‹ Philosophie du budgetChapitre 36 sur 50 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

9i k «nutiMiMi te V€M.

Au milieu des accidens et des formes de la vie^ l'humanité n'a pu garder dans la pureté

* La philosophie ne considère que l'essence des choses» sans jamais tenir compte de lenrs rapports ni de leur» imperfections; elle raisonne nécessairement dans l'ato* pie ; aussi n'avions-nous d'abord l'intention de n'accor* der qu'un espace bien restreint à cette partie de notre sujet ; mais nous avons pensé que , si la politique n'avait point de philosophie^ il en n'était pas ainsi de son histoire/ et que , dans des temps de théorie aventureuse , il était bon de réhabiliter les faits.

d^une abstraction son unité d'essence : sous rinfluonoe de nécefsités fi de passions différentes, elle s^est divisée en plusieurs races, que bientôt séparèrent à leur tour, dans une nombreuse variété de branches , des événemens et des sentimens nouveaux ; puis le développement progressif des destinées humaines les a de nouveau rapprochées, el', lorsqu'une longue communauté d^'ntérèts et de souffrances eut ef&cé la diversité de leur ojjgfm^ e^ ^%r«$f9Aiî^ li»l|r f^r^qlère , elles se sont confondues dans un seul état. Pour exister comme peuple , il faut ainsi que , malgré la multiplicité de ses élémens et la variété de leurs tendances, toute une agrégation d'individus se soit animée d'une même vie. Quand ses bases primitives se réuniraient ailleurs dans une proportion semblable, des diversités de climat, des dissemblances dans la nature du terroir, dans sa forme, sa position ou ses accideos, les modifieraient, »t Tiaetion de l'histoire doonerait à ces diffiérenccs un sens plus distinct et de jour en jour plus profond. Chaque peuple a donc une vie qui n'^appartient' qu'à lui : par une civilisation spéciale il prépare l'avènement d^une idée 4ont la fortune lui lut exclusivement confiée par la Providence.

£ Mais I à 9m titre d'être mtelligfnti ^'homiM De peut concourir aux desseins de ^n Cr^tour qu'en coiwiltool 40Q inteHig^Bce, et il j ^ dfins lu lie de chaque ontion des f ^ito atardés qui w pairi^odraient point par leurs propres Innlèm k comprmdre m destioatfoa ; im ne T^ccoipplit que par la rajspQ publique, et il y a des moralitéa défiiiUttutes qui , abftndomiées à leurs aeuls af-** fortes JaJaseFiûeDt lesdeyeîrs d|i citoyen an aouf^ £raoce , et coippraniettraieiit ÊMalemept Je {nto^ grès. On ne saurait d^aUleurs délaiMer au libii9 adiitre de chaque individu la destinéa d'tin dévdb^peroeiit sbdfti néwasaîre ; il fiivt un pouvoir qui exprime la raison générale et fkme plier le« tésiatanees égoïateasoits aae l^îa» Son iiçtîon ne ^ réduit point dans une growèffeinatitalion de por liée à la garde du corps et à.la pi^teçtifw ^e se^ jouissances ; elle ne se matérialise point dans une organisation industrielle qui rabaisserait Tintelligence de rbomme au. ni veau de Tinstinct de$ abeilles : elle s^étend jà tous les rouages de Vhis^ foire , et dirige Tactivité aociale dans tooascs.dé** veloppemens ; et parce que diaque jour la société sVnrîchît de nouveaux élémens, que chaque jour elle ijspire à des progrès plus hauts , chaque jour aussi, pour rester à la hauteur de 8a

tâche, l'État doit innover dans son action et dans ses formes \

Il est ainsi des règles qa'il impose par sod droit, des actes cfo'il ordonne et d^aatres qu^il défend ; chacune de ses manifestations empiète sur la part des individus , chacune de ses lois comprime Factivité des citoyens , et cependant l'émancipation de Thumanitê, le butqui Pinvestit de son pouvoir, ne devient possible que par la liberté de Thomme : c'est sa nécessité première de se concilier avec elle*

La liberté réside dans le droit de résistance aux mobiles étrangers; elle se réalise par la puis** sance de donner l'impulsion à ses mouvemens ; et vivre, c'est ne pas rester dans un état fixe, c^est se développer soi-même : la vie implique Pexerciée de la liberté. Mais les; idées diverses qu^elle

' Les pablicîstes républicains tombent chaqne jouf dans des contradictions que peuvent seules expliquer leurs préoccupations de parti : ils reoonnaisseDt qu'on* gouvernement est mauvais quand il ne s'appuie point sur le coDseatement général , et soutiennent en termes fJisolus la supériorité d'une forme de gouvernement sur toutes les autres ; ils croient à la souveraineté du peuple, et travaillent avec ardeur a des révolutions que le peuple ne veut par* • . '

Mprime ^ ont introduit dans la sdenoe politique une déplorable confusion ; on attribue à tontes ses .aeosptipiis la valeur morale et le droit illimité^ qui n^appartiennent qu^à une seule, et la logique des partis en tire les plus dangereuses GOQséquenoes,

Quelles que soient les règles et les prescrip^ tiws qu^on impose àia.vie de Tbomme , elles n^ sauraient atteindre son essence : Imtelligence reste toujours virtuellement libre* Mais, lorsque l'action sort de la pensée , il lui fiiut se manifes» ter par des organes imparfaits , dans un monde matériel dont les lois résistent invinciblement à ses effints , et la contraignent de respecter leurs nécessités. Dans Pexamen philoscqphique de la liberté, il ne sVgit donc ni de la puissance de la pensée, quVncune borne ne saurait restreindre, ni de la possibilité de réaliser des volontés qui méconnaîtraient les forces de Thomme et les résistances du monde ^« Si indépendante que pa-

^ On a appliqué le même mot de.liberitf aux trois mo« mens de l'action i à son motif dans la conscience , à sa détermination dans la volonté , et â sa réalisation dans le monde. ,

>La liberté physique n'est qo^une .alliance, de sons

Mia^ uQe actkm , elle ae nttadié à une ^àim qui Pexplique €f la ûéceadite ; qttela qup aoietit aon mode et aea orgaiiea ^ elle nW paa Uiine. L# mobile qui la détermine peut être e^tériew, et âlorail appamlt comme une force fittale qai r^ duit à un aveugle aervage ^ il peut ae produira d^abord dana la conaéidnce , et ne ae réaoudre en acte qu^aprèa s?y être fait autoHaer par la r^ flexion , maîa la nature de la eauae ne diatige point l-eaaence de Feffet : que la tauae aoit phy-^ aique ou morale, il eêt impo6a3)le qu^un effet aoîl libre.

La liberté ne saurait d'ailleurs appartenir k la tolonté : die est soumise à un pouvoir moral dont elle doit respecter les ordres ^-^ et de plus la connaissance lui manque , et avec elle toute force indépendante , tout droit a prenére Tinitia* tive dans Pe^Listence d'un être intelligeot. Quand

qai n'et priment aodan â6n» ; elle impliquerait h âpon* tanéit^ de Tactiou ^ elle nierait sa cause; et peu importent à la moralité les d^tacles qai empêchent les maAi- Ibtations de la volonté » quand Hs ne ^giss^nt pas saf les délibérations de la conscience.

