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CHAPITRE. VI

Ofd H^itauM.

Dans les temps de toi, les nauteaux prkicipes qu'évangélisent les reUgions eut hâte d'attundre leurs dernières conséquences ^ et de s'em|MUPer fanatûluementdu monde; txmt leur €8t une occasion de développement, tout, un prétexte d'envahissement. En se fondant sur l'amour, le christianisme avait d'avance légitimé toutes les aberrations de la sympathie; par la logique de son principe, hi religion du spiritualisme devait aboutir à sanctifier les plus chamelles émth lions de la sensibilité; la raison ne pouvait plus discuter avec la pitié^ examiner la valeur de ses impulsions, la moralité de ses moyens, la pru«-

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dence n'avait point le droit de regarder sa portée dans Tavenir; dés qu'un homme souffrait, il fallait le secourir et fermer les veux.

Chaque année, de nombreux pèlerins passaient en Palestine; ils arriraient, le corps brisé des longues fatigues de la route , amaigris par la faim, exténués par la soif, haletans sous le poids du soleil ; le voyage avait épuisé toutes leurs forces , consommé toutes leurs ressources ; quand la maladie les frappait^ ils mouraient sans secours, l'œil tourné de loin vers le mont Calvaire ; l'amour du ciel se joignit à l'amour des hommes pour établir de» maisons où ils retrouvassent les soins de leur famille, et la force d'être agréable à Dieu *; la pitié se grandissait jusqu'à oser le regarder en face.

Le zèle chrétien s'empressa de propager partout une innovation aussi charitable'; mais bientôt , dans ses exagérations, tl ne s'iiiquiétâ plus de l'utilité de la fondation ; il n'apercevait

' . Le preraior h6pita£ que nous comiaisûonafut établi, par Saint Basile, à Gësarée, au quatrième siècle ; soo exemple fut bientôt suivi à Jérusalem , et Saint Gbrysostôme ne tarda pas à en fonder un à. Constantinople

' Les hôpitaux n'étaient point connus des sinciens; Mém, de VAcad. des Inscript, , t.TV, p. 3oif.

CHABITABLKS. 36 1

que sa bçolë religieuse eu elle-même^ et, il ouiFrit de» asiles, à tous les malades ; tons les genres de sottfframee furent dotés d'un hospice spécial, plus de ville, qui n'en renfermât au moins un ' , et des ordres monastiques se constituèrent exprés pour les desservir. D'hier seulement on s'est enquis de leur influence 9<l'hier on leur a demandé de justifier de leur moralité , et peut-être, sur cette.qi:iestion, les préjugés.sont-ils plus vivaces eqkcore q|ie sur les autres applications de la charité publique ^.

La maladie n'est point un de ces accidens extraordinaires dont ne peuvent s'occupa les prévisions '; c'est un état naturel qu!aménent

' Les pbu anôens hôpitaux fiançais aont : PHôtel- Dieu de Lyon , fondé par^Gbildebert , et lHôteL-Dieu de Paris y ouvert sous Clovis II. On voit , par le huitième concile tenu à Paris en 829, que Thôpital de Saint-Christophe y existait dès lors ; celui de Saint-Gervais y fut établi en 1171, Sûnte-Gatherine en 1184, 1^ Trinité en 1192 y :Saint-Mathurin en 1206, les Bon»-Enfbns en 1208, etc.

' Plusieurs écrivains de poids ont pourtant déjà montré leurs inconvéuieos» entre autres, Cabanis et Montes- <Juie^; Esprit des Lois, liv. XXIII, ch. xxix.

^ Cela est encore plus vrai de la vieillesse. Il ne resterait donc dans une position JEavorabie que les blessures

nëoessairement l'action continue des <H*gaoes et les variations de l'atmosphère ; le cakul saisit ses lois et formule ses diflEérenles probabilités ; l'homme doit donc demander à son temps de santé les moyens de subvenir aux dépenses de ses périodes de maladie, et accumuler assez d'é* conomies pour obvier à toute interrfiption pos* sible de ses profits. Sans cette prévoyance mo« rale^ il perdrait sa foi dans lui-même , son caractère s'aigrirait dans le besoin , s'abaisserait sous l'aumône , et les jouissances inutiles qn'il accorde aux sollicitations de sa sensibilité ont bientôt^ par l'habitude de la victoire^ rendu son despotione plus impérieux, et déposé le ressort moral de sa puissance. Ce n'est pas, d'ailleurs^ au nom de son droit, que Ton entre à Thospice^ on y est reçu par un acte volontaire de charité, à charge de prouver une fortune insuffisante , une indisposition de quelque gravité ^ un besoin instant de secours médicaux, et ce ne sont pas là des faits évidens par eux*-méaes, que n'aient point à interpréter les administrateurs. Les pau-

