la doctiine que d'amour paternel , ik ne tiavailleront pas autant pour enrichir leur Gouvernement que leurs en£ans , et ce sera une perte continuelle. Si on ne leur permet pas de disposer de leurs richesses acquises par donation entre vifs , elle sera plus forte encore ; on ne tient généralement aux richesses que pour leur usage , et la loi ne sera pas observée , les enfans n'en seront pas moins saisis annuellement de leurs éccXBoniies, ils hériteront du vivant de leurs pères, ils seront riches avec ou sans mérite Saint-Simonnien, et la société selon les pères renversera la société selon la doctrine. Une autre considération qui nous semble trop dédaignée par tous leç fBuiseurs d'organisation sociale , c'est le danger de pousser à la surpopulation ; s'il est vrai , comme cela nous semble hors de doute , que , dans l'ère de civilisation actuelle , la tendance de l'espèce hu* uiaine à s'accroître plus vite que ses moyens de sulMistance , ne soit contre-balancée qoe par la difficulté d'élever ses enfans , quel effet ne doit-on pas attendre d'un système qui soulage les plaisirs des sens de toute responsabilité , et l'amour paternel de toute inquiétude ? D ne dut plus s'étonnier que le domestique de M. Owen eût déjà onze enDftns , et ne s'embarrassât en rien d'un plus grand accroissement de famille ; Examen impttrùal des Vues de M. Owen , par Laffont de Ladébat , p. 85.

claases entières, dans tous les périls d'immora» lité, dont leur ricUesse passagère les avait garantis. Il y a des causes de ruine que l'État est impuissant à supprimer , c'est la nature qui rentre brutalement dans l'anarchie de ses forces^ et promène la destrtiction au hasard ^; la comprimer dans des digues étemelles est impossible , sa seule ressource et son seul devoir, c'est, pour en sauver les individus , de généraliser le dommage et de l'amortir avec le fonds social. D'autres lui sont directement imputables, elles témoignent d'une politique erronée et d'une civilisation égarée dans des voies mauvaises^; celles-^là, il ne doit pas seulement les prévenir

' Les révolatioiis du (^obe, les inondations , les incendies y les dâwrdemens , les ouragans , les avaries , les épizoodes , la sécheresse , les maladies , la dépréciation naturelle des valeurs , etc., etc.

* Les entrave» de rindusirie, les gènes cpnunerdales, les imposhioDS trop lourdes ou mal réparties , les en»prunts, la dépréciation légale des valeurs , les dépenses qu'on feiit mal ou qu'on ne lait pas , la guerre , les droits d'enregistrement qui restreignent les lâutations, et empêchent un placement plus avantageux des capitaux , l'accroissement désordonné du crédit , qui cbasse la pe^ dte industrie du marché , etc.

désormais par un meilleur sysiéme de gonver* nemeiit» la perte vient de son fait^ et tous les ciloyeas dont il exprime la raison ^ et réalise le vouloir^ encourent l'obligation de la répartir prieurs biens, et d'indemniser les individus qu'elle avait primitivement frappés \ Il en est

' Beaucoup d'a)itres causes de misère moins générales sont encore imputables à la société -, les biens communaux encouragent à la population , et l'abaissement du cens électoral au morcellement ; la loterie provoque à nmprévoyance ( Discours de M. Ch. Dupin , Chambre des Députés, 2a mars 1828; Docteur Julius, Gefàngnissz: kunde, S. cxxxn) , la Bourse aux spéculations hasardeuses ; les droits d'enregistrement des baux secondent l'habitude de cultiver en métairie (voir Turgot , t. iv, pp. 267, 271, 3o2; t. Ti , pp, 2o3, 204 , etc. ; Destutt de Tracy y Traité d'Économie politique , p. 1 16 et seq. ; Jouet, On the distrikution of Weabh y pp. 101-109), ^^ empêchent d'étendre leur durée (on n'améUore plus , crainte d'être renvoyé ou snrchaigé , çt l'on ruine la terre ,

He ihat havocs maj sit, Ue that improves must Ait.

dit un pM^erbe anglais ; en Italie , on épuise la vigne la dernière année de sa jouissance , et c'est une coutume assez générale pour avoir uA nom , Lascia podera, voir The présent state oftke tcnaney ofland in Great Britain,

272 DÉPBNSBS

enfin qui sont dfis résultats particuliers de con^ duite^ de véritables conséquences dç l'emploi de l'intelligence et de la volonté; la paresse enq)èche de remplacer les valeurs consommées par l'usage ; les spéculations sont mal calculées, l'imprudence les exagère^ l'ignorance néglige leurs moyens de succès ; il y a défaut d'ordre et d'activité dans les opérations^ d'économie et d'entendement dans les dépenses; ^imprévoyance des mariages 9 et l'incontinence de leurs plaisirs, épuisent toutes les ressources par des charges incessamment croissantes; cette pauvreté-là est un chàtinient moral, et la société n'a jamais lé droit de grâce.

hy Kennedy and Grainger, vol. i , p. i45); parfois même la législation prohibe les fernxes à lon^e échéance (eA France , par exemple , pour les biens des mineurs » des interdits, des usufruitiers, des absens, des séquestrés , des. femmes mjariées , séparées de biens) ; les forçats libérés n'ont guère de travail à attendre , et souvent la loi leur fixe encore des limites pour en chercher. M. Beugaot y Encjrclop, moderne, t. xvi , p. ^^f , veut que l'administration vienne à leur secours ; si ce n'était pas un système de charité générale , ce serait récompenser les criminels , les placer dans une position plus favorable que les ouvriers honnêtes, qui n'attendent d'emploi que des hasards de la bienfaisance individuelle.