^ On peut vouloir tuer son frère , mais on né dûH pdâ* le vouloir t la volonté n'est pas libre. .

ptLiTiQiJn. 34^

elle devient actire^ «ea moQvemens ont une catt^ ae étrangèi*e ^ qui se prodnit dam l'iotérîeur de l'homme ; et , puiaque la liberté eat nécefisaîre j Me ae développe dans lea doiméeade 1» nature humaine ^ acNd principe eat dana k raison. Li«« dividu trouve aioM dans aa conaciewre Feasence et la loi de sa liberté : en déaobéiaswt à aa tbéo^ ri6 du devoir, il tombe sous la domination dTun mobile aenaiblei il n'est plus libre ^. La liberté de»

* Dans son Essai sur les bases de la fm/oraUti » M* Cliarms a compta le caprice parmi lea mobiles de la volontë^ il nods semble avoir accorde trop de confiance à sa rare . puissance d^anal;^; de ce qn'tl n'a pn fattacber à atloune eavse Po^igine de cimaines volidons , il a tonekl' l'existence dn caprice. Le caprice est un UTcC qui u'aii'^ raît pei de canse ( M. (iborma le reooniMSt hii^méaie , il dit ^ p* i€j : Le caprice n'a pat de caasè ditariiri^^' nante ) ; il n'existerait qu'en donnant un diSmenU à aa« des cro jances eiseniielles de l'esprit humaÎB.

' Dans son livre De serio arèiirw Ltttber dMtfg[ii<É^ déj4 la fUoessUé de la wniminâê : Naosssariè dieO , non oaactè, sed f ut îlli dicoMt « naoessilato immutabiliUitis y non coactiofûs; et on j^tfoure la même idrfe datts Hnbb«S| Jansenius (Dupin, HUioire de i'ÉglUè^ sièeieXVlI, liT. lY» ch*p« 8, p. 193) , Edwards {Bn^jr Mo free wiU) ete. Pour élf« juste ^ il me manque à la doetriné" 4sf MéoBssarisBS que de poseï* la Morale dans TatitaKo-^

à44 0B»NSfiS

citoyens H W pas plus capricieuse et illimitée : les lois expriment leur civilisation , elles sont le résultat de leurs idées et de leurs croyances ^ ; lorsquMls les enfreignent, ils sont violentés dans leurs tendances naturelles par quelque force étrangère : ils ne restent libres qu'en se confm*mant à la raison sociale.

Rien donc n'est arbitraire dans FÉtat ; ses règles n'ont pas d'autre légitimité et d'autre principe que leur nécessité ^ , ses forces sont proportionnées aux résistances qu'il lui faut vaincre, ses organes sont appropriés à son action , ses formes sanctionnées par la raison : car on ne crée poiot des devoirs, on n'abolit point des faits '. Mais des

uisme de la raiion avec les lens, et de préciser sa distiaclion par deux épithètes : nécessité moraU y contraiste

' C'est dans ce sens philosophique que Ton doit eatendre la souveraineté du peuple.

' Nous ne parlons pas de la nécessité physique que le mérite de rintelligence est de ne pas reconnaître , mats des nécessités morales que créent chaque jour les déreloppemens de l'histoire.

' 11 ne faut cependant pas s'en préoccuper étroitement comme le font l'École historique et TEclectisme moderne ( au moins sous beaucoup de rapports ) } leur tort est de

MLlTlQtËS. 245

circonstances qui passent, des événemens qui se succèdent , sont des manifestations de Thistoire d^un peuple ; ils ne sont point sa vie : on les reconnaît parce qu^ils existent ; on tient compte des besoins qu^ils révèlent , des tendances qu^ils témoignent, et, tout en leur accordant la part qui leur appartient dans la politique du pays , on s'efforce de les détruire par une civilisation plus avancée. Il n^est qu^un seul fait qui maintienne sa persistance à travers les révolutions qui agitent le monde , c^est la subordination de Thumanité aux desseins de la Providence ^ qu'aune seide idée qui se perpétué nécessairement sous les formes diverses dont fa revêtent des civilisations différentes^ : Pidée de Dieu ; et la religion , qui exprime les rapports du peuple avec lui , doit exercer sur la Constitution une influence prépondérante. D^ailleurs, quelles que soient les bornes oik la liberté se heurte , elles la tronquent ; et, toutes les fois qu^^elle se réalise par un acte physique , Timperfection des organes et les nécessités extérieures la limitent; toutes les fois que la

voir plutôt le fait que sa valeur et sa portée , d'être m/r- Urialisîes et de prendre un des développemens de la science pour son expression définitive.

peiiâée ne «e met point en rapport avec rtnfimt, dans la sph^e de Tabsolu, Tinteiligenoe est comprimée par sa forme et ressen^ée par aon théâtre. Ce n^est que dans ses rapports avec Dieu que rhomme peut atteindl^ à la toute-^puissance de sa liberté : TÉtat ^ dont la tâche est de Tétendre , doit donc travailler à donner plus deprépondé* rance à la religion dans la vie du peuple ; il lui faut sVrganiser dans des formes en harmonie a^ vee ses croyances.

Sitôt que la raison de Phomme lui eut donné le sentiment de sa valeur et de son indépendance, il demanda ses titres de légitimité à la force publique qui contrariait ses volontés ; et, lorsque de nouveaiuf progrès v^ p^mirent plus «u despotisme dé se renfermer dans un sil^ice brutal f il se réclama, dlune puissance supérieure à qui appartenait la dictature. Partout éclataient de merveilleux événemens qui , en se jouant de son at«- -t^ite et de ses effi>rts , aj^renaient à Phomme toute la &îblesse de ses lN*as, et confondaient For^ ;gueil de son intelligence. A chaque instant les : manifestations de ce pouvoir supérieur au génie de rhumanité le venaient plus vivement frapper : saisi de respect et de terreur, ii inclina son front sur les marches d^un autel. Continuellement ea

PpUTIQUBB. 94?

mpport arec Dieu par des craintes, et des e^eraoces communes à toute la foule qui partagei^it ses destinées , il lui reconnut une existence en dehors de la conscience, et lui attribua la baute^ main dans Thistoire des peuples; à peine d^iu-^ conséquence et d^irrévérence religieuse , il dut mettre la théorie en pratique et constituer xâs^ gouvernement théocratique. Intermédiair^es en* tre la na^on et Fètre supérieur qui présidait à sa fortune , les prêtres participèrent nécessairenient à sa puissance politique ; leur mission n^était pas feulement de vaquer aux soins du culte , ils in-: terprétaient les volontés divines , et le fait vint encore s^ajouter au droit pour établir leur influence : sous une forme théocratique Tautorité appartenait à TOrdre sacerdotal.