eC les accidens rares , qui ne relèvent que du hasard ; mais les secours préparés pour les autres leur suffiront , et ce sont précisémeat ces malkeurs^là qui exdlent le f lus puissanment la compassion générale.

CHARITABLCS. 36S

vres craignent leur sévérité, et se font adulalateiirs et rampans pour les capter par la vanilé ^; par l'hypocrisie de la souflb'anee, les aialades s'efforçait d'intéresser leur pitié. Ont* ils réussi , l'action immédiate des hospices esi plus dépravante «icore; il y a des régies auxqudks il feut se plier sans les comprendre , des employés à qni les pensionnaires doivent obéir sans raison; pour eux lea soins des infirmiers sottt des services gratuits ^ qui les mettent dans leur dépendance y et, à force de bassesses, ils espèrent les rendre plus attentift et plus cornplaisans.

Sans doute, la société peut obtenir quelques économies en centralisant , dans une maison commune , les déposes fractionnées çà et là entre les divers malades ^; les médecins sont plus inatruits, plua empressés , ils . prescrivent un meilleur traitement, que les infirmiers font suivre avec plus d'exactitude; mais tout matériels

* SurtDiit dans les petites vBles , où ik en sont plu» rapprocha.

* n frat cependant remarquer que les frais de premier étabHssement et d'entretien s'élèvent & des sommes considérables, et que la dépense des gardes-malades est presque toute épargnée dans le traitement à domîcfle.

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qu'îb soient , ces avantages sont encore neulra^ lises par des inconvéniens bien supérieurs,

La première condition dé guérison , c'est un air pur, qui n'épuise pas les oi^ganes altérés, qui n'inocule point la gangrène dans les^ plaies ', et favorise les efforts de la nature; celui des hôpitaux est saturé de poisons morbifiques ^ ; si 9 pour disséminer au moins cette masse d'émanations putrides qui s'exhalent de toutes ces biles en fermentation, dé toutes ces chairs qui se dissolvent en pourriture , on élargît les salles et Qu les élève, des courans glacés y souffle*

' M. Dupiiytren dit que, dans les salles chirurgiGales de lHôtel-Dieu de Paris , les causes de mort sont presque toujours inflammatoires. AYenise, dans le Grand H6pital , il y a suivant Otto , un cinquième des morts causé par Finflammation de k gorge ; on connak les ravages de k gangrène , dite des bôpitarox.

' En i8a5 , on crut observer à l'HAtel-Dîett de Paris plusieurs cas de fièvre jaune; et, suivant M. Weber {Joum. hebdom, de Méd.) , k variole règnei d'une manière permanente à l'Hôpital des Enfans ; elle y est si active , qu'à aucune époque de l'année un enfant , non vaaciné , n'y peut entrer sans k contracter presque infailliblement , et si terrible , que sur six cas eU<^ est mortelle dans cinq.

ront ' y il feudra à la ventilation de larges ou- Tertures , et le subit saisissement du froid ren-

' La conslructvon d'un hôpital doit concilier des nécessités bien opposées : il faut , pour la commodité et rëconomie des traitemens , pouvoir admettre beaucoup de malades: dans les mêmes salles , sans y corrompre Fatmosphère , et b reiioaT^ar incessamment aans la rew froidir. Gilbert Blanc {MedUo^hirurgical Transactions, tom. rVf p. Il 5) estime à 600 pieds cubes le minimum d'air nécessaire à chaque individu dans les hospices ; Nicmann ( Handbuch der StacUsarzneiwissenschaft , B. I, S. 542 ) , à 780 pieds cubes ; M. Villermé ( Diction, des Scient, méd, , t; XLY , p. 2 1 4 ) Télève à 7 ou 8 toises eubea pour un prîsamiier ; ce qni n'est point exagéré^ aumoins pour un malade y dont la ti'anspiration et l'haleine sont plus chargées de miasmes délétères. Tout dépend , au reste, de la facilité avec laquelle l'air se renouvelle, et jusqu'ici , on n'est point arrivé à une solution qui satisfasse toutes les difficultés du problème. Le D' Haies a proposé d'ouvrir des prises d'air grillées au milieu du plancher , que l'on fermerait à moitié pendant la nuit ; le comte Rumford , des loui^es, ou tuyaux communiquant à l'air extérieur. Dans rhôpital d'Amsterdam , nommé Buîten Gasthuis, les salles sont entourées de galeries sur lesquelles ouvrent les fenêtres \ et ce moyen serait, assez efficace , si la dépense ne le rendait à peu près impraticable. On peut consulter, sur la manière d'aérer les hôpitaux sans exposer les malades à un re«

