‹ Philosophie du budgetChapitre 35 sur 50 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Chaque être tient de son essence des proprié^ tés que , sans le détruire lui-a^ême^ aucune cir-*

leur type n'est saisi par rintelligence de Thomine i si telle était l'origine de la beauté, son idée changerait avec les phénomènes qui l'auraient suscitée ; quels que fussent les développemens de l'iroagination et les formea d'un méoie type , elle se manifesterait dans une égale pureté I et produirait un plaisir invariable. Elle ne peut donc être que la perception des rapports de l'objet avec son idée; que la reconnaissance des lois générales qui rattachent la créature à son créateur ; que le sentiment de l'unité dans la variété , de la Divinité omni*présentet toute beauté est son allégorie , la plus sublime s'élève jusqu'au symbole. La religion c'e^t la poésie devenue un dogme et un culte. Aussi la reconnaissance du caractèr*

constance ne peut annuler ni suspendre ; le dé^ veloppement incessant de toutes les lois înhérenies à sa nature, c^est là sa vie. L'intelligence croit donc à ses axièmes au même titre que la matière obéit à ses fatalités; de la perception d'un phé^ nomène elle passe à la conception d^une force , mise en mouvement par un mobile antérieur; d'un effet elle conclut nécessairement une cause. Les accidens les plus imprévus n'échappent point à ce préjugée essentiel de l'esprit ; malgré leur apparence excentrique , on leur sait une raison et une place dans le système de l'univers. En vain la vue reste tfop misérablement bornée pour Tembrasser dans son ensemble^) et rattacher à des lois générales tous les individus et tous les faits, rhomme se déclare d priori incrédule au hasard.

feligieai de la beautë se retrotive-t-elle dans toutes les théories esthétiques. Baamgarten la définit le parfait rendu sensibfe | selon Rant, son caractère essentiel est Piippafltion immédiate de ritifiui dans le fini; suivant Krause , c'est l'image de Dieu sous une forme finie ; il n'est pas jusqu'à l'athéisme moral de Pîchte « qtit, pour lui conserrer sa haute importance , n'ait soutenu en ter* mes exprès que la liaison du beau avec le bon était si étroite, que la perception de l'un conduisait nécessaire* ment à la réalisation de Pautre.

ttMAltS. flft^

L^ê causer n'ont pas seulemeM la poManea m»* térielle de produire des cifete, il lenr a fallu quelque ttOureau mobile pour sortir de leur inaoti-» ▼ité paisée; et^ s*îl ne ee développaît dans leur inlérieur^ Finitiative de leur action ne leur ap^ partîeodrait plus ; si elles n^étaient pas intelli-* gentes, la première impulsion leur serait donnée par une force étrangère^ et en perdant leur qion* tanéité elles deviendraieni des moyens. Toutae elles se meuvent librement dans la sphère d'action qui leur est propre ; leur principe périrait arec leur indépendmce } leur coexisteisce n^eal possible que par leur harmonie) toutes Ont pré-* cédé le temps; elles ne peuvent procéder que do l'existence elle^«méme ; et cet immense sjstèlne de toutes ks forces intelUgenles et coéternellea qui ordonnent le monde^ et raniment d^one seule vie , se personnifie dansla Diviotté.

Si jamais une circonstance passagère arrêtait soil action ou influait sur ses conséquences ^ il j aurait des forces qui ne rassortiraient d^aucuna cause 9 et des acciiiens qui nVntreraient point dans Tordre de Tunivers s Vabsolu est un des at^tributa estentîels de la Divinité. Tous les événe^ mens se déroulent et se coordonnent sous son impulsion ; Vimagination qui concevrait an de-'

ftaS DSPBNSBS

hors un mouyeihent quelconque aurait admis uû effet sans cause , elle aurait yiolé une des lois nécessaires de Fesprit humain : un autre attribut de Dieu , cW 1 infini. Au dessus de Fintelligence finie de Thumanité domine^donc un pouvoir in-* teUigent , qui partout lui Êiit reconnaître son iD* tervention dans le gouvernement du monde , et, à chacun des progrès où elle arrive , se manifeste par une révélation plus complète et plus claire ; de là des rapports constans qui, sans jamais sortir des formes xle la soumission et de Tamour^ se modifient avec Ja civilisation , avec elle se matérialisent ou s'épurent, et s^expriment par la re-^ ligion*