Mais le peuple était trop grossier pour concevoir une intelligence infinie ; il fallut à sa croyance le témoignage des sens et l'autorité des faits ; il incarna Dieu dans un homme ^ : Tobéissance politique devint un culte religieux. Un tel miracle ne pouvait , malgré les infirmités de la na-

* De là les différentes incarnatioDs de Wishna , et en^core, maintenant, le Dalaï Lama , le Dairy et l'Empe-. reur de la Chine*

â48 bép£]^S£â

ture humaine, se perpétuer à travers les évéïie-^ mens nécessaires de la vie, et Phumatnité restait * encore trop sensible pour ne pas vouloirBu moins un représentant visible dont la protection directe intervînt immédiatement dans son histoire ; elle fit du souverain le vicaire de la Divinité. Aucune exception ne limita son autorité , le droit était divin , Thomme n^ea avait pas ^ ; aucun pouvoir ne lui saurait demander compte de sa conduite, et cependant son autorité n^est point arbitraire , il iie fait pas la loi, il Tinterprète. Soumis comme le reste du peuple à des devoirs envers rÉtre- Suprême , il n'a de titres au pouvoir qu'en exprimant sincèrement ses volontés : lorsqu'il les fauisse , c'est aux prêtres qui, plus rapprochés du Ciel, les doivent mieux comprendre, à délier les sujets de leur obéissance et à déposer un infidèle organe ; entre eux et lui c'est une question de force : le bon droit s'atteste par la victoire ^. Par-

> Gomme dans le Mosatsme. La métempsycose implique la croyance à l'unité systématique de la Nature ^ et à l'identité de la vie ; les âmes ne diflferent que par les corps où elles sont temporairement emprisonnées; rien n'était plus propre à abaisser Thoii^me devant l'idée de Dieu.

^ De pareils gouveriiemeus doivent croire à la légrtî*

POLITIQUES. a49

fois aussi les événemens se prononcent contre le soaverain et le repoussent : si Dieu retire sa protection au peuple, c^est qu'il s^en est rendu indigne , et le chef, dont il a suivi tous les ordres , répond sur sa téie de leurs conséquences. Dans cesgouverneniens-là, le despotisme n^est tejoipéré que par des révolutions \ Puisqu'elles la croient extérieure à l'humanité , les civilisations orientales ne peuvent connaître la Divinité que par la parole d^un révélateur : leur principe rend tout progrès impossible, sa seule pensée serait déjà un blasphème. L^État exprime Tidée de Dieu , et on ne saurait la modiBer ni Télendre qu'en accusant ses prophètes de mensonge; la tâche de rhumanité est de la conserver pure : an lieu de s^élancer en avant à la poursuite de nouveaux développemens, c'est son devoir de remonter le cours des Ages et de se renouveler dans son berceau.

mité de la victoire , c'est le jugement de Dieti ^ par son verdkty les vaincus sont atteints et convaincus d^uu crime politique et religieux qui ne peut s'expier par de trop cruels supplices.

' Parce que l'homme n'y a pas de droità lui, et reste ainsi dans une espèce de minorité politique, ou appelle cette forme d'État patriareale.

&5d Hepbnsês'

Lorsque la science eut dépouillé la DivioitS des attributs fantastiques dont la superstition IV vait revêtue , et que Thistoire eut convaincu ses ministres d'impuissance et ses organes d'imposture , l'homme ne s^arfêta plu« dans le doute et k méfiance. Tout, excepté sd conviction, lui a^ vaît paru up principe de certitude; il ne donna plus sa foi qu'à des sentimens personnels ] s'il ne rejeta pas systématiquement le théisme , ce fut à charge à Dieu de devenir individuel et de se msK nifeister dans la conscience. La religion se posa dana le scepticisme, et rimpatience de tout frein extérieur se réalisa dans une démocratie »iar^ ehique ; Tindépendance s^idéalisa à ce point que, sans des esclaves qui supportaient les charges de Itiuiâaniié, les maîtres n^auraient pu jouir de ses droits \ La société n'eut point survécu à cette

' La part qu'abandonnaient les philosophes aux préoccupations de leur dignité individuelle était si grande qtie» loin de condamner l'esclavage , ils y reconnaissaieut un élément nécesscnre de la Cité (Aristote, Poii^ tique j liv. I, chap. I«' ; Platon , République II, LoîsXl etc.). Plus tard , sous l'influence progressive de l'idée grecque, Tatopie de l'indiTidualisaie se réalisa dans lestoïcisme. Il "ne suffisait pliis au tftoïcien de s'isoler, dans son orgaàl, de rhumanité et même de la ftimilie , il prétendait en-

PdLmQUES. s5i

dlissolution en atomes de tous les élémens soeiaux , di quelque lien matériel n^avait remplacé la force àe cohésion qu^ils ne trouvaient plus dans une idée morale; Tunité factice qui réunit ces indiyidus épars, sans contact et sans rapport, ce fut la Patrie. Leur égoïsme était trop exigeant et trop ombrageux pour accepter nue de ces larges as- . sociations oii les individualités vont se perdre dans les masses : ils se fédérèrent dans d^étroites républiques , et la jalousie de leur personnalité j restait assez dominante pour que la Cohsiitu» tion limitât le nombre des citoyens. Mais, une fois la nécessité d^un gouvernement central admi^ , il fallut bien lui attribuer une existence îndépen^ dante du bon plaisir de quelques volontés indi^ vtduelles , et Tarmer d^une puissance suffisante poar faire respecter son action. On reconnut donc des droits à la Patrie , et en rapport avec elle il n\y avait que des êtres à qui une civilisation égoïste n'en accordait pas ; aucune loi morale ne pouvait tempérer sa force ni modérer son arbitraire. Le droit des gens n'avait d^autre prin-

core individualiser la plus noble partie de i*bomnie , et rompre dans la vie les liens qui unissaient la raison avee ie corps ; il se refusait à reconnaître ses souffrances et à pactiser avec ses besoins.

a52 . DÉPENSES

cipe que PintérêidelaCité; sa politique, c^étaît la poursuite de. tousses avantages, et tous les moyens lui semblaient justes quand ils étaient utiles 1 ; sa moralité se résumait dans le succès ; que la fraude fût assez adroite pour tromper ^, la violence assez énergique pour décourager ou maîtriser la résistance, le résultai les avait légitimées. Tant que l'humanité n^avait point fait reconnaître ses titres, les citoyens ne pouvaient prétendre à plus de droits, que les étrangers; ils restaient soumis aussi au machiavélisme brutal de la Patrie. C'était à eux d^obtenir sa faveur par des services toujours nouveaux; le passé n^avait rien à réclamer de sa reconnaissance dès qu^il a^offirait plus d^espérances à Tavenir : c^était déjà beaucoup de se faire pardonner sa gloire , et de ne

* La propositîou de Thémislocle de brûler la flotte des alliés était dans l'esprit de la civilisation d'Athènes : la réponse d'Aristide n'était pas grecque; il opposait la justice humaine à l'utilité de la Patrie. L'exil du juste Aristide fut aussi nécessaire que la condamnation du sage Socrate; la philosophie qui prêchait l'unité et l'univer*salité de Dieu était coupable dans un ordre politique qui n'avait point d'autre fondement que l'égoïsme et la religion de la Patrie.