dra mort^es les plus légères ioflammations ^ Plusieurs maladies demandent des temp^tores différentes , et il n'y en a qu'une pour toutes ; quelques unes sont contagieuses , et on les mêle avec les autres ^ ; les blessures sont traitées auprès des fièvres ^ les maladies aiguës auprès des affeeiioDS chroniques , et elles enveniment mutuellement leurs earactéres. Le bruit empêche ou du moins ralentit la guérison des plaies graves , de presque toutes les maladies fébriles, et ces malheureux qui se plaignent , ces infirmiers qui passent d'im lit à un autre ^ ces médecins et ces aumônia*s qui vont eC qui viennent, troublent incessamment le silence; l'éclat do

fioidissement dangereux , Hàberl , Abhandliing ûbcr ôfir, fentliche j4rmen=.und Krankenpjlege u. s. w. , Munich, i8i3 9 et la Dissertation de M. Gùnther, dans Henke, Zeitschrifft fur die Staatsarzneikunde ; 8* livraison supplément. , p. i'*.

' Comme à l'Hôtel-Dieu de Lyon ; Jobnstone, Public eharitjr in France^ p. 17Q.

' Dans les grands hôpitaux , à la vérité , on sépare toutes les maladies dont la science a reconnu le caractère contagieux ; mais il en est qui , sans danger pour des hommes en bonne santé , se communiquent facilement quand d'autres maladies y ont prédisposé.

jour fatigue y robseurité est souvent néceBiaire au sommeil^ et on n'y saurait étouffer la lumière sous des rideaux qui recèleraient, dans leurs plis y des miasmes de coatagion permaoens ^ Le r^rd traverse toute l'étendue des saUeS', Toreille recueille tous leurs Imiits^ et l'imagination se frappe de ces douloureuses agonies , où la vie ^ débat dans un long raie, de o^ caA^ vres qu'emportent les fowoyeurs^ de tous ces témoignages de mort qui tourmentent comme des prophéties. L'interruption des habitudes du malade, le sentiment de son isolement, que rien n*adoucit, le découragement de sa position et de ses souffrances, qu'aucune voix amie ne relève, peuvent l'affliger cruellement, et ces impressions morales activent au moins le danger^ et l'aggravent, quand elles laissent quelque dw^ nière ressource. Le pauvre ne connaît plus d'autre médecin que celui de l'bàpital ; les dé^ lais, sinon les difficultés de l'admission, ne permettent pas de porter remède au mal dans sa première période, où il est plus facile à vaincre, et ces secours si tardifs , d'une efficacité déjà si incertaine, les secousses du transport et

' M. Fodéré ; Médecine légale, vol. YI, p. 539.

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le contact de l'air les rendent auvent inutiles \ Si pourtant la nature triomphe de tous les obstacles de cette étrange bienfaisance , le corps est pkts épuisé de k lutte, la convalescence se trame lentement^; puis, quand on sort, la jambe encore déftiillante et le bras énervé , on trouve la misère à son foyer. On a besoin d'une nourrkuré riche de sues pour raviver ses forces, et le nécessaire le plus grossier manque ; privée du salaire de son cheiP^. la famille a , pendant son absence, consommé ses économies, vendu ses meubles, engagé ses instk'umens de travail ' ;

' Nous ne parlons pas de quelques hôpitaux soumis à une clinique forcée et des essais qu'y tentent les médecins in ammâviii; ces cruautés-là ne sont pas inséparables des hôpitaux.