Ce ne serait donc pas encore assez pour Sâi^ ver l'humanité des démoralisations de Findrgence^ que de niveler toutes les fortunes par un oangiaire universel, le lendemain, il y aurait déjà des riches et des pauvres ' , et puisqu'à cette ère de civilisation, il ne reste plus d'utilités vacantes, à moins d'en oréer de nouvelles, on ne peut rétablir sa fortune des accidens et

' Moïse avait tout iisût pour prévenir la Biisère , les terres avaient été partagées , et Tannée du jubilé payait toutes les dettes , et les replaçait dans les mains des anciens possesseurs (voir Micbaëlis, Mosalsches Recht , § 7 3). Les pauwes avaient sur les productions natiitellès de l'année du sabbat les mêmes droits que le propriétaire lui-même (LeVi'r. xxy, 5, 6); les fruits de toute espèce, et les grains qu'il laissait derrière lui, leur appartenaient {Lévit,, xix ,9, 10 ; Deutér., xxiv, 19, 20 , 21 ; Ruth^ H > îi > 19 ; 'fo^f xxjv , 6). Tout 4ce qui restait de la dlme triennale pour les sacrifices était employé à 4es oeuvres de bienfaisance {Deutér. ^ xtT , 5,i2 et 17, 1^; XIV , aa, 29; xvi, id, ii ; xxvi , 12 , i3). Les 'pIus généreux cédaient aux pauvres le cinquième de ledr revenu ; les autres leur en devaient au moins le dixième. Quand on refusait dé donner l'aumône à celui qui la demandait , on était cité devant les magistrats, et pass&le dé la peine du fouet (De Pastoret , Bist, de ta Législation ^ t. lY , p. 92 ). Cela ne sufiGisait pas encore

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la relever de ses fautes. Il faut que le salaire bénéficie les travaiUeiirsd'un-exeëdantsui^ leurs nécessités, et que le profit paie. plus que ses risques, sinon, les capitaux n'oseraient entrer dans la spéculation , ou s'y compromettraient imprudemment au lieu de s'aocroitre.

Sans doute, plusieurs des circonstances qui vèglent l'emploi sont déterminées par l'action de l'État ; si l'industrie est entravée dans ses spéculations, le commerce gêné et rançonné dans ses échanges , si des impots trpp lourds ou mal répartis étouffent la production , si des emprunts forcés épuisent, par leurs charges répétées, les capitaux qui l'auraient étendue, ce que la loi avait mal fait , la loi peut le défaire; mais il en est aussi qui ne dépendent point de ses formes et de ses rëglemens , elles tiennent à la vie intérieure de la société ellemême. Il n'exagère point la consommation au

delà des besoins de l'époque et des ressources

• (IMfo'ise le savait hien^ Peutér., xv, 7 et 1 1), les Hébreux étfdent forcés de recourir à la bienfaisance des Gentils et mendiaient sur les places de Rome (Juvénal, Satir. vi, V. 545 ; Martial, lié. xu , Epig. 67), comme dans leur terre natale ; Manc , x , '46; Luc , xvi , 20 , 21 ; jicUs des Apôtres , in , 2.

CHARITABLtSS. :kj5

du pays , il ne luuliipUe pas le . capital qui manque aux oocasions de profit; il ne le réduit point quand il se nuit par une concurrence immodérée^ ne le règle point par une distribution meilleure y lorsqu'il se détourne de Tin*dustrie pour se perdre dans le luxe de quelques oisifs; il lui faut le concours du temps ^ et l'emploi existât-il^ attendit-il impatiemment que des capitaux disponibles vinssent y chercher la fortune^ la défiance de Ta venir, la crainte de révolutioqa matérielles , ou d'innovations dans la loi> l'instabilité réelle ou morale des pouvoirs chargés de la conduite de la société tes empêchent de répondre à son appel.

Remploi des capitaux n'assurerait pas encore celui de cette immense classe, qui ne peut acquérir de richesses que par des économies'sur le. salaire, il dépend aussi de la quantité des concurrences, du rapport de la population travaillante à la demande de main-d'œuvre. Quelquefois les forces mécaniques chassent l'ouvrier de là fabrique, et lui cassent les bras; pois, s'il ne savait où déposer sûrement ses épargnes et les faire valoir, ses privations n'auraient ni raison, ni portée; des* habitudes générales de dépense l'atteindraient bientôt de leurs mille bescHUS imaginaires, et lui

rendraient presque aussi forcément queTéléva^ tion des subsistances elle-même toute épargne impossible.