, a Lycurque Tavait écrit textuellement dans les lois de Lacédémone.

POLITIQUES. a53

^int expier dans un exil étemel les dangers de sa popularité. L'intelligence retrouvait dans toutes ses voies le despotisme de l'État ; ses plus nobies efforts , les efforts où Pindépendance semble la première condition du succès , rencontraient eux-mêmes de grossières entraves , et se débat* taient sous Tétreinte de lois v^xatoires. Lesbeaux''* arts devaient compte à la Patrie de leur action accidentelle sur les citoyens ; elle subordotmait leur essence à leur valeur politique ; elle fixait leurs moyens, réglait leurs effets ^ ; et Timprudent qui osait avoir du génie en dehors de la permission législative, en répondait comme d^un crime ^. Dans ces démocraties si impatientes de toute autorité , il n'y avait de libre que le sophisme , et encore souvent le bourreau se tenait derrière Porateur, la coupe de ciguë à la main '.

' Ou punissait les musiciens qai perfectionnaient leurs instrumens , et les poètes dramatiques qui donnaient à la mise en scène trop de vërité et d'expression.

^ Eschyle , Phryuicus de Milet , Euripide , Timothëe, etc.

9 Ce n'est point juger l'essence de la civilisation grec^ que sur les accidens de quelques années de crise ; l'époque la plus brillante d'un peuple est toujours la période oii son idée domine avec le plus de puissance , et se manifeste le plus sensiblement dans son histoire.

154 tnbsENSBft

A un tel Etat, 8aBS droit qui ne fitâtpaâiitMt usurpation ^ sans action qui ne fût. pas une vio* lence, il fallait pour se maintenir que les excita^ lions de la fièvre neutralisassent tous s^ fermens de dissolution , ou que le marasme de la terreur suspendit leur action ; son existence n'était qu^u^ ne mse. Aussitôt qu%n peu de paix eut isolé son principe des circonslances qui jusqu'alors Ta* raient contenu, il accomplit sa destinée; TÉtat s en alla ea pièces. L^histoire se serait arrêtée si, pour se réunir dans une société nouvelle, ses élé** mens n'avaient point sacrifié quelque part de rindividualisme qui venait de dissoudre Tanrcienne.

La religion rattache toutes les intelUgences à un centre commun, et les subordonne à une aiH torité incessante; seule elle pouvait empêcher Tégoïsme de se poser en regard de PÉtat , et de proclamer de nouveau son anarchique indépendance. Aussi la politique s'empara- t-elle du dogme , et remit-elle au culte le premier rôle dans ses rouages ; elle s^enta sur la religion. Désormais Tinitiative des innovations sociales lui appartint ^ : on la convia à tous les actes du Grouver-

1 r^ Nymphe É^périe. Noos ne prétendoofl nalksienl

Mment, et ils né furent valables qa^après avoir reça 9ùù eotigé et sa sanction ^ Ce n'était plus une croyance individnelle que chacun acceptait à son gré ou rejetait selon le sentiment du œo^ ment; elle avait u«i6 existence indépendanle^eUe était détenue une réalité nationale. Si le respect pour le droit de croyanoe ne permettait point d^aller briser au foyer domestique la statuette des Dieux Lares , ce fut à la condition qu^ils se ren« fermeraient dans les affaires de ménage , et un ]|!>rélendraieht aucune influence sur le forum ^« L'homme qui , sous Tinfluenee des idées greo*iques , n'avait cédé qu^à temps et seulement à la Patrie une part de son arbitraire, fut obligé par le principe de la civilisation romaine d^élendre tet de régulariser ses concessions. La Patrie ne fut

trancher «ne quertion que voile cacore , même pour les éradits, l'obscurité des premiers siècles de riijstoîre ro«* luaine ; mais Titiventiofi de Nama et de sa Nymphe sym» baliserait l'esprit de la civilisation de Rome : elle serait plus vraie cpie la réalité.

^ Tels étaient la raison et le seas des Auspices et des Aruspioes.

^ La civiKsction grecque élevait des autels aax Uieux inconnus , et la civilisation romaine proscrivait lessecr* tateurs du Dieu des juifk et des chrétiens : leur différence est là loot entière.

â56 . OBransES

plus une entité factice que Tintérèt des citoyeM armait d^une puissance passagère , sans autre ti« tre que son utilité; la religion lui donna un corps \ et l'investit dVne autorité éternelle. Rien dans sa G>nstitution ne resta abandonné au hasard des circonstances et au besoin des temps ; le désordre lui-même fut organisé par la loi ^. A cette heure , que Pordre social n^avait plus à compter sur les ressources du moment , il lai Mlait se saisir d^une force supérieure à toutes les éventualités , et disposer ses élémens dans une harmonie qu^aucune secousse ne pourrait détruire. Les temps du pèle* mêle étaient passés « Taristocratie se sépara de la démocratie^ : cha-

' Chaque Patrie avait ses Dieux individuels , et son existence tenait à leur conservation j aussi, lorsque la victoire avait détruit la nationalité d'un peuple , le vainqueur emportait les Dieux du vaincu , et leur donnait place dans ses temples. C'est ce qui explique la tolérance des temps d'agrandissement de la République romaine.

^ La Dictature et l'autorité, discrétionnaire dont le Sénat pouvait investir les Consuls "t Caveaiit Consulea ne quid detrimenti Respublica capiat.

^ On ne pouvait méconnaître les lumières qu'apporte l'expérience de la vie , et dans une civilisation peu avancée l'ftge mur était rare; sa prudence n'aurait point profité à la nation , si quelque forme de goavernèment

POLKTJQVfiS. 267

tûne s^ordoona h part dans Tanité de la républn qoe, et se reconnut des rapports réciproques d^au^ torité et de dépendance. D^ailleuts , abandonner à tous le droit d^entrer dans le sanctuaire et d^interpréter ses' oracles f c^eût été mettre Panarchie dans la religion , qui seule disait Tordre de la société ; désigner arbitrairement les ministres du culte , c^était substituer ses volontés aux préférences des Dieux , et ne plus croire à leur intervention active et incessante dans les destinées de la Patrie : c'était Pathéisme politique \ L'aristocratie ne pouvait subsister que par ses prérogatives sacerdotales; sans la consécration de la religion elle devenait un fait , elle n'était plus une vérité et un droit.. Ce ne fut point la corrup-

ne l'eat fait prévaloir sur la témérité des massefi ; aussi retronve-t-on partout l'idée de vieiifesse dans Texpression de raristocratie : Gérontes , Sénateurs , Patriciens^ Seigneurs , Alderinen , etc.