* Il faudrait' au nioms-un bâtiment séparé pour les couvalescens , comme on l'a fait à Vienne , sur la proposition de Yan Swieten , . dans l'hôpital de liéopold* Stadt,

' Sur 1 ,600 personnes so^ant de Thôpital , daas le onzième arrondissement, jusqu'à 58^ reçoivent , suivant M. de Gérando , les aumônes des Bureaux de charité. Un billet de sortie d'hôpital est le passe-port le plus commun des mendians que l'on rencontre sur les routes , dit M. Beilgnot, Enrdop, niddeme, t.'XVl, p. 73.' *

il faut réprendre , avant le temps ^ sa rie rude d'ouvrier, et retomber sous la fatigue; car vai« Dément voudraic-K)n émouvoir la charité privée, la loi a pris soin d'apprendre à l'égoïsme qu'il y a des hôpitaux pour Ijes malades.

Elncore si le physique seul était compromis , mais, pendant les longues heures oisives delà convalescence, tous ces rapports déjeunes fillea avec dés femmes cori:ompues, d'enfansinnocéns avec d'autres, qu'une préxx)ce dépravation a déjà flétris, infestent aussi l'ame de leurs poisons *, et l'excès du mal n'est pas même un préservatif. Tout ce qu'on souffre, dans les hospices, de l'isolement et de la foule, la violence que la maladie prend dans leur atmosphère, les germes de corruption que l'on en rapporte , les pauvres ne le savent pas ; chaque jour, s'efface leur répugnance à compter sur des secours qu'ils voient incessamment leurs voisins réclamer, et une fois disparue, sans plus s'inquiéter des suites de leurs dissipations et de& effets de leur intem-

' Souveivt les infirmeries publiques renvoient dans la société , avec les malades guéris ,' des vices qui semblent ne pouvoir n&itre que dans leur sein ; Cabanis , Sceoàrs publics, t. II de ses OEuv. comp. , p. 200.

Philosophie du Budget, i. si,

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pérance , ils se laissent brutalement emporter à tous les débordemens 'de leurs appétits '.

On ne peut affecter des hôpitaux à chaque classe différente de maladies , les frais d'établis-

' Les dépenses de la Pharmacie Centrale de Paris, qui ne montaient, en 1802 , qu'à ig^j^nS fr. , sont arrivées, en 1822 , jusqu'à 296,157 fr. ; et certes, il n'y a rien d'exagéré , puisque ce n'est par jour, pour chaque habitant , que i4 cent, dons les hôpitaux et lin seul dans les hospices. La même année , l'Administration des Hospices assista près de 7,000 indigens de plus qu'en 17^6 {Comptes moraux et administratifs pour 1822, pp. 24 et 9.5, tabl. B), et malgré la plus grande diffiision des richesses , le rapport des morts à l'hôpital aux morts à domicile devient de plus en plus élevé; en 1818, sur ^2,382 décès , il y en a eu 7,043 à l'hôpital; en 1819, 7,3 10 sur 22,137, et en 1825, 9,062 sur iî6,026; à Naples , en 1829 , la proportion fut presque aussi forte : il y en eut jusqu'à 4^272 sut i3,2i i . Partout le aoinbre des malades augmente : en 1823 , la dernière année dont nous connaissions le mouvement dans le London General Dispensary, établi dès 1770, l'accroissement fut de 45o {ÎVestminster Review, t. 11^ p. 1 19) ; à la même époque , on admit dans le Royal Uni versai Dispensary 9,840 personnes de plus qu'en 1816, date de sa fondation; et à Dublin, dans une seule année, les trois dixièmes de lapopulatioi^allèrent à Thôpilal (60 sur 200,000, Edin-

CHARITABLES. Syi

sèment , d'entretien H de régie excéderaient les forces de la société , et leur multiplicité ajoute^ rait encore à k confiance immorale qu'ils inspir rent. Il faut^ d'ailleurs, qu'il y ait unité de vues dans leur administratioii, communauté de budget pour leurs dépenses , sinon d^innombra-^ blés di£Gicultés se reproduiraient à toutes ie9 dé^ mandes , on se renverrait le malade d'hospice en bospice, on ferait de l'égoismeau compte de sou établissement , et il y a péril dans le moindre retard; chaque minute ajoute au danger, par--