Seul , au milieu du mouvement perpétuel qui développe et renouvelle Tunivers, Dieu demeure donc éiemellement affranchi des restrictions de l'espace et des conditions du temps ; tout ce qui n^est point produit par les imperfections de la forme, ou tronqué par des accidens individuels , y aboutit et s^ résume. Dans sa lutte contre Fin* fluence de la matière et ses efibrts de perfectionnement , la raison ne peut demander qu'à la religion le but idéal qui doit dominer les néces*sites transitoires de Pexistence»

Mais la science des rapports de Phomme avec

MÔRALfiS. 2529

Dieu ne^ renferme point dans une connaissance morte, sans contact avec la vie. Le bien n^est point une forme logique : de l'intelligence il s^impose à la volonté ; la science du bon se résout dans la loi morale. Les devoirs ne ressortent ainsi d'aucune circonstance qui , en passant ^ les rempor^ ferait avec elle ; leurs formes se prêtent à la variété des civilisations ; elles s'accordent avec le développement des intelligences ; mais leurs règles essentielles sont nécessaires , et des nécessi* tés ne sont point accidentelles; elles reposent sur une loi de la nature , elles résultent de sa destination. C'est dans la religion, qui révèle à Thumanité les secrets de la création et de la vie , que se formule la plus haute expression de la morale.

L'^histoire n'est plus alors une succession incohérente de faits qui se mêlent au gré des passions et de l'adresse des hommes ; l'esprit de Dieu ne se retire plus des événemens : chacun éclate à son heure , et s'ordonne à sa place \ Sous ces

i Les répngnances de quel(|ue8 philosophes pour l'idëe d'une Providence viennent de rininteiligence de son mode d action : ils supposent toujours un pouvoir excentrique qui opprime la liberté en lui imposant des volontés arbitraires , et la Providence n'agit qu'barmoniquement Philosophie du Budget, n. 15

2io ]>£PfiN8£$

idées, qui se croisent, se heurtent et aembleot parfois refouler le monde en arrière, c'est le progrès quis élabore : quand viendra son temps^ le reflux des vagues ne cachera plus la crue de rOcéan. On sait que les révolutions qui veulent accélérer par la force les progrès de Thumanité commencent leur entreprise par un blasphème s elles prétextent Fincapacité de la Providence à pourvoir à son œuvre , ou prétendent insolemment la destituer de son omnipot^ice, et détour^ ner le monde de sa voie. Désormais assuré de IV venir, Thomme se confie dans le pacifique .développement de rhistoire , et n^intervient dans la

au système de Tiuiivers, par rexpanrioa fotale des feroBf de la Nature ( les miracles ne sont point le renversement de Tordre , mais la manifestation éclatante de quelque loi demeurée inconnue) , et par le développement nor« mal des lois de la raison et de Fhumanité. C'est aussi par égard pour le libre arbitre qu'ils rejettent la prescience divine, et l'erreur est ici d'autantplus choquante qu'ellecom* mence par les mettre en contradiction avec eux-mêmes : il n'est pas un de ces incrédules qui ne croie aux progrès à venir, et par conséquent à Isa pr<»pre prescience. Tous admettent volontiers la possibilité de la politique ; et , à l'aide d'une connaissance bien imparfaite du présent , la politique prévoit l'avenir. Les prophètes, dont les paroles existent en regard des faits accomplis, allaient plusiotii

mdUAîJu. ftSr

p>Utiqiie de sofi jmjs^ que par lés progrès ik «t niscm ^ réducation de se&ooficitofenyd.