' C'est pour cela cpie les dignités religieuses étaient réservées aux Patriciens, et qu'ils rattachaient leur origine à un Demi-Dieu. L'élévatiofi d'une famille plébéienne au patriciat violait Tesprit de la Constitution, et l'attaquait jusque dans la religion 3 le Peuple, lui-même, en avait si bien la conscience , qu*après avoir forcé le Sénat de reconnaître son éligibilité aux charges curnies , il tarda long-temps à user de sa victoire.

ttoD dù Peuple et la lâcheté du Sénat qHîprépa^ rk^nt la pourpre qu^Augiiste étendit $ur aes é-« paules, mais les envahissemeua de Pesprît. aceptique de la philosophie gprecque^ et Jes luttes iurtestinesqui, perpétuellement mêlées de revers et de succès, apprirent à douter des Pieux de la Pa* trie ^ La prééminence que Rome acquit dans le monde éleva chacun de ses citoyens à une haute idée de sa valeur personnelle; le respect des na-* tions la reconnaissait sur leur territoire ^ ^ il ep réclama les conséquences dans Tenceinte de sa ville. Tout ce qui le concernait lui parut d^une trop haute importance pour n^être pas réglé par des lois , commune expression d^ la volonté pu* blique , et le Droit se développa ; il s^étendit à

^ Auguste avait leliement compris le rôle essentiel de kl religion dans la civilisatiou romaine , qu'encore bien que, pour voiler son usurpation, il voulût conserver les formes de Taucienne République , il perpétua dans sa personne le titre de Pontifex Maximns. , et ne permit plus d'y prétendre comme aux autres charges , auxquelles il laissa des simulacres d'existence.

^ C'est ce qui explique l'opiniâtreté que les peuples italiques mirent à réclamer le titre de Citoyen romain, et les répugnances du Sénat , qui ne cédèrent qu'aux dangers de la Guerre sociale.Yoir l'ouvrage d'Eisendecfaer , Ueher die Entsiehung deê B&rgêmcfUs im aiien Rom,

lOiis les^ctés de la vie sociale, il soirit l'individu daDS touâ leâ détails de sa vie domestique , et leur doBua à tous une sanction et une protection lé^rî^latives ^ Ce n^étuit pas un vain titre d^hon«neur que cette qualité de Citoyen romain que la République envoyait porter aux Rois par ses am-^bassadeiv*s y mais la reconnaissance d^une valeur personnelle , l'élévation à un degré plus haut dans la civilisation de Phumanité. T^nt que la gloire militaire et la puissance politique firent illuaîon sur son sens littéral, on ne pénétra poîmt plus avant ^ mais, lorsqu^on eut vu des citoyens romains proscrits chercha en vain un abri oà dérober leur tête à la hadie des lic^urs; lom^ que des soldats prétoriens eurent joué aux dés sur un pan de leur manteau le titre d^£mpereur romain , et Rome elle-duéme avec toute sa puis^ sance et tous ses droits , Tillufiion n^était plus possible. £t cependant Phumanîté ne ae laisse point rapQusser en bas du tertre qu^elle a gravi à la aueur de son front : les progrès qu^elle devait à la dignité du citoyen romain , loin de les

' Voilà la raison des Actious. Le magistrat ne faisait pas le droit , il le déclarait ; on ne plaidait pas sur l'équitë, mais sur le sens de la loi , et son application à la '^destioD IHîgiease.

^6o BépfiNSfiS

abandonner sous les décombi^es de la RépiiMi^ que, il lui fallut trouver une idée plus avancée ':qui les étendît et les généralisât encore Cétaît le tour de Thomme de réclamer ses droits en montrant le Ciel ; le regard tourné vers TOrient, le monde attendait un nouvel initiateur.

Ce que les anciens révélateurs avaient séparé , le Christ vint le réunir. Le Dieu de son évangile ne fut plus, ni un despote égoïste qui ne se mettait en rapport avec Thomme que pour Tasservir h ses volonlés, ni une entité arbitraire que tous les matins chacun recommençait à créer par un acte de foi : il fit l'humanité à son image, et , quoique élevé dans Finfini au dessus de sa nature périssable et bornée , il se manifesta incessamment dans sa raison. Tous les hommes furent ainsi soumis aux lois d^un seul Dieu, créateur et juge universel, et cette communauté d^obéissance leur révéla Tidentité de leur essence et leur égalité fraternelle. Mais Vautorité divine n^impose point de prescriptions capricieusement mobiles : elle a créé l'homme pour le but que lui assignait sa sagesse éternelle , et approprié la Nature à lui servir de théâtre : Pobéissance à Dieu n'est possible que par la liberté, non la licence désordonnée de céder brutalement aux tendances d'une

forme dégradante , mais le devoir d^accomplir sa destination , le droit de vivre eonforraéraenl à sa raison • La démocratie , dont le christiadis-

^ L'histoire interne da chrirtianisme se développe daiM la latte des deux idées de Diea. Pendant les premiers siècles , l'hamanîté , pen éclairée encore , était dans sa période de réaction contre la philosophie grecque ; le principe oriental (objectif) s'étendit de plus en plus dans le catholicisme. A mesure qu'il fit sentir plus rudement son autorité , et que le besoin d'indépendance s'accrut avec les progrès de la ra'ison , la réaction devenait plus instante, et à la fin elle éclata dans le protestantisme; bien timidement d'abord ( témoin l'ouvrage de Luther De serve arhiirio^ ^ mais , à moins de ne pas acoorder au principe païen (subjectif) tout le développement dont il était susceptible , à moins d'être stationnaire et apostat , le protestantisme devait aboutir à l'impatience de toute règle générale^ au rationaUsme. Sous quelque forme que la conciliation des deux princi|)es se produise , la raison n'hésite pas à y croire ; déjà plusieurs essais ont été tentés , les esprits les plus attachés à l'autorité catholique ( M. de Maistre, par exemple) et à l'examen individuel (comme Hegel) ont également reconnu la nécessité d'une rénovation du christianisme. Cette dualité du critérium de tonte vérité devait trouver aussi un champ de bataille dans la philosophie ; la question de la certitude en dépendait : voilà pourquoi la scolastique du moyen âge se rattachait aux dogmes d'Aristote et à la tradition ; la philosophie du protestantisme à sa plus haute puissance y Philosophie da Budget, u. 17

262 vistmsES

me a proclamé Pavéneniient à Tempire du monde f n'est pas rindépendaqce de toute règle extérieure^ c'est Taffranchisseinent du caprice des hommes et la soumission à la justice des lois ; elle a'cKige point une Constitution idéale qui juxtaposerait tous les individus dans une égalité anarchique. L^État n'a qu'an devoir dont il sqitcomp-* table envers elle , le devoir de dégager la raison du pays des obscurités qui la couvrent, pour lexprio^er malgré les obstacles qui la compricneut; at il y a des classes plus éclairées qui compreiineirt mieux la civilisation nationale , des individus moins accessibles aux insinuations d'un intérêt égoïste, à qui l'organisation de la société doit assurer la prépondérance. L'aristocratie n'è^t point un mi^nsonge du législateur, s^w autre foode^ tnent que la violence, ou la fraude : c'est un fait éternel , que ne pourront méconnaître les théories qui consentiront à rester raisonnables. Il y a des

ç'ç^l'égaiismn de,l>e^SirXcs. Rien n*est plus incoiiâôc|aent (|Uç k déctaÎDeiQeu.t du çatholici»mecQutre]eron«r?il«ment univpi.sei delVIv L<a Meonai&5 sop. j^rij^ipe v^ut une ^tttqiritéextérieiyu'e, .etvqtfaod rÉgUse restsût m^Qette, il 41e pouvait çu trouver de plus ha^Xt et de glus digne de ^es resp^yc'e4-cf-dire de plus légitime; pour l'attaquer, il l^i a fall.n prendra Tçsprit du prote$tantisi»e.