àurgh Retfiew, n^ 98 , p. 287; nous évitons de nous servir des chi&es des années plus rapprocHées de bous , que les commotions politiques et commerciales ont dû nécessairement influencer). Encore, si de pareilles charités apportaient quelque amélioration véritable dans la conditioB de Thumanité ! mais il n'y a pas de xjjSLe où Ton ait plus fait pour les pauvres malades qu'à Rome , et pas de pays où l'on soit autant assailli de mendians (Otto , Reise, S. 146) ; si seulement elles secouraient temporairement des personnes dignes de pitié ! mais elles ne sont pas même utiles ; elles encouragent à céder aux penchans du libertinage i sur 5,3 17 naissances qui, terme moyen , ont eu lieu aux hôpitaux pendant la période quinquennale 1822-9.6 , il n'y en a eu que 3S3 de légitimes ; M. dcChabràl , Recherches statistiques sur Ifi ville de Paris, 4** vol.

S^a DEPENSES

fois même la porte ne s'ouvrirait que pour un cadavre. Le meilleur n^e est celui qui supprime le plus de formalités , le mode qui laisse le plus de chances à la guéris^n^ accorde, par la facilité des admissions , de nouveaux encouragemens à Timpré voyance ; ^tre les intérêts de la santé et ceux de la morale^ publique, Topposition est directe , la conciliation impossible. Une autorité générale ne saurait surveiller minutieusement, dans leurs. inUle détails , des établissemens compliqués ••; on s efforce de les

' Les inconyéniens d'une kditùnistration généi^e sont aussi nombreusi et grave^'; vx>us ne citerons ici que la nécessité de recourir, poui* les plus minutieuses affaires , à rautorité supérieure , quoiqu'il y ait souvent péril eu la demeure, la différence d'intérêt que l'on prend à ce que l'on fait de soi-même , et sur sa responsabilité ou par l'ordre et. aux nsques des autres , et le grand nombre de fonctionnaires administratifs avec ou sans traitement.' A Strasbourg , par exemple, outre les 6 membres de la Commission de l'hospice et les 19 du Conseil de charité , pour une population de moins de 60,000 âmes et un revenu d'un peu plus de 70,000 Fr. , il y a ig employés , dont le salaire se monte à 3o, 1 14 fr. ( nous ne parlons que de l'administration , car il y a 1 24 personnes attachées au service). En iS^S, suivant M. de Kentzinger, 3 commis , d'un traitement tiès inférieur,

CHARITABLBS. SyS

simplifier^ on appelle Tunité de Tordre; plutôt que d'abandonner les besoins et lés positions individuels à la discrétion d'agens inférieurs^ qui n'y apporteraient que du mauvais^vouloir^ de l'insouciance et de la vanité , on ne les prend point en considération ; administrer, c'est exé^ cuter aveuglément des régtemens inflei^ibles : cette charité officielle s'inquiète de la l^lité des secours, et nullement de leur influence. On cherchera donc, dans les grandes villes, à élargir les hospices ^; dans lesi petites , ou les Munira tous dans un seul établissement. L'asile des vieil* lards retentiira de tous les jeux bruyans du jeune âge , chaque jonr la mort y troublera leurs pensées de quelque lugubre avertissement, et les eqfans, dont l'imagination si mobile est ouverte

suffisaient à la tâche ; à Paris , les frais d'administration montent à 20 cent, par chaque journée de malade. On YiAtj dans les compta de i8a6, que i3 hApitaux ont coûté 3,837,829 fir. y dont 44B»338 b. pour frais d'admimstratiom, et que ceux.de 5 hospices ont été âe4o8,39a fr. pour une dépense totale de 3,o66ya 1 3.

' Dans les grands hApitaux , les. plaies les plus simples deidennm( graves , ks plus graves deviennent mortelles, et les grajdd^ opérations ne réussissent presque jappais; Ci^aniSy t. II, p. 327.

5j4 DÉPBMSSS

à toutes les contagions physiques et morales, auront à la fois l'exemple d'immbralités inconnues, qii'on ne peut, sans cruauté, asservir, par provision , à la surveillance disciplinaire des prisons, et le spectacle de maladies ^ souvent plus contagieuses encore ^.