L'emploi s'offrirait-il à la demande avec toutes les conditions nécessaires de fortune^ desévénemens périodiques le supprimeraient/ des accidens temporaires le suspendraient ; l'âge viendrait frapper d'incapacité le labeur des ouvriers et si, par de prudent^ économies, ils ne se pourvoyaient contre les phases de l'industrie et le reflux de la vie, tôt ou tard leur imprévoyance serait châtiée par la misère '. Souvent la responsabilité est plus directe ericore, l'emploi était resté ouvert, 'mais' le découragement de se débattre sans fin contre la pauvreté, et un désespoir apathique de l'avenir, ont dédaigné d'aller à sa recherche; parfois, aussi, «'est la certitude des secours publics qui a refusé d'acheter la subsistance au prix de fatigues inutiles.

Les bras se font concurrence comme les capi«« taux, et ce sont des raisons personnelles à chaque ouvrier, qui déterminent la préférence du

' Les maladks , l'état de la température ou de Tatmosphère pour certaioés professions , jardiniers , car« riers, terrassiers, maçons, coi*donnicrs , etc.

CHAAlTABtES. 2'J'J

salaire \ Son indoleDce au travail et son ignorance de toute force auxiliaire, de toute industrie élrangère à ses naiscles, déprécient sa journée; le désordre de sa conduite ^ la position dégradée où ses actes l'ont' abaissé dans Topinion publique, affaiblissent l'intérêt qu'il aurait inspiré par sa souffrance. et restreignent ses chances; quelquefois même le dégoût d'entrer, dans aucun rapport avec lui se pronon.ce asaeat haut pour lui fermer l'emploi accessible à toiis Ie& autres. • c

Les causesdelamisère ne peuvent ainsi se rapporter à un principe unique^qui règle ses prétentions à la bienfaisance publique. Elles sont naturelle», l'humanité en a sa marche entravée, et celles-^là l'État doit les combattre pour dégager le progrès de leurs résistances. Elles sont accidentelles et frappent aveuglément çà et là sur la société, sansque la prévoyancedes individus les préserve de leurs atteintes; c'est sa tâche aussi de neutraliser ces malheureux hasards, et quand leur dommage s'est réalisé, de le disséminer dans une

' Il y avait cq>endant , dans nos Dépots de Mendicité, plus d'hommes roux que d'autres ( M. Beugiiot, E ne y cl, moderne , t. XVI , p. 7?.), et Ton ne peut Tcxpliquer que par l'espèce de défaveur populaire attachée , en France , aux cheveux de cette couleur. «

répartition générale *. Elles sont sociales^ et ce n'est poidt par des mesures charitables qu'il faut les réparer^ l'État manque à sa destination, quand il ne les prévient point par des réfor^ mes économiques , chaque jour appropriées aux vrais besoins de la société. Elles sont morales, c'est une responsabilité logique de la conduite^ et par leurs soufFfances elles réagissent contre le mauvais principe, par leur exemple elles enseignent à l'éviter; de quelques malheurs individuels qu'elles affectent l'humanité , elle!» ont une valeur réelle et puissante de moralisation.

Ces causes si diverses d'indigence, qui sont directement imputablesàl'État ou serésumentdans des châtimens qu'à défaut du Code pénal l'économie politique inflige à des fautes véritables ^ ,

' Yoir les chapitres IX , XI et XII de la première partie. Si les causes de misère ne frappaient que des individus , et que leur périodicité fût probable ou leur attente nécessaire , ce serait à la prévoyance de cbacun d'aviser à s'en garantir.

' En 1819 , on comptait, en France , i,366,34o pauvres, ainsi divisés :

Par surabondance d'enfans '^90,000

Par défaut de travail , insuffisance de salaire et suite de malheurs '270,006

Par inconduite. ' 3o6,34o

CHAftiTABLfiS. 279

tantôt elles concourent au but civilisateur de la société^ et tantôt lui jettent en travers d'insurmontables entraves^; tout système qui s'y appliquerait indistinctement , sans remonter à leur principe^ et s'enquérir de leur passé, serait inique et dépravateur; en déclarant charge publique la misère individuelle^ la loi rejetterait , par le fait^ la responsabilité du coupable sur la tète des innocens, et, sous prétexte de faaoraliser les pauvres, la charité absoudrait la faute Ae sa peine, et démoraliserait la société tout entière.

M. de Villeneuve , Êconotn, polît, chrét, , t. II , p. 3l2.

Une pareille évaluation ne peut être qu'un caprice d'imagination ; mais il n'es est pas moins étonnant de la trouver dans un ouvrage qui veut prouver la nécessité d'étendre et d'organiser la charité publique.

DEMLMBS

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