PCMUTiqUBS. ft63 -

«Oûditioos de fortune , des habitudes de m , ipii l^ermetteol à rintelligence de 8e dévelof»per .plus actÎTement , et à k moralité de résister aux ten-* tations avec plus de puissance : c^est une nécea* aité de leur reconoaitre plnsd^impoilalice socialt qu'aux professions nuitérielles et aux classes d'ot ne laoralité moins élevée ; nn devoir de leur conférer de plus hautes prérogatives politiques. La démocratie pure est dans les tendanoes de|l^humanité : chaque jour elle abroge quelque supré^ matie factice, elle renverse quelqu'une des supériorités parasites qu'élèvent les rouages de Tbistoire , et que le lendemain ils laissent debout ^ comme ces cadavres qui n'attendent pour tom* ber qu'une main qui les pousse ; mais un nivel-* lement universel n'est point dans ses destinées ; l'intelligence n'est pas appelée au chaos ; les développemens de la raison ne se résumeront point dans le désordre. Le progrès ne condamne pa^ les élémens les plus avancés d'un peuple à se dé-» grader dans la condition desatttres; cen'est point aa tâche d'équarrir les hommes en place de ré^ solution ; il ne s'intéresserait au règne d'une démocratie idéaliste qu'après une déclaration oflBi* cielle de la dignité humaine, qui, en swpprjmaat foutes les influences d'&ge f de sexe , de profes^

a64 IIÉPE1I8E9'

sion, de fortune et d^habitudes^ eût éleré la queae de la société au niveau de sa tête : juâcpie là Fégalité politique n'est point un droit que puisse conférer la loî : Tégalité politique^ ce serait Toppression de Fintelligence parla force des masses inintelligentes, et la domination d^une démagogie violente et corrompue sur les représentansde la raison pid^lique ^

Tant qu'une civilisation plus générale n^aura point élevé Fesprit des masses à Fintelligence de

> La progression de la démocratie nous semble une question mal posée. Certes elle doit s'étendre dans le peuple à mesure que la raison s'épure et se généralise dans l'individu; son progrès sortira de chacun des progrès de l'humanité , mata elle ne peut ni les supposer , ni les devancer. La démocratie qui avance est le 'règne de la raison et non l'arbitraire des masses ^ à elles d'abord de se civiliser et de se rendre libres de toutes les influences de l'éducation , de la fortune et de l'organisme : l'ouvrage de M". TiH>llope ( Domesiic Manners of ihe AfMricans) n'est pas une caricature, c'est une utopie. Quelque distingué que nous paraisse l'auteur de ia Dé^ mocratie aux États-Unis d'Jtnérigue^ par son talent d'ob* servation , la netteté de ses vues et la calme dignité de ses formes, nous ne pouvons reconnaître à son livre que le mérite, d'une histoire tronquée et superficielle; les faits n'y ioot presque jamais rapprochés de leurs causes, et il

poLrriQUBS. â65

lliistoire, et leur moralité au respect de ses né** cessités , il faudra donc une force extérieure qui comprenne les devoirs de la société ^ et oblige l'intérêt personnel à s^ soumettre. Pour elle Mil autre principe que le succès; nulle antre forme, nulle autre limite que la limite de ses ser-» vices et la forme qui concourt le plus efficace* ment à la destination du peuple. PerpétaeU^*

en est rësolté qtie des consëqaences parement locales et transitoires ont pris le caractère de lois générales qni domineraient Thumanité tont entière. Avant l'émanci'^ pation , tonte Taristocratie était anglaise , et la latte fat trop courte et trop générale poar qa*il put 8*y en former une nationale. Le temps où fat votée la Constitution «t le besoin qa'on éprouvait alors d'exalter tons les préjugés libéraux ne permirent point d'en reconnaître une factice ) dont on n'nnrait su d'ailleurs où trouver les élémens. L'égalité sociale était un fait trop uni versel et trop senti pour établir des inégalités politiques. Les difficultés d'organisation intérieure on plutôt de création , les luttes ixmtre les Sauvages et les Anglais , la nécessité d'accor*der des avantages aux nombreux immigrans , la fréquence des élections , la clause qui autorise la réélection du Président, et, plus que tout le reste, la nouveauté du fiays et la facile opulence qu'il offrait à quiconque avait de Factivîté, de l'énergie et de l'intelligence, empêchaient de s'agglomérer dans une classe à part , pour comprimer À. son profit tes tnvahissemens de la souveraineté'popa*

Ô6d DBPEirSBS

ment usée par des résîsUmces de duque instant^ et phis encore par l'amas de méfiances et de hairnes^que soulève chacune de ses maoifestationst elle ne troure pas même dans les difficultés de son entreprise l\^paî constant des],hammes qai comprennent le mieox sa portée et son action. Dans la candeur de knr philanthropie , ils sont toci|onrs prêts à nier la nécessité cTun pouToîr

laire \ Tpccupation de toutes 1«« arabitions 9 pouranivre la fortune nelautait pas même le loisir d'y songer. Mais si tme coDnaissance bien inoomplète des faits œ noiuîj»doit en erreur , le diéveloppemeDt progressif de la dâao* cratîe y touche à saderuière limite; d^jà des oggréga^ tiens se forment et s'associent, eu dehors de l'État, pour s-assurer la suprématie.^ Dans les luttes entre les hommes de couleur différente , l'aristocratie de la peau n'est que le préte-nom d'une aristocratie politique^ entre les états du Sud et les états abolitionislies , au fond, il s'agit enr eore d'une qaestion d'aristocratie, et, quelle ipie soit sa solution , elle sera contraire àla démoeralie«6i leCoBgfis ou la violence prononce l'abolitién , on ne pourra reconnaître tous les droits des citoyens civilisés à des aaassesà demi sauvages, 00 l'usage qu'elles en feront pnouvcrala nécessité de quelque distinction dans le suffrage tmtreratl, d'une classification arislocnitique ; el si ka propriétaires d'esclaves (ont respecter leur droit , la déBwemlie ne sera plus un principe j réduite à l'autorité d'un fait , elle n'aura pointa réclamer contre le fail^ui povra la dé^