La force morale ^e suffit pas constamment à sa tache; entre les exigences de la raison et la résistance des sens, c'est une lutte incessante ^ mêlée de cent diverses alternatives. Si, pour l'homme, toute victoire est insignifiante, lorsqu'elle n'est point décidée par la liberté]; pour la société, les ^ctes matériels ont une valeur de fait, qui provoque un progrès ou Tajoume, et, quand

' Les folies , les épilepsies , presque toutes les mabrdies nerveuses.

' Nous avons ei& long-temps Fintention de oMiiparer la ntortalit^ des hôpitaux dont la statistique notts est connue, et de reconnaître ainsi les meilleures règles sanitaires à ^vre pour leur organisation, leur distribua tion et leur administration intérieures ; mais cette comparaison nous a paru impossible à établir, lia mortafité dépend trop de causes étrangères , d«s difficultés d'admission (quelquefois la coiistitution« eu le tenftps de s'a!faiUir et le mal de s'aggraver), des maladies différentes que l'on y reçoit (en Grande-Bretagne , on n'y traite pas

CHARITABLE». 5j5

ia sensibilité est trop puissante, elle Tarme contre elle-même , elle fait une force moralisante de quelques mobiles qui lui doivent leur influ^ce, et souvent les hôpitaux les neutralisent. Le père qui , dans les accidens dont sa vie est menacée, n'attend que le secours de ses enfiins^ redouble d'efforts pour leur procurer un état dont les profits le rassurent contre les incertitudes de l'avenir; son égoîsme est intéressé à ce qu'une .bonne éducation développe leurs penchans moraux y à ce qu'une vigilance attentive et de sages conseils les préservent de Tentrainement des passions. Plus reconnaissant et plus riche , le fils ^ à son tour^ craindrait, en abandonnant son père à la souffrance et à la pitié étrangère , de

les pnlmoniques ( cependant il y en a eu 4^ à Glascow en 1837, soÎTantlo 23^ ^nnuaZ Rep. ofihe Glascow Roy, Ir^mary) ; qui forment le cinquième des morts à Paris, à Vienne et à Berlin , et on admet les Ténériens et les maladies de la peau , qui ont leurs hôpitaux spéciaux à Paris )j des industries mécaniques de leur district , qui peuvent détruire la constitution ou provoquer des maladies plus graves ( voir les curieuses observations de M. YiUermé) , de bi mortalité générale et des influences naturelles et habituelles des diverses localités. Nous avons dû renoncer à nous servir des nombreux matériaux que nous avions recueillis.

SyG DÉPENSES

léguer à ses enfahs uîi exemple qui retomberait sur sa tête. Il y a plus de souvenirs et d'espérances que le peuple ne le supposé, dans les liens du sang, plus d'habitude et d'imitation que les philosophes ne le concèdent dans les mœurs publiques \ et en se chargeant des devoirs de la famille, lorsque le malheur les rend plus obligatoires, la société les nie, elle détruit sa base et se recommande au hasard.

Non plus ici qu'ailleurs, le bien ne s'improvise point, on ne peut tout <à coup rayer de tous les budgets la dépense des hôpitaux;, tant de personnes, désormais incapables de travail et d'épargnes, comptent y abriter leurâ jours de dénùment, qu'après les avoir excitées à l'imprévoyance par de funestes promesses, on ne doit pas au moins tromper leur attente* Il est, cependani, une importante améliora.tion^ qui ne contrarierait aucune des nécessités du temps ; lès hôpitaux ne proportionnentpointleurbienfaiisanceàlamisère; lorsqu'une assistance partielle serait IsufBsante, ils se chargent de tous les frais de la maladie, ou

* Il se formerait bientôt une opinion toute-puissante qui poursuivrait de ses mépris les pères et les enfans qui auraient méconnu des devoirs aussi sacrés.

CHARITABLES. Syy

refusent d'y participer en rien^ quoique le besoin et le domicile du malade rendent leur intervention nécessaire. De fortes économies seraient obtenues y en taxant les familles à une pension arbitrée d'après leurs ressources ^ et permettraient d'en secourir un pli^s grand nombre : les déclarer ainsi solidaires de la. bonne et mauvaise fortune^ ce serait d^à resserrer leurs liens^ et on les fortifierait encore en remplaçant Tadmission à rhospice public par des secours qui feciliteraient le traitement à domicile ^.