La aeience n'est ptus ua stérile problème qoê débat et tmticlie k son gré chaqve théorie iadivi» dtieiie : daas l'ewencede Dîbq toute vérité rsposé^ et k religion la i*éf Me^ boo pas complète et abso^ kus^ mais relative a la portée des intelli^s noes, ap4 pvc^riée au besoin des temps* On connaît le nèle actuel de chaque existence dans le système uni'^ verssl des èlres ; leuKS rapporte sont saisis; la jus^ tice prend un sens indépendant des utoptes du émtiment et des «mgératioite de Torguetl ; ce n^eai phis un jugement philosophique , sans in^

éttcote r Ift pënëtraftion 4^ Fe^prit génA«i 0s fin^té^ 4M des lois de sa vie, leur révélait sa destinée; mais, comme leur vue était trop bornée pour saisir, dans I0ooiibai4tfli* ce des lois qui régissent les individus et animeai la Natare, lappréciâtion de» citcoiMÙDceS'qlii ralcBliBseat les évéoémoïk am àéi acoëlèreltt , tb ignovâient toojoèr» lewt\ iwmpt et forli somveat leur Ueui Lei amUténsaticiens eas^ mémet dActamiepI Faveair à Tjndeda pStsé^ leuntU<op*t nei deàprobabiUtéa fbnt de la ptetcienee. Cest d'ailiems! une lëmériltf Uea ttaUtilâlOTepiiiqtie à qui vit daas un. àffd où la Bcieaee n'a pm déterminer «nconi' le poavotr de ï l'esprit même fini 4 lors^Ml esta moitié âéga§é dé tes ea*> tlavet^ l^eataie, le magn^tiaBe ^ eSc. v de. jeter à la puissance de Dieu un défi blasphématoire. ; >

flueoce rar la vie ; c'est le devoir de s^hamaotii-' ser avec la q^tioa , guivant les desseins du Créatear. Sa connaissance se résume en amouTt et cet amour s^étend à l'univers; mobile exprès^ sion de la pensée étemelle , il embrasse tous les êtres qui en rendent témoignage par leurs for-^ mes ^ ou par leurs actions ' ; encore un développement, et sans distinction on les aimera tous pour le rôle harmonique qu^ils remplissent dans la destinée commune : car Dieu se manifeste aussi par leiur essence '»

Quels que soient ses moyens et sa forme ^ le progrès n'^A garde pas moins constamment une idée religieuse pour principe. La beauté dont on ae saisirait point l'origine divine se matérialise*

* Le beau.

* Le bou.

' Le vrai. Entre le bon et le vrai il n'y a que ki fbrtaie de difliirente t Pan est le bon dans rexistenc» idëale } l'antre , le vrai dan» reilstaDoa réelle. L'Écale moderne , qui élève le vrai an oonronnement de la phi-, losophie de l'histoire , est -ainsi tombée dans nne double erreur i elle met l'action avant la pensée, et enlève an* bon tonte sa valeur scientifique; d'ailleurs, puisque le faux est le mal idéal , ee n'est pat seulement une vérité inéomplète , c'est «ne entité positive et essenticUenienI opposée au vrai.

MORALiS, à33

>ait dans une sensation qui he potirraît condtiirt i aucune idée supérieure : loin de relever l'hom^ me , elle le dégraderait encore dans de hon^ teux plaisirs. Si la morale ne s^appuyait &» une autorité extérieure oh elle tlrouve une rè^ gle et une sanction , abandonnée à toute la mobilité des sentimens individuels , elle flotte^ rait, à chacune de leurs ondulations, dans Fim-^ puissance de jamais formuler un devoir, La poli^^ tique qui ne connaîtrait rien des intuitions d^^ Créateur, dont elle pût s'inspirer, ne serait ploé qu'une force brutale au service d'une passion égoïste.Que la religion manque k l'homme, et ii cherche en vain dans les ténèbres l'étoile qui doit diriger sa vie ; désormais sans critérium et sans base , le progrès devient une opinion vai^iteusé ou quelque ignoble acquisition des sens. Si l'huinanité fut douée d'une perrecitbilité nécessaire , la religion ne peut être soumise au hasard des circonstances, et dépendre des suggestions accidentelles de la science.