I^ÔLlTJQCfiS. ^67

modérateur qui n'exerce sur eux aucune influence, et, la reconnussent-ils , souvent la tiédeur et Tégoïsme les empêcheraient de se commettre, eux et leur fortune, pour Vintérét d^une théorie. Cest d^ailleurs sur Pessence des choses et non ^r une bonne volonté accidentelle que doit compter PÉtat pour Texécution de sa tâche ; il faut remettre à sa disposition une force artliée qui fasse

tmtre. Le siâHt ^uo ne la comprofliet pas m'oiiis fîitaleinent; les materas, diaqne jevr memaeé» dan» Usun propriété» , s*aMOcient plas étroitement entre eta , et servent de noyan et d'appni naturel à leurs concitoyeiui des antres états , qui aspirent à introduire quel({ae ordre dans le pele-raéle américain. A présent , d'aitleuts, qu'il y a 4^S positions acquises et de grosses fortunes réa - Ksëes en capitaux , l'activité ne se déploiera plus dans la taémt YOie | eUe va se mettre au service d'une autre «mbition en souffrance , et la volonté de quelques individus ne parviendra point à détruire l'influence de l'argent en supprimant les Banques. On voudra échapper k ce préjugé brutal qui poursuit les horomes de loisirs et flétrit de ses mépris les plaisirs de rintelligence. Si une révolution n'apportait un changement dans ces mœurs de démocrates , les hommes riches, qui ne trouveraient dtfns rUnton tii considération, ni pouvoir, ni jouissbncés, porteraient leurs capitaux dans une nouvelle patrie j et, le Joor de cette double émigration , rÀméri«que aurait vu commencer sa décadence.

respecter ses ordres et décourage les oppositions anarchlques, ou lui donner par sa constitution une solidité qui ne se laisse point ébranler par le mal-vouloir de quelques citoyens \

Dans les sociétés peu avancées, où la résistance est vive et la personnalité opiniâtre, toute Tauto^ rite centrale se réunira dans un seul pouvoir; l'indépendance de ses branches diverses amène* rait leurs luttes et consumei*ait leurs forces dans de vaines dissensions. Elles sacrifieraient le progrès social a d^égoïstes développemens, et ruineraient par leur anarchie cette force morale qui légitimait leur droit et consolidait la force physique elle-même. Le respect, nécessaire à l'autorité, doit entourer aussi Thomme en qui la Constitution la personnifie ; Pintelligence ne separerait pas long-temps ce que les sens verraient

1 La nécessite de cet équilibre entre les libertés du peuple et la force du Gouvernement ne pouvait échapper aux esprits désintéressés qui ne chercbaient dans ta politique spéculative que les données de la science. Adam Smith l'a formellement reconnue dans ses Recherches sur la Richesse des nations, etc. ; il y dit, liv. V, ch. !•', t. ii, p. 3 14 (traduction française) : Ce degré de liberté qui approche de la licence ne peut se tolérer que dans les pays où le souverain est appuyé d'une armée bien disciplinée.

POLITIQUBS. 269

incessamment réuni ; la responsabilité de Phom-* me-pouvoir laisserait engager des débats sur la souveraineté elle-même, et bientôt ils attaqueraient jusqu^à son principe , et déconsidéreraient son idée. Mais, si haut que la fiction constitutionnelle élève le représentant de la raison sociale, elle n'oublie point qu^il est homme, soumis par les fatalités de sa nature aux suggestions de sa sensibilité, aux aveuglemens de son inlelligence,aux défaillances de sa volonté morale, et ne pourrait sans folie lui abandonner Texercice arbitraire d^une puissance illimitée. Des conditions d^obéissance sont textuellement écrites dans des lois qu^il ne saurait ni briser ni in* terpréter à son caprice; d^autres sont tacitement sous-entendues, et, si Tintérêt social ne permet point de Tincriminer pour l'usage de sa prérogative , il faut que ses agens prennent la responsabilité pour leur compte, et se présentent, la poitrine découverte, à la justice du pays. Ce n'est pas cependant que cette fiction morale doive jamais se légitimer par une réalité politique; les rois fainéans seraient bientôt des rois inutiles ; on les supprimerait par économie, si ce n^étaitpar mépris ; et la royauté ne fait pas seulement les affaires du présent : la raison nationale, qui s'ex*

prime par chacun de ses actes, prot^e la fortune du peuple jusque dans ses derniers représentans. Sans son active intervention dans le gouremementv ses ministres se débarrasseraient des difficultés du mom^it aVec les ressources de l'avenir ; pour retenir un jour de plus le pouvoir qui leur échappe, ils détruiraient follement toutes ses espérances.

La même idée de prudence fit inventer l'hérédité du pouvoir et placer la continuité du progrès dans la perpétuité de la famille. La raison ne tarda pas d'ailleurs à reconnaître que les garanties politiques seraient bien éphémères et bien illusoires si elles reposaient sur l'élection du prince. Au lieu de résulter de la nature des choses, elles dépendraient du caractère d'un homme, et des passions qui agiteraient les élec-» teurs. Les conditions du pouvoir exercent une haute influence sur son usage ; elles excitent son ambition ou la retiennent, l'irritent ou la tempèrent. Trop court, cVst son intérêt d'abuser de la confiance publique pour étendre sa durée par le désordre d'une révolution ; viager, il provoque l'amour paternel à préférer des intérêts dynastiques au progrès national, et à conspirer une usurpation au profit de sa famille. II importe au

|>eo{^ que ae$ dévdoppemens ne soient point «H^ieadus paT d«s inlérîm de pouvoir, que des mutations de ^ouvernaas ne tiraillent point en sens contraire son histoire ; et ce n^est pas trop que le respect filial pour modérer les imiovations desaottveaux règnes et empêcha au moins Timpatience de rautorilé royale de rompre brusque^ ment avec toutes les idées du passé. Ces royautés mobiles manqueraient de confiance en elles-mé^ mes^ «tse préoccuperaient trop de la fragilité de leur exiatence, pour songer ^cacement à leurs devoirs ; ellea chercheraient à s^iqppuyer sur une popularité de carrefour, ear il est plus facile de complaire aux bruyantes passions des masses que de dégager la raiacmdu pays des obscurilés qui la couvrent, et de Texprimer à travers les intérêts qui la repoussent^ aÎMon, elles s'efforceraient de diviser le peuple en deux ^eamps e€ se mettraient au service d^uo parti pour maîtriser avec sa force les justes résistances de l'autre.

Telle est aussi la conséquence des libertés étendues : à voir tout ce mouvement incessant qui se fait autour de lui, toute cette activité indi* viduelle qui semble chaque jour usurper sur sa part y le prince se sent saisi d^iaquiétude, et tout n^est pas chimérique dans ses craintes; ce qui

27^ DÉpfiNSfiS

n^est aujourd'hui que Pusaçe, dans d'dUtres cir-* constances^ demain, ce sera Tabos; et la sonreillance n^a plus ni ia force ni Tactivité qui rassu-' rent, quand , divisée dans toutes les directions « elle doit empêcher à la fois tous les excès. Par une nécessité de défense naturelle, le pouvoir cherchera en dehors de la Constitution à rétablir un équilibre qu^elle n'aura pas suffisamment garanti, et ce ne pourra être qu'avec une aveugle soldatesque, s'il ne trouve dans la société une classe politique qui s^allie naturellement avec lui pour faire conlre-poids aux exigences de la démagogie. Entre la royauté et Paristocratie il n'y aura d'alliance certaine que si leurs principes sont homogènes et leurs tendances communes ; à toutes deux il faut l'hérédité : c'est à cette condition que, mandataires du passé, elles pro-* tégeront les élémens historiques contre les innovations d'un philosophisme étroit et les bouleversemens égoïstes d'un esprit de désordre et d'erreur.