Ce dernier mode n'est cependant pas le seul qu'approuve la philosophie politique; il y aura

' Il y a bien à Paris , à Berne , à Tienne ,' à Naples , à Saint-Pétersbourg , etc. , des hospices qui reçoivent des malades payans ) mais on est traité inégalement ^ d'après des prix invariablement fixés ; et nous youdiions que le traitement fut égal et le$ pensions proportionnées aux ressources des malades.

* A Genève , au lieu de recueillir les vieillards dans un hospice , on les met en pension à la cmnpagne, et , dans les dernières aimées de la restauration y la même idée avait été adoptée dans le département du Nord. H y 9 cinq dispensaires à Paris , et quoiqu'ils ne donnent que les médicamens et les soins médicaux , en onze ans ils ont secouru 12,000 malades qui restaient daii^ leur fa-

toujours des malades sans asile, des famitlos entassées dans des réduits malsains^ des vieillaixls sans parens, ou abandonnés par leurs enfans à la charité étrangère; mais, pour les empêcher de se croire investis d'un droit indispensable, l'État doit laisser la bienfaisance privée pourvoir à la dépense des hôpitaux. Qu'on ne dise pas qu'elle manquerait au moment où de véritables besoins la réclameraient avec plus d'instance , c'est nier l'exemple de l'Angleterre \ c'est se refuser à reconnaître que la nécessité des admissions se présentera moins fréquemment, lorsque la demande sera« plus humiliante et son succès plus incertain , c'est ignorer que la charité augmente et diminue avec les causes qui provoquent la pitié ^^ et

mille ; la mortalité ne furque de i sur 3o , tandis qu'elle s'élève jusqu'au huitième des malades reçus à Phôpital ; mais il e^ juste d'observer que les indispositions se traitent presque toujours à domicile.

' A l'exception des hôpitaux de Guy, de Saint-Thomas et de Saint-B&rthélemy , et probablement de plusieurs autres que nous ne connaissons pas, presque tous leurs revenus dépendent de la charité annuelle.

^ On ne nie pas que la charité ne puisse être excitée par un sentiment religieux , ou la croyance à un devoir ; mais ce sont de rare^ exceptions, qui d'ailleura se reproduisent aussi en raison des occasions. Dans une

CHARITABLES. 5jQ

cette objection prouverait autant contre le système qu'on \ eut défendre, où les recettes, à quelques amendes!) jpirès invariablement fixées, ont à couvrir des dépenses évaluées au hasard, sur des temps ordinaires ^ Si jamais les aumônes volon-

période où tous les services des hôpitaux étaient largement assurée, dans les vingt-deux ans de 1802 à 1823 , ils ont reçu en France 517,227 f. eu rentes, 20,360,777 f. en argent, et 4>432,8i5 f. en biens-fonds (Bullèt. Univ,t Scienc. géogr. ^ t. Y , p. 9 ) ; et dans ces chiffres ne sont point Gompriê les dons'secrets qui échappent à la loi , ceux de moins da 3oo fr. qui s'acceptent sans autorisation royale , ni un assez grand nombre de legs universels ou à titre universel manquant d'évaluation (parmi les donations testamentaires qui n'ont pu être réalisées, il en est aussi sans doute plusieurs à qui Tintrigue seule a fait refuser l'ordonnance d'acceptation). Il faut remarquer aussi que les villes subviennent presque toujours aux dépenses de leurs hôpitaux avec le produit d'un octroi , qui , perçu sur les consonmiations , pèse prind* paiement sur la classe la plus nombreuse : ce serait déjà une excellente charité que de le réduire.

' n y a plus , les articles 35 et 36 àe l'arrêté ministériel sur lea hospices de Paris vont jusqu'à prescrire au Conseil Général de déterminer d'avance tous les ans , sans pouvoir le dépasser, le maximum des individus à ad» mettre dans les hôpitaux : nous devons reconnaître qu'ils n'ont jamais été mis à exécution , mais ils sont encore censés en vigueur.

taires venaient à ne plus suffire, la société ne ferait pas, banqueroute à la souffcance, comme aiqourd'hui l'État paie;*ait le déficit'; la seule différence^ c'est qu'il n'inta^viendrait qu'irrégulièrement^ dansde$ circonstances rares, pour des besoins insolites, et que son action n'entrerait plus dans les prévisions et les calculs de personne.

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