D'ailleurs, la science saisit des faits au moment où ils se produisent ; après les avoir recueillis, elle les explique et les complète par des idé^s anlérieurea i là s'arrête son pouvoir ; du fini eU« ne conclurait point l'infini, du relatif elle nd

•34 rMvW9$S

MUriiît 8'élev^ à la cooception de l'abfiolQ. La Ti^hffiim n\ donc poînt i^ racines dans la scien* CQ : néceasaire à rhum^pjté pour accomplir sa #ft^ otl^ ped^riv^ d'aucune o0n|iaissance préala-^ b)^ ^ l^rtMÎto; ell^s'ucquiert; par Vaction simpia fit ioswédiate , par le 9§ntjaiept ^ Certes , rin-r siruoticw religieuse n^n reçte pn^ moio^ toi^jourf d'un^ pécessité indispensal)!!» '• loia de porter e^ Itii <]iielque caractère de vérité qui légitime ]^ fr^j^apœ « let sentipi^t se présente avec toutes }»s apparepGe^ de l'erreur ; son individualité u^a* Jioutirait qu au scepticisipe , si U niison ne \m lervait de guide et dercaution. Mais Tenseiguemeut qui se réduinii^t à uj(i apyareil logique se liiitigDi^rait daus d'inutiles eflbrts ssu^a ji^mai^ é^ l^eiller ^ foi ;. c'est mu se manifestant .sous une forme plu4 saisissante , en s'adressant à des far pult^$ plu^ actives , qu^^/la science se résout en i^rojiu^ce. ^ ^

. I^es poulpes où le culte se déploie remuent profondément l'imagination ^ et l'émotion ne

^ Ce n'est pas dire que le sentimeDt 9oit la source pre* mière des idées religieuses } il présuppose une conception hitellectaelle om une impression éitéricsure.: Piattiative àppûrtienA»a à 4'idéto M oaasaffité , à la fetteplàùa dm ta bcautéi^da l'ordre ^f^Cs

MORALBS. ^35

«'arrête point aux formes qui Font excitée, du symbole elle monte à Tidée et trouve la foi dans te contemplation. Mêlé à une foule de croyans enthousiastes , on devient crédule à leurs opinions, sympathique k leurs sentimens, et Pon s^émeut, on prie, on croit avec eux. L'habitude finit par donper un sens h des pratiques d'abord adoptées servilement, et machinalement suivies ; on veut assigner une cause à leurs eflfets, et Ton craindrait de tourner dans un cercle sans issue en atU*jbuant À rîntellîgence leur initiative : on y reconnaît l'action d'une puissance extérieure. Plus fréquemment exercé, le sentiment religieux se fortifie encore , il acquiert plus de facilité h s'émouvoir, se produit avec plus d'intensité et domine avec plus d'empire. On comprend mieux la subordination de la vie aux desseins de la Providence quand , malgré toute la diversité des circonstances, chaque jour ramène périodiquement d'invariables cérémonies ; quand , si pressantes que soient leurs affaires , à la même heure tous les hommes en déposent le soin , et ne vaquent plus qu^à des œuvres de religion et d^amour. Les lieux que la piété a plus spécialement consacrés à Dieu semblent plus pleins de sa présence ; plus facilement qu'ailleurs l'âme s'y affi'anchit des en-

236 DEPENSES MORALES

traves de la matière et s^unifie à lui par le mystieisme de la prière. Les rapports insaisissables entre le Ciel et la terre que le dogme révèle , le culte les formule dans un harmonieux symbole : conséquence rationnelle et vivantedu dogme, il se développe, se transforme et s^épure avec lui • Mais en vain il aspire à se spiritualiser dans une pm*e élévation de Pâme à la contemplation divine ; rhomme ne dépouillera sa chair que dans la tombe ; et la religion qui Tembrasse tout entier, dans ses formes comme dans son essence, doit le saisir aussi par la sensibilité : elle ne serait point complète si ses dogmes ne se manifestaient par un culte extérieur.

Page 1