Mais une nation n'est point condamnée à s^en- ^ourdir dans son passé; chaque jour, avec de nouveaux faits, lui apporte des idées nouvelles, et l'Etat n'exprime fidèlement la raison publique qu'en les introduisant dans son action et dans ses

lois : il fiiut donc tine branche du pouroiir essen^ tiellement mobile et novati*ice, qui par tout le pays recueille les acquisitions du moment pour les ajouter aux autres résultats de Thistoire. Dans ce sénat populaire les sièges n'appartiennent point à des droits de naissance : des intérêts héréditai^ res se représentent bien par voie d^hérédîté , les traditions des anciens jours et des vieilles mœurs restent naturellement en dépôt dans les familles dont rbistoire atteste Fantiquité et les vertus ; mais la connaissance du présent est un fait personnel que les contemporains seuls sont aptes à reconnaître. Mon ces masses brutales dévouées comme des séides aux ambitieux qui caressent leurs passions ; non ces êtres inintelligens qui né sentent les faits qu'après s^y être heurtés , et ne comprennent jamais ni leurs causes ni les besoins moraux qu^ils laissent en souffirance ; non ces hommes dégradés dont la société suspecte à bon droit la bonne foi et la conscience ; mais les citoyens dont la raison et la moralité sont assez développées pour se prêter un appui mutuel , et réclamer une double confiance : ceux-là seuls sont des électeurs légitimes.

Sans doute les bornes étroites où partOMt en? core la nécessité resserre la démocratie électorale

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s^agrandiroot : la barrière edt oaverte à qtricofi» que pourra faire aes preuTea de majorité politi'* que ; et 31 rhumanité tout entière est appelée au progrès, ai chaque jour la raison lend à $e gé^ néraliser et la moralité.à s^élendre, chaque jour le peuple monte un des degrés qui le séparent d e'aristocmtle. De plus en plus FÉtat trouvera dans les conquêtes de la civilisation nne force morale qui, sans recourir à Porgantsation politique des élémens du passé , suffira pour résister aux violences de la passion, et ajourner les innovations prématurées. Mais , tant que la raison publique ne sera point dievenue assez compréhensive et assez calme pour faire une place à la réalité dans ses plus hardies utopies, elle ne sera point assez forte pour se passer d^un pouvoir extérieur qui réclaire et la modère; raristocratie ^ra plus quW fait , elle restera un droit ; ses privilèges électoraux seront nécessaires \ ettou-

' Ce serait déserter nul. coAvictioni que de condanHier en principe le reDouvellement intégral de la Chambre élective. Il se peut que de nialheareuses circooslanices le nécessitent ( comme un temps d'indifTérence politique où Ton aurait besoin de l'excitation produite par des élections générales , pour s'occuper de ses devoirs électoraux)); mais le progrès demande un renouveHement fré-

teeWnécefisités sociales ont des titres au respect, oor toutes elles entraient dans Tordre du monde et les desseins de la Providence. C^est à Tfaunianité de légitimer Penvahisseraent de la démocra-* tie par les développemens de rintelligence politique ^ et de rendre inutile , par des idées plus mûres et un esprit plus prudent , le contrc;*poida d^une aristocratie amoureuse du passé ; à elle d'introniser l'indiridualisme de la raison sur le siège qu'occupe par intérim la royauté fictive d^une raison générale : jusque là cVst aux peuples de ^ soumettre et d'attendre \

qaent et partiel. Il n'y a plus d*apathie ni de soubresaut dans Taction du Gouvernement ^ l'esprit de la partie entrante de la Cliambre l'avertit des changeinens arrivéf dans la raison sociale , et le met en demeure d'y satisfaire sans 9'exposer à l'explosion d'une révolution. D'ailleurs , puisque la Chambre élective doit représenter Ijçs progrès , elle ne saurait scr composer d'élémens stationnaires ; une rénovation incessante est dans son princii)e. ]Le renouvellement partiel est un acheminement naturel et nécessaire aux Parlemens annuels.

' On ne peut comparer les charges que le pouvoir central de chaque peuple lui impose , que par leur proportion dans la masse des dépenses , et même alors on n'aurait rien de rationnel à en conclure. Les conditions

de la Liste Civile ne sont pas les niéroes partent (eli An-* gleterre, elle a paye, jusqu'au règne actuel ^ les ministres, les aiobassadeurs , les juges , les consuls ^ etc* ) ; ce qui , dans quelques pays^ est une source de revenu , lui devient dans d'autres une cause de dépense (en France, et dans le Grand-Duché de âade , elle a des palais, des jardins et des bois, dont le produit est loin de suffire aux diarges de l'entretien); il lut faut dans quelques états pourvoir à plus de charges (dans les pays pauvres elle est obligée à plus d'actes de bienfaisance } dansd'autres , elle est forcée d'encourager les beaux-arts avec plus de munificence ), subvenir à une représentation plus dispendieuse (il y a des habitudes et des convenances de luxe et de fêtes auxquelles le souverain ne peut se soustraire sans se déconsi-> dérer dans l'opinion de ses sujets ; Smith lui-même a reconnu la nécessité de ces dépenses , liv. 5, chap. i*', par. 4 )» etc. , et les Budjets n'ont point à supporter partout les mêmes charges. Les circonstances du pays en imposent de différentes pour sa défense (armée , marine, police , diplomatie , etc. ) , ou n^éme sa conservation (comme en Hollande ) ; son passé le grève plus ou moins lourdement de pensions , de retraites ( elles varient des 18/100 des dépenses totales en Bavière, aux 4/ t 00 en Grande-Bretagne ) , d'emprunts ( l'intérêt de la dette publique a naguère absorbé en Angleterre plus des 4/7 de toutes les recettes, 28,372, 142 liv. st. sur 49,581 ,772)» etc. , auxquels il faut faire honneur. Nous ne voulons donc citer que des faits.

Dépenses du pouvoir central s

P0LITi^U£8. 377

Uesse-Electorale. • 16 pour 100 des dépenses totales. Grande-Hesse. . . 14

Bade i3

Wurtemberg. » . » ia 3/4

Bavière é^ u

Prusse 43/4

Angleterre. .... i i/a France. ...... i 1/4

(EHes ne montent pliu maintenant, en Angleterre, qu'à 5io,ooo liv. st. , un peu pluis d'un pour cent.)

An reste , rien ne serait plus absurde que de juger un gouvernement par le prix qu'il coûte ; il faudrait en conclure que le meilleur de tous serait celui qui u'exi* siérait pas. Et quoique, dans l'intérêt d'une opinion politique, on ait beaucoup vanté les avantages d'un gouvernement à bon marché , au fond on parlait contre sa pensée. Les peuples les plus libres ont nécessairement des charges plus lourdes à supporter que les autres ; ce que ceux-ci paient , par voie d'impôt , en argent qui n'est point perdu pour le pays, ils le dépensent , et bien au delà , sous forme de liberté , en gaspillage de temps ( service de la Garde nationale , Jury, élections de toute espèce , Conseils de tous les degrés , etc. ) ; et ce temps , économiquement parlant , demeure improductif.

Philosophie du Budget ti. 18

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